Brossette, Corresp. etc. Éd. Laverdet ; app. p
L ART POÉTIQfE. 24
du pul)lic, celui de la vieille Laforest, voire celui des enfants ; mais point Despréaux. On lit pourtant ailleurs que Molière choisissait d'autres conseillers parmi ses amis. " M. de Callières dit expressément que " Molière consultait Chapelle sur tout ce qu'il faisait, " et qu'il avait une déférence entière pour la délicatesse " et la justesse de son goût ('). " J'ai lu chez un autre chroniqueur que Molière s'en rapportait aussi au jugement du poète Bellocq.
Corneille eut l'avantage de naître au sein d'une famille de bons esprits ; il y trouva ses " confidents sincères " : '' Quand il avait composé un ouvrage, il " le lisait à Madame de Fontenelle, sa sœur, qui en '* pouvait bien juger (^). " Quinault " consultait... ** M^i^ de Serment..., comme sa muse choisie (^). " Le bon La Fontaine, pour faire comme tout le monde, s'adressa au beau Patru.
Scarron lui-même " essayait " ses œuvres sur ses visiteurs, avant de publier. Segrais conte qu'étant allé avec l'abbé de Franquetot voir le pauvre impotent, Scarron leur dit : '' Prenez un siège et mettez-vous là, '' que j'essaie mon Roman Comiqtte. En même temps, *' il prit quelques cahiers de son ouvrage, et nous lut *' quelque chose. Et lorsqu'il vit que nous riions : Bon, '* dit-il, voilà qui va bien ; mon livre sera bien reçu, '' puisqu'il fait rire des personnes si habiles. Et alors '' il commença à recevoir nos compliments.
*' Il appelait cela essayer son roman, de même que " Ton essaie un habit {f).
I. Voyage de Bach, et Chap. N"*^ Édit. La Haye. — Préf. — 2. Vign.- Marv. 4^ Éd. 1. 1, p, 194.— 3. Ibid., t. I, p. 177.
4. Afém. Anecd. Œuv. N"'' Éd., t. II, p. 106. Boileau goûtait fort la prose du Roman comique; il engagea même M. de Monchesnai à écrire une suite de ce roman. (V. Bolœana^ Éd. d'Amsterdam, pp. 80-81.)
Ainsi des autres. Mais il y aurait toute une étude à faire sur les services que se rendirent cm ce t^^enre l'auteur d'^///^?//^ et le ici^islateur du Parnasse. Hoileau ne se contenta point d'initier Racine à l'art des vers travaillés ; il ne se contenta même pas de ces retouches légères d'un mot, d'une expression, d'une rime. Il alla jusqu'à supprimer une scène entière dans la tragédie de Bj'itaujiicus. Louis Racine se porte garant du fait ; et comme pièce à conviction, il reproduit dans ses Mémoires, cette scène que Boileau avait conservée et remise au fils de son illustre disciple. L'intimité du satirique et du grand tragique date du jour où le jeune Despréaux corrigea une œuvre du jeune Racine. Brossette a relaté cette histoire dans des notes recueillies après une entrevue avec Boileau. " Ce fut, " dit Brossette, Molière qui engagea ]\L Racine à " faire des tragédies. Boyer avait fait la Thébaïde, qui ** était très mauvaise. Molière dit à Racine que, s'il " voulait rajuster \ Antigone de Rotrou, elle effacerait " la TJiébaïde de Boyer. Racine y travailla.
" Il apprit en ce temps-là que M. Despréaux, qui " était fort jeune aussi bien que lui, et qu'il ne con- '* naissait pas, passait pour un critique judicieux, " quoiqu'il n'eût encore fait aucun ouvrage, et jugeait " fort bien des ouvrages d'esprit. Il lui fit présenter sa " pièce par un abbé nommé Levasseur. M. Despréaux " fit ses corrections, et Racine les approuva. Il eut une " forte envie de faire connaissance avec M. Despré- " aux; et La Fontaine, que Racine connaissait, le mena " chez M. Despréaux. Depuis ce temps-là, ils ont *' toujours été bons amis (')."
De cette amitié les preuves sont nombreuses ; mais les traces des services mutuellement rendus pour la