plus haut, § IV
2. Boileau en attribue la disparition au bon goût de la Cour(ch. I, v. 91) ;à Malherbe (v. 131 et suiv.) ; à l'influence de la droite raison (ch, II, V. 123}; au savoir (ch. III, v. 87), etc., etc.
qui, depuis des cinnées déjà, règne et gouverne, à la façon de Louis XI V :
" La raison outragée enfi?i ouvrît les^eux... "
Boileau est un maître et seigneur, jouissant de tous ses droits ; droits, affichés par les autres maîtres de la pensée et de la langue ; droits assurés déjà par la prescription du temps et du succès. Pour quiconque veut bien se donner la peine de regarder attentivement, la prescription remonte, pour maint détail concernant " l'art des vers ", à Ronsard lui-même. Boileau n'a garde de le dire ; il l'ignore ; et s'il se fût jamais avisé de le soupçonner, il eût rougi de ces origines.
Son Ari Poétique fut un code; je le veux bien, un vrai code, ayant force de loi, mais grâce à des habitudes déjà bien établies. Ce fut un code, non point fait tout d'une pièce, et promulgué au milieu de la barbarie ou de l'anarchie ; mais bien un code semblable à ceux de Dracon, de Solon et des Décemvirs. Il n'invente point, n'impose point une loi toute fraîche éclose ; il résume. Il ne fait point une révolution ; il note, pour certaines particularités, les réformes déjà introduites dans les mœurs littéraires, il en exige l'observation.
En fait de rythme, Boileau déclare s'en tenir aux arrêtés de Malherbe :
" // réduisit la muse aux règles du devoir... " " ILt le vers sur le vers n^ osa plus ewainber. "
En fait de langage, il est de l'école du même Malherbe, et de Vaugelas ; comme l'hôtel de Rambouillet, il proclame que
" Le lecteur français veut être respecté. "
Pour le théâtre, il admet les dogmes d'Aristote, renouvelés par l'académicien Hédelin, et depuis trente
ans confirniés par le grand Corneille, depuis six ans, par Racine.
Pour le " i}ie7^eillcux ", il rejette avec mépris les tentatives trop récentes des poètes épiques, c|ui voulurent regimber contre la routine. Admettre en poésie le nicrvcilleiix chrétien, nommer les Anges et ne plus nommer Jupiter, Eole et Alecto ! fi donc ! ce serait une innovation ! un bouleversement ! une Fronde littéraire ! Contentons-nous des
" orneiiietits reçus. "
" Reçus " de qui ?... de Ronsard, en droite ligne. Boileau n'a pas l'air de s'en douter ; et il frappe à coups redoublés sur ce père des dieux. C'était alors la mode.
UArt Poétique n'est point une charte sur nouvelles bases de la république des Lettres ; c'est simplement un recueil d'arrêts en pleine vigueur; ou encore un cahier des coutumes, franchises et immunités de la province du Parnasse, rédigé, transcrit, paraphé de la belle main de Despréaux, et publié l'an 31^ de la royauté de Louis XIV.
On parle des théories de Boileau ; et nous employons, nous aussi, ce terme dont tout le monde se sert. Mais au vrai, Boileau, dans son Art Poétiqîte, ne fait point de théories. Son ouvrage ç^^tpratiqice. Comme l'auteur du C^àsinier français, cité par Molière ('), le législateur Boileau énumère des recettes — de bonnes recettes — , sans remonter aux causes éloignées. 11 expose le comment, sans se mêler (du moins pour l'ordinaire) d'exposer le pottrqttoi. Demandez-lui les raisons de ses axiomes, apophthegmes, sentences ; il vous répondra : Cela se fait ainsi :