‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 88 sur 258 · V. 39. — 3. Sat. IX, V. 247. — 4. L. I · texte numérisé non relu

V. 39. — 3. Sat. IX, V. 247. — 4. L. I

LTmcdc La l'ontainc eut le tort de ne point consulter les forces de son pauvre esprit. Mais c'était un âne (').

Il semble, ou même il est certain, que Regnard se souvenait du conseil et des rimes de Boileau, quand il écrivait à Ouinault :

*' Je repousse bien loin de flatteuses amorces^

" Et sais mieux mesurer mes desseins à mes forces.

" Que d'autres, })lus hardis, dans ces nobles travaux,

" S'efforcent d'imiter Racine et Despréaux ;

" Mais moi (2)... "

Gacon, autre imitateur de Boileau, écrit dans le même style :

" Je trouve que, séduit par de vaines amoi'ces.

" J'entreprenais une œuvre au-dessus de xnt^ forces (^). ''

" La nature fertile en esprits excellents, " Sait entre les auteurs partager les talents.

Vauquelin avait exprimé cette vérité triviale, en la délayant un peu, selon son habitude. " La nature ", dit Vauquelin, est la source de l'imitation qui est ellemême la source de la poésie.

" .... Il s'en suivit qu'en beaucoup de façons " Elle fut divisée en l'esprit des garçons, " Selon que de leurs mœurs la coutume diverse " A faire les poussait des vers à la traverse (4). "

Boileau est plus concis ; il dit mieux, mais il ne dit pas davantage. Avant lui, Segrais avait exposé la même idée, très évidente du reste : " La poésie *' demande un esprit particulier comme la musique et

I. Fab. Liv. IV, f. V. — 2. Œuv. Éd. de 1805, t. III, p. 317. 3. Sat. VIL — 4. L. I.

" la peinture... {'). Mais entre les poètes mêmes, il '* s'en trouve qui ont un genre de poésie, qui n'ont '• nulle ouverture d'esprit pour les autres (').

A quelques années de là, le P. du Cerceau rajeunissait ce thème et redisait ce que Boileau veut établir. Du Cerceau remplace la naf7irc\ par Apollon :

" Sans consuller en cela nos souhaits,

" Ce dieu dispense, à son gré, ses bienfaits,

" Donne à chacun, en le faisant poète,

" A l'un la lyre, à l'autre la trompette;

'* A celui-ci chausse le brodequin,

" Élève l'autre au cothurne divin;

" Accorde à tel la force et l'énergie,

" Réduit tel autre à la tendre élégie,

" Dans la satire il rend l'un sans égal,

" Et borne l'autre au simple madrigal (^). "

La Fontaine, en son Epître à l'évêque d'Avranches, se réjouissait de voir la France si bien partagée " de talents ". Il s'en félicite dans deux vers qui rappellent le distique de Roileau, un peu par le fond, et beaucoup par la rime. Seulement La Fontaine remplace la naUtre par Dieu lui-même :

'* Dieu n'aimerait-il plus à former des tale?iis ?

" Les Grecs et les Romains sont-ils seuls excellents ? "

Mêmes idées et mêmes rimes sous la plume du grand Corneille, dans le Remerciement art Roi. (1663.)

" Il n'est dans tous les arts secret plus excellent " Que d'y voir sa portée et choisir son tale?it : *' Pour moi qui de louer n'eus jamais la méthode " J'ignore encor le tour du sonnet et de l'ode!

1. La Bruyère devait confirmer vingt ans plus tard, cet axiome, en se servant de trois noms illustres : " IVIignard est Mignard, Lulli est Lulli, " Corneille est Corneille. " Au génie reçu de la nature ces hommes éminents ajoutent l'originalité. C'est ce qui les fait grands.

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