‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 71 sur 258 · XIV. — Dernier mot · texte numérisé non relu

XIV. — Dernier mot

'EST une habitude chez les critiques de mettre en regard la Lettre aux Pisojis et XArt Poctiq2ce, pour se livrer ensuite à ^j cet exercice d'antithèses, qu'on nomme un parallèle. Xous ne nous accorderons point le luxe d'une demi-page de phrases, commençant, à tour de rôle, par Ficn, rauti-e ; celui-ci, celui-là... Ce que nous venons de dire, joint aux notes du § X, nous suffira et à nos lecteurs aussi.

Nous ne rapprocherons point davantage du Traité Poétique de Boileau les notes brèves et obscures d'Aristote, ni l'amplification facile et médiocre de Vida. La Poétique d'Aristote est le canevas d'un cours, tel qu'un professeur le jette sur son cahier, un instant avant de monter en chaire. L'Art Poétique de Vida est un thème à vers latins, allongé par un fort

I. Recueil de Pièces en vers et en prose, Caen, 1671. — V. Goujet, Bibl. Franc, t. XIV. p. 163.

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humaniste ; c'est la suite, ou le pendant, du Ludus ScaccJiioriim.

Il n'y a, de fait, quedeux ^r/^ /^^;^//"<7^/^i'. Y en aurat-il jamais un ou plusieurs autres? C'est chose possible mais douteuse. Nous ne sommes plus au temps des Poétiques, ni des Epopées ; le monde est trop vieux. Des 60 ou 80 épopées entreprises chez les nations civilisées, on en reconnaît six ou sept pour vraies, et tolérai )les. Douze mille vers !... Il faut, disait Michaud, six mille hommeîi pour les lire.

De tous les essais ôi Arts Poétùjices, on en admet deux comme classiques, la causerie d'Horace et le poème didactique de Despréaux. S'il nous était donné dans un ou plusieurs siècles, de revenir visiter les collèges et séminaires de France, nous y trouverions, à coup sûr encore, la jeunesse française traduisant X Humano capitl..., et apprenant par cœur : C est en vain qicau Parnasse... S'il en était autrement, on pourrait, à coup sûr, s'écrier : Les barbares sont revenys !

Est-ce à dire que Boileau ait réussi à faire Y Art Poétique le plus parfait, que notre littérature soit en droit d'attendre } Non certes. Mais qui jamais nous en donnera un meilleur? Lorsque Boileau condensa en son petit volume les principes qui avaient force de loi chez la fleur des lettrés ses contemporains, il se donna sur tous les futurs législateurs un incomparable avantage.— Voilà, dit-il, en montrant son poème, comment nous entendions les choses littéraires, au moment où Corneille quittait la scène, où Racine achevait son Iphigénie, où Molière mourait. Si vous l'osez, pensez mieux, et faites mieux. — Qui l'osera ?

La grande leçon, la première de toutes, peut-être la seule utile, que Boileau ait dictée aux Poètes — il

les connaissait bien — est celle-ci, dont les poètes auront toujours besoin : " Soyez sages ! " Boileau la leur répète partout.

Il serait souhaitable que ce maître en sagesse Poétique fût le plus parfait des poètes, et que son Art des vers fût le parangon de la poésie française ; mais où donc est le soleil sans tache, le chef-d'œuvre sans défauts, l'Homère qui ne dorme jamais, le génie qui ne soit " borné par quelque endroit " ?

Après avoir remercié Boileau de son poème très prudent, après l'avoir lui-même, selon l'usage, êalué poète de la raison et législateur dtt Parnasse français, nous écririons volontiers sur le dernier feuillet de son œuvre, ce que V^auquelin de la Fresnaye avait écrit, de sa main, en tête de son Art Poétique'. " Je ne trouve rien ici-bas d'admirable que les CKuvres de Dieu. "

La }3erfection ne se rencontre que là.

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C'est en vain qu'au Parnasse un témëraire auteur Pense de l'art des vers atteindre la hauteur.

ES le second vers, Desmarets et Pradon commencent leurs critiques ou leurs chicanes. " Premièrement,s'écrie Desmarets,on '' ne dit point /a hauteur d'un art ('). " — " J'^i entendu, dit Pradon, critiquer à d'habiles gens :

" Pense de Fart des vers atteindre la hauteur ;

" que la hauteur d'un art ne se disait point ; mais bien " l'excellence et la finesse d'un art, non plus que génie " étroit et large (v. 5) ; mais faible et fort ; et que " c'était èir^im téméraire auteur, ç\uç, de hasarder de " pareilles expressions (^).

D'autres, plus érudits que Pradon, veulent trouver dans ces deux premiers alexandrins une réminiscence de Vauquelin de la Fresnaye. Vauquelin avait dit, à propos de Virgile :

" En l'épique tu peux suivre ce brave auteur ;

" Nul ne peut en sa langue attei?idre à sa hauteur (3). "

Saint- Marc prétend que '' \ expression de Boileau ** est phts quimitée'\ Je consens à voir dans cette similitude de rimes et de langage une pure rencontre. Toutefois le début de Boileau, dans son ensemble, est ou paraît être, une répétition du début de Vauquelin.

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