Ibid., t. I, Lettre du 25 Oct
On ne siiuniit ctrc plus modeste entre académiciens. Aussi Tallemant des Réaux, le médisant, avait beau jeu à pourtraire ainsi le bonhomme Racan. " Jamais la force du génie ne parut si clairement en " un auteur qu'en celui-ci ; car, hors ses vers, il semble " qu'il n'ait pas le sens commun. Il a la mine d'un " fermier ; il bégaie et n'a jamais su prononcer son '' nom ; car, par malheur, l'T? et le C sont les deux '' lettres qu'il prononce le plus mal ('). Plusieurs fois " il a été contraint d'écrire son nom pour le faire " entendre. Bon homme du reste et sans finesse ('). "
Racan était bègue ; et, selon l'expression de Balzac, Malherbe avait un " empêchement de langue ". Seraitce cette ressemblance qui les fit amis ?
Si le marquis de Racan fut original en poésie, ce fut assurément dans sa manière d'écrire les vers. Il les couchait sur son papier, à la suite, sans se mettre en peine d'aller à la ligne. Sans aucun doute M. Jourdain les aurait pris pour de la prose.
Ménage citait un trait doublement glorieux pour ce " bon homme sans finesse ". M. de Racan disait '* qu'il avait fait quatre vers, qu'il trouva ensuite en '' propres termes dans les tablettes de Matthieu Paris. " M. de Racan n'aurait jamais dit une chose sembla- '' ble, si elle n'eût été vraie {^) ."
Voici une autre anecdote, très honorable pour le poète des « Bergers et des bois»; mais est-elle vraie? Elle se trouve dans les souvenirs sur Boileau, recueillis par Cizeron-Rival. Il fallait que l'auteur de l'Art poétique eût une bien haute opinion de Racan, pour
1. Un jour que Boisrobert contrefaisait Racan, devant Racan luimême, le marquis " en riait jusqu'aux larmes, et disait : Il dit vlai, il dit " vlai ". Historiettes^ Éd. de Monmerqué et P. Paris. T. II.