I. Xouv. C/i. etc., t. II, p
et quand Bossuet parle ici des poètes quêtant les louanges pour " leurs mordantes Satires ou leurs Epigrammes piquantes ", je crains fort que Bossuet ne sous-entende le nom d(; Despréaux.
"Et pour finir enfin par un trait de satire,
" Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
Bravo ! s'écrie Pradon. Voilà qui est bien pensé! ah! comme M. Despréaux démontre lui-même l'exactitude de ce bel apophtegme : '' On a vu dans le monde de " ces faux amis de M. D^^*, qui admirent les méchants " endroits comme les bons, et qui prouvent tout à fait '' bien ce qu'il dit lui-même, dans la fin du premier " chant de son Art Poétique, c\\itcn sot trouve tou- '' jours... (') ".
Ce trait, déjà Boileau en avait fait usage contre Scudéry :
" .... Tes écrits... sans art et languissants,
" Semblent être formés en dépit du bon sens :
" Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire,
*' Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire (^). " 1
Cet adage ressemble, pour la forme, à celui par lequel \
La Fontaine conclut la fable du Lièvre devenu ''foudre
" de guerre " :
" Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre,
" Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi (3) ."
C'est qu'il y a des degrés à l'infini pour la poltronnerie, comme pour la sottise. Molière a mis en scène cette admiration d'un sot pour son semblable. Le sot Vadius prodigue, à titre de revanche, au sot Trissotin les éloges que chacun sait.
J. B. Rousseau s'est souvenu de la satire finale de ce chant i^^:
I. Niies Rem. etc., p. 89. — 2. Sut. II, v. 79 etc. — 3. F. II, 14.
*' ... 11 n'est point d'auteur si désolé
" Qui dans Paris n'ait un parti zélé ;
*' Rien n'est moins rare : Un sot^ dit la satire,
" Trouve fou/ours un />/us sot qui P ad m ire (') ."
Un très médiocre satirique, contemporain, admirateur, imitateur de Boileau, trouva sur cette même idée, un " trait de satire " que Boileau n'eût pas désavoué. Il vient d enumérer, à la façon de Boileau, toutes les conditions où se rencontrent les sots ; il achève ainsi sa pensée :
" C'est une nation d'une telle étendue,
" Que, de quelque côté que l'on tourne la vue,
" Il s'en présente aux yeux; et qui n'en veut point voir
" Doit les tenir fermés, et casser son miroir (^)."
Nous ne transcrirons point, à la fin de ce premier Chant, les banalités enthousiastes des commentateurs.
La plupart allongent en phrases les adjectifs et les points d'exclamation de Brienne : '* Beau ! admirable ! merveilleux ! etc. "
Nous croyons avoir relevé, autant ou plus même qu'il n'était besoin, les mérites et les défauts de ces 230 premiers vers. Nous nous bornerons à résumer nos appréciations en les précisant.
Le premier Chant se compose de préceptes généraux et d'histoire. Boileau n'a point fait un traité ; il a groupé quelques principes, et décerné à quelques noms blâme ou louange. Voilà tout. Les endroits vraiment