‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 191 sur 258 · I. V. Goujet, t. XIV, p · texte numérisé non relu

I. V. Goujet, t. XIV, p

" Et si fort au-dessus de tout ce que nous sommes, " A ce (\m, malgré vous, s'cchappc de vos yeux, " Il faut que vous soyez la merveille des hommes.

" Demeurer inconnu, c'est pour vous une affaire, " Et la seule, je crois, que vous ne sauriez faire : " Car en vous tout trahit le soin de vous cacher ; " Il n'est point pour cela de nuit assez profonde; '* Aucun déguisement ne saurait empêcher " Qu'on ne vous prenne ici pour le premier du monde.

" Ah ! je me doutais bien que vous étiez le maître,

" Et votre procédé m'aide à vous reconnaître ;

" Personne là-dessus n'est longtemps abusé.

" Et l'Espagne, qui vient d'essuyer la bourrasque,

" Voudrait que vous fussiez encore déguisé,

" Tant vous lui faites peur, quand vous levez le masque ('). "

40 Les Rondeaux étaient encore en faveur, comme nous le dirons, dans les notes du chant 11. *' Le Ron- '* deau comprend treize vers qui roulent sur deux *' rimes seulement, dont la première est employée huit '* fois, et l'autre cinq fois... On distribue ces rimes '* dans deux stances de cinq vers, séparées par un '' tercet, et on ajoute au bout du tercet et de la der- " nière stance, un refrain, pris des premières paroles '* du rondeau, qui tire son nom de ce qu'il semble " ainsi se reprendre, et tourner sur lui-même (^).

L'un des plus fameux rondeaux est celui où Voiture marque les règles de ces treize vers tournant sur eux-mêmes : '' Ma foi, c'est fait, etc.

Nous en citons un, que nous empruntons aux œuvres du P. Commire. Il est imité, je crois, du Moineau de Catulle ; l'imitation vaut l'original ; c'est une élégie sur la mort d'un chat :

I. Rec<^ des plus belles pièces, t. VI. 3. Mourgues, op. cit.

Mort de Griset.

" Griset est mort ! Une noire Furie,

" Des Ris, des Jeux, des Amours ennemie,

'* En trahison a pris ce chat si beau ;

" Pleurez, mes yeux, et vous fondez en eau ;

" Vous n'avez plus rien à voir dans la vie.

" Malgré cent tours d'une aimable folie,

" Malgré sa peau tachetée et polie,

" Sa longue queue et son petit museau,

" Griset est mort.

" Pour rendre honneur à son ombre chérie, *' De chats mignons une troupe choisie " Toutes les nuits s'en vient sur son tombeau " Verser le sang d'un rat ou d'un moineau ; " Puis miaulant d'un air triste, elle crie :

" Griset est mort f (')'''

Inutile de faire ressortir cette observation du P. Mourgues : " Le Rondeau est extrêmement gênant '' par l'ordre et le nombre des mots qui doivent rimer " ensemble... " Néanmoins les vieux faiseurs de rondeaux avaient encore enchéri sur ces difficultés, en créant les roitdeaitx redoublés, comptant 24 vers, sur deux rimes, partagés en six quatrains, et soumis à plusieurs autres entraves. '' Aujourd'hui, écrit le " P. Mourgues, personne ne veut plus guère sassu- " jettir à cela. Benserade en a fait quelques-uns ".

Benserade en a fait un comme modèle, prodigieux tour de prestidigitation, dans le goût du rondeau simple de Voiture. Il commence ainsi :

" Si l'on en trouve, on n'en trouvera guère,

" De ces Rondeaux qu'on nomme redoublés... " if)

Ces poèmes à répétition ne sont point de la poésie ; ce sont tout bonnement des jeux de société.

Page 1