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2. Boileau proscrivait l'aflfecté, le sublime extravagant, aussi bien en prose qu'en vers. Il disait, par exemple, que le traducteur Tourreil avait fait de Démosthène "un monstre". — "Je dis w<9//i-/r^, ajoutait Despréaux, " parce qu'en effet c'est un monstre qu'un homme démesurément grand
*' N'orrroz rien au lecteur (jue ce qui peut lui plaire, " Ayez pour la cadence une oreille sévère.
Le premier de ces deux vers ressemble fort à ceux que Fénelon accuse d'exister uniquement à cause de leur compagnon, à ceux que Boileau qualifiait de Frh'e-cJiaf)cau. Le sens en est bien vague et insuffisamment déterminé par les entours ; et puis, on ne saurait le prendre au pied de la lettre. Quant au second, voici comment l'appréciait tout dernièrement un de nos Pai'uassiens, un des maîtres : Ce vers est " à la fois plat, sourd, cacophonique çt sec, comme un " des plus mauvais vers qui aient jamais été écrits ('). "
Boileau avait, ou croyait avoir " l'oreille sévère ", quand il s'agissait de poésie. Nous l'entendrons reprocher même à son cher Brossette d'avoir une oreille bien " prosaïque (') ". Mais lui, qui était un despote draconien pour la cadence des vers n'avait plus d'oreille s'il était question de cadence musicale. Suivant Louis Racine, Despréaux " n'avait ni pour la peinture des " yeux savants, ni pour la musique les mêmes oreilles *' que pour l'harmonie des vers (^\ " Hélas ! comme l'ouïe de Boileau serait peut au fait de nos délicatesses parnassiennes ou wagnériennes !
Ronsard, l'ancêtre vénéré des Par7iassiens, avait aussi recommandé aux initiés des muses le soin de la
" et bouffi. Un jour que Racine était à Auteuil chez moi, Tourreil y vint " et nous consulta sur un endroit qu'il avait traduit de cinq ou six façons " toutes moins naturelles et plus guindées les unes que les autres : Ah! " le bourreau ! il fera tant^ qu^il donnera de V esprit à Démosthène^ me " dit Racine tout bas.
" Ce qu'on appelle esprit dans ces gens-là, c'est précisément l'or du " bon sens converti en clinquant. " (D'Olivet, Hist.de P Acad. — Art. Gilles Boileau.)
1. Vl. Th. de Banville, Petit traité de Poés.fr. 1884^ p. 83.