Mém. de L. R. 2^ P
cadence. Dans son A ri Poétique, il prend la peine de leur sugc^érer un moyen pratique pour consulter leur oreille et pour se rendre bien compte du rythme : '' Je te " veux aussi bien avertir de hautement prononcer tes *' vers en ta chambre, quand tu les feras ; ou plutôt les " chanter, quelque voix que tu puisses avoir; car cela ** est bien une des principales parties que tu dois le ** plus curieusement observer ('). " Avis aux poètes!... quelque voix qu'ils puissent avoir
*'Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots, " Suspende l'hémistiche, en marque le repos.
" C'est ici le lieu de son précepte pour la césure, que " tous les écoliers de la poésie française savent, et à '' quoi il manque bien plus souvent que le moindre " écolier. On a vu et l'on verra souvent encore s'il ob- '* serve bien ce précepte (^). " Ainsi s'exprime Desmarets; Pradon répète et copie: " C'est encore un pré- " cepte qu'il (Despréaux) observe bien mal en cent " endroits; ce que j'ai déjà marqué; ses vers étant " remplis souvent de très méchantes césures {f).
D'après le P. Mourgues, le repos à l'hémistiche et la césure étaient synonymes. '* On a voulu marquer " dans les deux espèces de nos plus grands vers un '' certain repos, qui les partage en deux hémistiches : et '' c'est à cela qu'on a donné le nom de césure (f), " Le Dictionnaire des Rimes de Richelet définit de la même manière : ''Article III, du Repos, ou de la Ce- " sure du vers. Le Repos est appelé ainsi, parce que '' l'oreille et la prononciation s'y reposent en quelque " manière. On le nomme aussi Césure, à cause qu'il
I. Abrégé d'Art Poé/. — La Franchie, p. 418-9. — 1. Déf.dn Pohne lier., p. 81. — 3. Nouvelles Rem. etc., p. 87. — 4. Traité de la Poésie franç.^ 2^ Part., ch. VI.
" coupe OU qu'il sépare le vers en deux parties ('). " Néanmoins les nrens du métier n'étaient pas tous de cet avis. Corneille distinguait le repos qui coupe l'alexandrin au milieu de ses douze syllabes, et les césures qui le coupent ici ou là, au gré du poète. Corneille a raison, malgré les prosodies; voici comment, avec vigueur et justice, il défend contre Scudéry le vers du Cid :
" Parlons-en mieux; le roi fait honneur à votre âge. "
'* Vous avez épluché les vers de ma pièce, jusqu'à en '' accuser un de manque A^céstire. Si vous aviez su les '' termes de l'art, vous eussiez dit qu'il manquait de •* repos en l'hémistiche ('). " Corneille est ici d'accord avec les règles ou us poétiques de notre temps. Pour varier le balancement trop monotone de notre grand vers, nous négligeons parfois le ** repos en l'hémis- " tiche ", mais non point la césure ou les césures. Aucun Scudéry ne chicanerait aujourd'hui un hexamètre coupé comme celui du Cid. L'art vrai et sérieux de nos jours suspend l'hémistiche, mais se préoccupe toutautant,ou plus, de ménagcrlescoupuresrythmiques. Du reste le xvii^ siècle, très scrupuleux sur le repos qui fend le vers héroïque en deux moitiés égales, comprenait le rôle de la césure, qui est partie essentielle du vers en toute langue. En français, les juges équitables estimaient, il y a deux cents ans, la bonne césure aussi nécessaire que la belle rime : " La richesse delà rime '' peut contribuer à l'agrément du vers ; mais elle '' décide infiniment moins que la césure pour l'essen- '' tiel. Un vers peut être très simple avec la rime la plus " riche, au contraire, toute césure bien marquée donne