‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 213 sur 258 · I. Jug. des Sav., t. V, p. 115. — 2. Ch. IV · texte numérisé non relu

I. Jug. des Sav., t. V, p. 115. — 2. Ch. IV

CHANT ï. 317

" que la nature ne l'avait pas fait ^rand poète. Mais " il corrio^e ce défaut par son esprit et par son travail ; " car personne n'a plus travaillé ses ouvrages que lui, " comme il paraît assez, par le petit nombre de pièces ** qu'il a faites. Notre langue veut être extrêmement " travaillée (') ". Donc Patru et Boileau n'étaient point persuadés du génie poétique du ''divin'' Malherbe. Et en cela ils rajeunissent les critiques des Régnier et des Théophile; et celles-ci de Tallemant des Réaux : " Il (Malherbe) '' n'avait pas beaucoup de génie ; la médi- " tation et l'art l'ont fait poète (^) ".

L'un des plus sincères admirateurs de Malherbe au xvii^ siècle, Saint-Evremond, me paraît avoir jugé le plus sagement ce Réformateur qui ne fit pas que des chefs-d'œuvre : " Pour égaler Malherbe aux Anciens, ** je ne veux rien de plus beau que ce qu'il a fait.

" Je voudrais seulement retrancher de ses ouvrages *' ce qui n'est pas digne de lui.

" Nous lui ferions injustice de le faire céder à qui " que ce fût ;

" Mais il souffrira, pour l'honneur de notre jugement, *' que nous le fassions céder à lui-même (^) ".

En abrégé : " Sunt bona, sunt qucedam...''

" Fit sentir dans ses vers une juste cadence, •' D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir.

Nous avons vu comment le Pays attribuait à " notre " père Malherbe " le secret de placer le nom et le '* verbe". Malherbe, dit Balzac, fut le '' premier gram- " mairien de France ".

Selon la tradition, Malherbe donnait les portefaix de la place Saint-Jean, ou les crocheteurs du Port-au-

I. 29 avril, 1695.— 2. Hist.^ t. I, p. 272. — 3. Œtiv. Mél.^ t. III, p. 17

Foin pour les modèles du vrai langag^e; mais on ne voit pas que Malherbe ait lui-même grandement profité à cette école de francs parleurs. Il choisissait ailleurs ces mots, dont il enseie^na le pouvoir, ces syllabes dont il se fit le tyran: " Il disait souvent à Racan:" Voyez- vous, ** Monsieur, si nos vers vivent après nous, toute la '• gloire que nous en pouvons espérer, est qu'on dise, ** que nous avons été deux excellents arrangeurs de *' syllabes ; que nous avons eu une grande puissance *' sur les paroles^ poîcr les placer si à propos chacune en " leur rang, et que nous avons tous deux été bien fous ** de passer la meilleure partie de notre âge, dans un " exercice si peu utile au public et à nous-mêmes (') ". Malherbe, d'après cela, se rendait assez bien compte de son mérite. Mais la postérité l'a remercié de cette " folie ", qu'il déplore. Grâce à cette folie la postérité apprend et répète : Enfin Malherbe vint.

" Et réduisit la muse aux règles du devoir. *' Par ce sage écrivain la langue réparée

Le Bruyère ne se souvenait-il pas de cette dernière expression, quand il écrivait ; '' Il est étonnant que "" Belleau, Jodelle et du Bartas aient été sitôt suivis '' d'un Racan et d'un Malherbe, et que notre langue, *' à peine corrompue se soit vue réparée (f). " C'est épluchée qu'il faudrait, ou encore, élaguée ; Fénelon a dit plus justement encore : '' appauvrie ".

Les réformes de Malherbe furent de deux sortes ; il fit des règles et des "devoirs" pour la Muse : devoirs, d'éviter l'hiatus, l'enjambement, la rime à l'hémistiche, l'hémistiche de césure peu frappée. Puis il retrancha environ un tiers des mots français, en même temps

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