Mém. sur la Vie de Jean Racine^ W Partie
2. Je mets de ce nombre MM. E. Géruzez, A. Ch. Gidel, J. Travers, le P. A. Cahour S. J., etc.
la publication de Yyl?'/ Poétique, dans la fameuse Chambre (lu Sublime. 11 y avait " au-dedans, un lil et
* un balustrc;, avec un grand fauteuil, dans lequel était
* assis M. h; duc du Maine, fait en cire, fort ressem- ' blant. Auprès d(! lui I\l. d(; la Rochefoucauld, auquel ' il donnait des vers pour les examiner. Autour du ' fauteuil, M. de Marsillac, et M. Bossuet alors évéque ' de Condom. A l'autre bout de l'alcove, M"^*-' de ' Thianges et M"^^ de la Fayette lisaient des vers
* ensemble. Au dehors du balustre, M. Despréaux,
* avec une fourche, empêchait sept ou huit méchants ' poètes d'approcher. Racine était près de Despréaux, ' et un peu plus loin, Lafontaine auquel il faisait signe ' d'approcher ('). " Notre commentaire reconstitue,
en grand, la Chambre du Sublime ; il y fait entrer à peu près tout le xvii^ siècle lettré.
Le jouet du duc du Maine indique bien, du reste, quel fut le rôle du Satirique, et quelle fut son influence législative. Le séparer de Racine son élève, l'écarter de la cour figurée par le Duc, par Bossuet et par Marsillac, le retirer des salons polis que représentent la Rochefoucauld et mesdames de Thianges et de La Fayette, l'éloigner des ** méchants poètes ", qu'il menace de sa fourche, c'est ravir à Despréaux sa vraie physionomie, c'est détruire le sens et la portée de ses préceptes. Boileau fut de tous points l'homme de son temps.
Sainte-Beuve en a fait la remarque avant nous : '' Boileau est un esprit sensé et fin ;... l'oracle de la '' cour et des lettrés d'alors ; tel qu'il fallait pour plaire '* à la fois à Patru et à M. de Bussy, à M. d'Aguesseau " et à madame de Sévigné, à M. Arnauld et à madame " de Maintenon ; pour imposer aux jeunes courtisans,
1. Menagiana. — V. Boileau, Éd. de Saint-Marc, t. V, p. 134-5.
" pour agrccr aux vieux ('). " Donc, c'est parmi cette société correcte, choisie, savante, qu'il faut le voir débitant ses leçons. On ne peut l'apprécier justement, lui et son œuvre, qu'à cette lumière. Isolé de cet entourage, il ressemble aux tableaux sombres exposés dans un demi-jour.
Nous lui restituons ce cadre et son jour plein. Chacun des personnages de cette grande époque viendra tour à tour déposer pour ou contre chacune des règles poétiques, et en fera ressortir le sens, la valeur, l'àpropos. En parcourant ces notes, on vivra en un temps où tout le monde se mêlait d'avoir des idées et de les bien dire ; l'on saisira complètement, sans peine, peutêtre avec intérêt et plaisir, l'origine, la raison, la portée des lois et sentences, gravées dans ces onze cents alexandrins. Un jour, l'avocat Brossette, qui fut douze ans l'intime confident de Boileau, énumérait à celui-ci les ''découvertes" qu'il faisait à travers les œuvres de son illustre maître : " A l'air dont vous y allez, s'écria le " poète, vous saurez mieux votre Boileau que moi- *' même (^). " Prétendre égaler la science de Brossette serait présomption et témérité; mais ces notes serviront de guide ou de flambeau à ceux qui voudraient marcher, même de loin, sur les traces de l'avocat lyonnais.
Ce sont des notes; c'est, disons le mot, une compilation. Que ce mot n'épouvante pas trop nos lecteurs jeunes. En entassant les faits, les citations, les rapprochements, autour du texte de Boileau, nous avons tâché d'éviter le pêle-mêle, la ritdis indigestaq^te moles ; parfois même nous avons projeté quelques rayons sur cet amas de prose, de vers, de noms et de dates. Mais, pour être sincère, dès la première page, comme nous le serons