‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 246 sur 258 · Art Poét. V. 224 et seq · texte numérisé non relu

Art Poét. V. 224 et seq

" point et n'en veux point. J'aime qu'on me lise, et " non qu'on me loue (').

Cela dépendait un peu, je crois, des circonstances de personnes, de sujet et de manière. Boileau détestait, en réalité, deux espèces de louanges: les fades et les froides. Il écrivait à M. de Brienne: " Si je fais peu " de cas de mes ouvrages, j'en fais encore bien moins " de tous ceux de nos poètes d'aujourd'hui, dont je ne *' puis plus lire ni entendre pas un, fût-il à ma louange. ** Voulez-vous que je vous parle franchement? C'est " cette raison qui a en partie suspendu l'ardeur que ** j'avais de vous voir et de jouir de votre agréable '' conversation ; parce que je sentais bien qu'il la fau- *' drait acheter par une longue audience de vers, très *' beaux sans doute, mais dont je ne me soucie *' point.

Une louange glacée lui semblait aussi mortifiante qu'une lourde bouffée d'encens en plein visage. *' Il eut " un jour dans M. le premier Président de Harlai un '' auditeur immobile, qui, après la lecture de la pièce, '' dit froidement: yoi/â de beaux vers. La critique la " plus vive l'eût moins irrité que cet éloge. Il s'en '' vengea en mettant dans sa onzième Satire ce por- " trait, qu'il commençait toujours, quand il le lisait, *' par cet hémistiche:

" En vain ce faux Caton, etc. "

Louis Racine, qui a conservée ce trait (^), note aussi que son père se souciait fort peu des louanges maladroites.— " Il comptait au nombre des choses chagri- " nantes les louanges des ignorants; et lorsqu'il se '' mettait en bonne humeur, il rapportait le compliment

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