I. Ep. X, V
gue; nous n'y contredirons point, pas plus que nous ne refuserons à l^ossuet de le reconnaître pour l'aigle de Mcanx.ou à Fénelon de le saluer cygne de Cambrai; les rhétoriques le veulent ; respect aux rhétoriques ! Nous souscrivons donc au titre de Boileau ; nous l'adoptons, nous le défendons ; mais nous voulons qu'on l'explique.
La Bruyère disait de Boileau : " Il semble créer les " pensées d'autrui " ; et au siècle suivant, Marmontel prétendait que Boileau, d'un bout à l'autre de la Poétique, n'a pas exprimé deux idées qui lui soient personnelles. Entendus dans toute leur rigueur, ces deux jugements ne sont point deux éloges ; tous deux pourtant, bien compris, sont très proches de la vérité.
Boileau, en fait de principes généraux, de lieux communs touchant la poésie et le poète, a pensé comme l'aristocratie, ou si l'on veut, comme l'élite, des penseurs, soit de l'antiquité, soit de son époque ('). A peu près tout ce qu'il énonce en ce genre avait été écrit avant 1674, ou s'écrivait à l'heure où il rimait et limait son Art Poétique. Aux idées de tous, ou plutôt des meilleurs, il a joint le rythme de ses vers " forts et faits de génie ", la concision claire et classique de son style ; voilà la vérité, et voilà sa gloire législative.
On a prétendu que \ Art Poétique fut pour la poésie française ce que le Discours sur la Méthode avait été pour la philosophie. Erreur manifeste. Descartes fut un novateur ; Boileau n'a point innové ; il n'a, par sa Poétique, rien changé d'essentiel aux doctrines, ni aux façons d'agir des grands poètes ses contemporains. La preuve en est dans la simple inspection des dates ; pres-
I. Au XVII*' siècle l'élite des écrivains pensait comme la "docte" antiquité.Notre dernier membre de phrase semble contenir deux idées; au fond.c'est la même en deux mots.
que tous les chefs-d'œuvre du grand siècle sont antérieurs à 1674 ('). Nous ne voulons point nier que Boileau, par ses Satires surtout, n'ait réformé le goût ; Boileau fut vraiment réforniatetir ; mais non dans \ Art Poétique. Quand cette œuvre parut, la réforme, ou la transformation était accomplie ; Boileau lui-même le constate implicitement : les principaux défauts qu'il signale et combat dans son ^r//^^i:V/^/^^,appartiennent déjà au passé ('). Donc ce poème n'est point le pendant du Discours sur la MétJiode. Descartes s'était dressé, seul, tout d'un coup, contre l'antiquité, l'autorité, la coutume et l'usage. Boileau est le serviteur très humble d'abord de l'antiquité grecque et latine, puis de cette sorte d'antiquité française qui remonte à Malherbe. Il s'incline très docilement devant l'autorité aristotélicienne et malherbienne ; il en confirme les ordonnances par son respect, son obéissance, son dévouement. Il dit de Malherbe :
" Tout reconnut ses lois.. . " *' Marchez donc sur ses pas. . . "
Sans doute. Descartes et Despréaux se donnent tous deux pour les hommes-liges de la raison ; mais Descartes, en vue d'abolir et d'abroger des coutumes invétérées, séculaires; Despréaux, avec le dessein de maintenir des usages reçus, admis, pratiqués chez lui et chez ses confrères :
" Mais nous., que la raiso?i à ses règles engage^ " Abus voulofis... "
Boileau est le satellite de la raison, soit ; mais d'une raison en plein exercice et en plein crédit, d'une raison