‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 86 sur 258 · Misatith., Acte I,sc · texte numérisé non relu

Misatith., Acte I,sc

Ronsard avait, tjuatrc-vin^ts ans plus tôt, marqué la différence grande entre le i:;énie poétique et Xamour de rimer, " Tous ceux qui écrivent en carmes "(en vers), tant doctes puissent-ils être, ne sont pas *' poètes. Il y a autant de différence entre un poète et *' un versificateur, qu'entre un bidet et un généreux " coursier de Naples ; et pour mieux les accomparer, '* entre un vénérable prophète et un charlatan vendeur " de triables ('). "

Le xvii^ siècle répéta, prêcha, commenta, cette maxime toujours vraie et toujours peu comprise. Malherbe la mit, dit-on, en pratique, à l'égard d'autrui, d'une manière terrible. Un homme fort grave, magistrat et Q^entilhomme, lui montra des vers de sa façon, et

pria Malherbe de lui en dire son sentiment. Malherbe " les lut avec mépris", et la lecture achevée: Monsieur, cria-t-il au pauvre gentilhomme, avez-vous par hasard " été condamné à être pendu, ou à faire ces vers-là (^) ? "

La marquise de Sévigné connaissait l'^-ir/ Poetique.dç,puis un an et plus, lorsqu'elle écrivait à sa fille: " Bour- *' delot m'a envoyé des vers qu'il a faits à la louange " de M. le Prince et de ]\L le Duc ; il vous les envoie '' aussi. Il m'écrit qu'il n'est point du tout poète ; je " suis bien tentée de lui répondre : Et pourquoi donc " faites-vous des vers ? Oui vous y oblige (') ? ' On était cruel en ce temps-là pour les gens qui '' se tuent

a rimer .

" Ni prendre pour génie, .. . " ]^ç.s mois génie ç:\. esprit reviennent trop souvent dans les vingt premiers vers de Boileau .

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