Sat. IX, V
•' déplorer la destinée d'un chien qui avait servi de " victime aux leçons d'anatomie qu'on nous donnait. " Ma mère, qui avait souvent entendu parler du danger '* de la passion des vers, et qui la craignait pour moi, " après avoir porté cette pièce à Boileau, et lui avoir " représenté ce qu'il devait à la mémoire de son ami '' (Jean Racine), m'ordonna de l'aller voir. J'obéis, " j'allai chez lui en tremblant, et j'entrai comme un '' criminel. Il prit un air sévère ; et après m'avoir dit " que la pièce qu'on lui avait montrée était trop peu de '' chosepour lui faire connaître si j'avais quelque génie: " Il faut, ajouta-t-il, que vous soyez bien hardi, pour '' oser faire des vers, avec le nom que vous portez. " Et Boileau poursuivit sur ce ton sa mercuriale familière, dont le collégien poète ne profita point (').
On sait que Boileau fit vaillamment la même leçon à Louis XIV. Le Roi avait eu l'audace *' périlleuse " de faire des vers,et ses vers ne valaient rien. Le Législateur du " Parnasse francois " eut la franchise de ne pas encourager le rimeur royal : '' Si Votre Majesté, " dit-il, a voulu faire de méchants vers, elle y a réussi." L'histoire ne dit pas que Louis le Grand ait eu de nouveau la faiblesse de versifier.
" Ni prendre pour génie un amour de rimer.
Molière avait formulé et développé ce précepte avant Boileau. Son Alceste tâche de faire entendre au poète Oronte, qu'il faut prendre garde '' à ces démangeai- ** sons " de poésie :
" Quel besoin si pressant avez-vous de rimer (^) ? "