La déf. des Beaux Espr., p
" Tu n'eusses pas raillé lirébeuf, s'il eût vécu; " (!ct illustre enuenii t'aurait bientôt vaincu; " Et sa muse, sans doute, à la tienne fatale " Aurait bien défendu les vers de la Pharsale ('). "
J'en doute. Le traducteur un peu trop emphatique de Lucain, le poète " comparable à défunt Pindare(^), " était d'une modestie excessive, quand il s'agissait de ses œuvres. Je ne connais point de préfaces plus sincèrement humbles que celles de la Pharsale et des Entretiens: ''Je vous avoue ingénuement, " dit Brébeuf au lecteur de la Pharsale, que vous *' trouverez dans cet ouvrage beaucoup de choses qui '' auraient besoin de réformation; surtout vous y ver- " rez des rimes qui ne sont pas assez riches et d'autres " qui reviennent trop souvent; vous y remarquerez '' des termes que l'Académie a proscrits, et^^^ expres- " sions un peu hardies qitun critiqite pointilleux ne me '' pardonnerait pas i^\
Boileau ne les pardonna pas.
Ce n'est point l'emphase qui distingue le style des productions légères de Brébeuf; c'est tantôt la mélodieuse cadence des strophes, comme dans les Entretiens; tantôt l'esprit, comme dans ses Épigra^nmes. Il y a même parmi les vers pompeux de la Pharsale un |
quatrain pour lequel Corneille aurait, suivant une |
anecdote, donné deux de ses meilleures pièces (''). Il eût été payé bien cher. Ce sont les quatre alexandrins sur l'invention de l'écriture :
" C'est de là que nous vient cet art ingénieux " De peindre la parole et de parler aux yeux, " Et, par des traits divers de figures tracées, " Donner de la couleur et du corps aux pensées. "
I. Nouv. Rem.^ p. 24. — 2. Loret, Muse hist.^ 31 janv. 1665. — 3, Édit. de 1655; Avertissement^ 2^ partie. — 4. Rec. des plus belles pièces, t. III, p. 257-258.
Malorré ce haut suffrage du grand Corneille, malgré les plaidoyers des avocats de Brébeuf, malgré l'humilité de ses préfaces, le traducteur de la Pliarsalc passe, depuis Boileau, pour le type de l'emphase. M. de Vienne, poète fort peu illustre, invoquait ainsi, dans une pièce peu fameuse les muses du phébus :
'' O Lucain, ô Brébeuf, j'invoque ici vos muses!
" Venez, enthousiasme, hyperbole, grands mots, etc. ('). "
Reste à noter un fait que '' l'on ignore généralement ", dit M. Géruzez. C'est que Brébeuf essaya de travestir la Pharsale avant de la traduire. Selon le critique dont nous venons de citer un mot (^), Brébeuf et Segrais se seraient entendus "à l'amiable " pour la traduction de Virgile et de Lucain. — Vigneul-Marville raconted'une manièredifférente comment Brébeuf devint auteur sérieux de la Pharsale française: "M. de " Brébeuf, dans sa jeunesse, n'avait d'inclination que " pour Horace. Un de ses amis, nommé Gautier, qui " est mort Lieutenant général de Clermont-en-Beau- " voisis avec la réputation de bel esprit, n'avait au '' contraire d'attachement que pour Lucain, et le pré- '' ferait à tous les autres poètes. Cette préférence causait " souvent des disputes entre eux. Mais à la fin, fatigués " de toujours disputer et de ne rien terminer, ils *' convinrent que chacun d'eux lirait le poète de son " compagnon, l'examinerait et en jugerait avec équité.
'' La chose fut faite comme elle avait été résolue ; ** et il arriva que M. Gautier, ayant lu Horace, en fut " si charmé qu'il ne le quitta jamais depuis ; et que *' M. de Brébeuf, ayant lu Lucain, s'y abandonna, de *' sorte qu'enivré de son génie, il devint aussi Lucain