I. Le- 1 très
*' Vif bflnu'i et prudens versus repreJiendet inertes ; '' Ctilpabit duras ; inco/uptis allinet atrum '' l'ransvcrso ailamo sii:;nutn ; anibiliosa recidet " Ornamenta ('). "
Gacon applique derechef les vers de Boileau à leur auteur vieillissant :
"Je ne veux pas non ])lus, censeur-grammairien,
" Critic^uant de tes vers les mots et la mesure,
" Te mettre encor plus bas que ton abbé de Pure.
" A peine entre deux mille en trouve-t-on deux cents,
" Qui ne soient ou forcés, ou durs, ou languissants.
" Le se?is choque dans V un ; C7i Vautre c'est la pJirase ;
" Ils ne sont plus remplis que d'une vaine empJiase^
" L'un sur l'autre enjambant comme ceux de Pradon ('-). "
Quel coup de pied contre le '* vieux lion!" — A propos
du vers :
" // réprime des mots etc^
je lis, dans les Mémoires- Anecdotes de Segrais, un exemple de ce scrupule que se faisaient les auteurs de ce temps-là pour l'emploi d'un mot hasardé. Segrais avait introduit le mot " impardonnable " en sa traduction de Virgile et Boursault chicanait le poète traducteur. Segrais se demanda si cet adjectif n'était pas trop ambitieux et après mûre réflexion il le laissa. '* Mais, *' dit-il, avant que de me déterminer à laisser ce mot *' dans l'endroit où il se trouve, j'avais consulté M. '' Chapelain, M. Ménage, M. Pellisson, Mlle de " Scudéry, et plusieurs autres (''). "
Quelle affaire d'état, pour une pauvre épithète !
" Votre construction semble un peu s'obscurcir ; " Ce terme est équivoque, il le faut éclaircir.
" Parum claris lucem dare coget ;
" Arguet a?nbigue dictu?n ; mutanda notabit (+). "
I. Horace, ^ ./*. V. 428 etc. — 2. 6'«/. //. — 3. ffi2/7v.etc.,t. II, p. 140-1. — 4. Hor. Ib. v. 431. — V. aussi Ep. L. \l. Ep. 2. v. 112.
" C'est ainsi que vous parle un ami v(^ritable.
Quelquefois même il parle plus franchement encore, comme fit M. de Bautru avec je ne sais quel rimeur. Ce dernier, après avoir composé je ne sais quel poème, pria M. de Bautru de " lui en dire son sentiment, en ami ". " L'ami consulté lut le poème et répondit : Monsieur, " votre poème me paraît trop long, je vous conseille ** d'en retrancher la moitié et de supprimer l'autre (')."
Au siècle de Louis le Grand, il y avait des Ouintilius, comme au siècle d'Auguste. Nous l'avons démontré assez longuement pour n'y pas revenir. On se soumettait aux critiques, on les cherchait, on les exio^eait. Mais les saches auteurs voulaient alors de " sages amis ". Boileau, chargé de treize à quatorze lustres, ne reconnaissait point chez le jeune Brossette, lequel comptait à peine trente-deux étés , cette " sagesse " nécessaire aux juges littéraires. Boileau s'en plaignit amicalement à Brossette, et lui fit sentir sa témérité grande, lorsqu'il prétendait redresser tels et tels endroits dans les écrits du Maître. Pour dorer cette désagréable pilule, il raconta à Brossette l'histoire des censures que lui, Boileau, avait subies, rigoureuses, inflexibles même, comme l'amitié de ses réviseurs. " Feu " M. Patru, mon illustre ami était non seulement un *' critique très habile, mais un très violent hypercriti- " que, et en réputation de si grande rigidité que, lorsque " M. Racine me faisait, sur des endroits de mes ouvra- " ges, quelque observation un peu trop subtile, comme " cela lui arrivait quelquefois, au lieu de lui dire le *' proverbe latin : ^Ve sis patruus mihi ; n ayez point " pour moi la sévérité d'un oncle, je lui disais : Ne sis *' Patru mihi: n ayez point pour moi la sévérité de Patru.