La Harpe, Lycée^ t. VI, p
lateur. Lui-même en avertissait le lecteur de ses cinq tomes: ** Je défends M. Despréaux contre les mau- " vaises critiques que l'on a faites de plusieurs endroits " de ses ouvrages; mais quelquefois aussi je reprends *' très librement ce qui me paraît digne de censure ('). " Au bas des pages Saint-Marc reproduisait, en grande partie, l'^r/ Poétiqiie de Vauquelin. Ces citations démesurément longues étaient une innovation et une irrévérence implicite pour l'œuvre de Boileau. Mais après tout, l'annotateur gardait encore des bornes.
Ainsi avait fait, avant lui, l'un des plus illustres rédacteurs du Journal de Trévoux, le P. Tournemine. Il avait essayé de venger le grand Corneille de certaines insinuations de \ Art Poétique et des explications de Brossette {^)\ mais sans vouloir détruire le crédit de Despréaux.
La révolte ouverte contre le ci-devant despote des Muses n'éclata que pendant la seconde moitié du siècle. L'un des plus importants ligueurs qui contestèrent les droits législatifs de Boileau fut Marmontel. Il est au moins d'usage de regarder l'auteur des Incas comme le chef ou le porte-drapeau des révoltés. A mon sens, Marmontel ne mérite pas tout à fait cet excès d'honneur ou d'indignité. Marmontel est un modéré; il se borne à répéter, en l'accentuant, le mot de Vauvenargues: " Je ne prétends pas que Boileau fût infail- '' lible. "
Il était par ailleurs tout naturel que Marmontel se mît en état de rébellion contre \ Art Poétique. Il avait entrepris une Poétique française; et lorsqu'on traite une matière quelconque, il faut bien tout d'abord combattre ses devanciers et démontrer soit leur in-