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Ce ne fut que sous Louis XIII que

Seulement, les acteurs laissant le masque antique1, Le violon tint lieu de chœur et de musique 2.

Bientôt l'amour, fertile en tendres sentiments, S'empara du théâtre ainsi que des romans5. De cette passion, la sensible peinture 95 Est pour aller au cœur la route la plus sûre : Peignez donc, j'y consens, les héros amoureux; Mais, ne m'en formez pas des bergers doucereux; Qu'Achille aime autrement que Tircis et Philène; N'allez point d'un Gyrus nous faire un Artamène4; 100 Et que l'amour, souvent de remords combattu, Paraisse une faiblesse, et non une vertu.

Des héros de roman fuyez les petitesses. Toutefois, aux grands cœurs, donnez quelques faiblesses : Achille déplairait, moins bouillant et moins prompt ; 105 J'aime à lui voir verser des pleurs pour un affront. A ces petits défauts marqués dans sa peinture, L'esprit avec plaisir reconnaît la nature 5. Qu'il soit sur ce modèle en vos écrits tracé; Qu'Agamemnon soit fier, superbe, intéressé; 110 Que pour ses dieux Enée ait un respect austère; Conservez à chacun son propre caractère ;

la comédie commença de prendre une bonne forme. (B. 1713.)

Si Ton prend comme époque la Sofhonisbe de Mairet, elle est de 1628, mais Boileau songe plutôt au Cïd, qui est de 1636 ou 1637. Pour la première tentative d'acclimater les sujets classiques à la scène française, elle remonte à la Cléopâtre de Jodelle, et elle est de 1552.

Voyez pour l'époque intermédiaire, 1552 - 1628, Ebert : Entwickelungsgeschichte der franzôsischen Tragôdie; Faguet : la Tragédie française au siècle; et Rigal : Alexandre Hardy.

1. Ce masque antique s'appliquait sur le visage de l'acteur et représentait le personnage qu'on introduisait sur la scène. (B. 1713.)

2. Esther et Athalie ont montré combien on a perdu en supprimant les chœurs et la musique. (B. 1713.)

Ce n'est pas notre avis. Esther et Al lut lie sont des tragédies tout à part, pour ainsi parler. Mais s'il y avait des chœurs dans Horace et dans Cinna, de b musique dans Bajazet et dans Britannicus, ou des violons enfin dans Wiadamisle et dans Mérope, nous ne vovons pas ce que Voltaire et Cré- J.i l'ion, Racine ou Corneille y gagneraient ; — ni nous non plus. La tragédie grecque est ce qu'elle est ; et au lieu

de s'en inspirer, si la nôtre l'avait copiée, ou décalquée, elle ne serait pas la tragédie française,— quelque chose d'original et d'unique en son genre,— mais un pastiche de la tragédie grecque. Il a plus nui que servi à Racine, dans sa Phèdre ou dans son Iphigénie, d'avoir trop imité les Grecs ; et bien lui en a pris d'avoir eu assez d'invention ou de génie, pour recréer une partie de ce qu'il imitait.

3. Entendez : s'empara du théâtre ainsi qu'il avait fait des romans. On sait sans doute que c'est un peu aux Amadis, mais surtout à ï Astree, d'Honoré d'Urfé, qu'il faut rapporter cette fortune littéraire des passions de l'amour. On ne lit pas assez ce livre jadis fameux, dont la connaissance pourtant est toujours indispensable à qui veut bien entendre et comprendre l'histoire littéraire du xvn° siècle.

4. Artamène est le nom sous lequel se déguise le grand Cyrus, dans le roman alors encore célèbre de Mlle de Scudéri.

5. On a beaucoup disputé sur le point de savoir si Racine, dans son Iphigénie, nous avait rendu l'Achille de l'Iliade, mais on a oublié d'examiner si celui d'Euripide ressemblait davantage au héros d'Homère. Voyez le Juurnal d'Eugène Delacroix, II, soi. 502

Des siècles, des pays étudiez les mœurs1 : Les climats font souvent les diverses humeurs.

Gardez donc de donner, ainsi que dans Clélie2, 115 L'air, ni l'esprit français à l'antique Italie ; Et, sous des noms romains faisant notre portrait3, Peindre Caton galant, et Brutus dameret. Dans un roman frivole aisément tout s'excuse ; C'est assez qu'en courant la fiction amuse ; 120 Trop de rigueur alors serait hors de saison ; Mais la scène demande une exacte raison4 : L'étroite bienséance5 y veut être gardée.

D'un nouveau personnage inventez-vous l'idée6? Qu'en tout avec soi-même il se montre d'accord, 125 Et qu'il soit jusqu'au bout tel cm'on l'a vu d'abord.

Souvent, sans y penser, un écrivain qui s'aime, Forme tous ses héros semblables à soi-même ; Tout a l'humeur gasconne en un auteur gascon : Calprenède et Juba7 parlent du même ton. 150 La nature est en nous plus diverse et plus sage8. Chaque passion parle un différent langage : La colère est superbe, et veut des mots altiers; L'abattement s'explique en des termes moins fiers.

Que, devant Troie en flamme, Hécube désolée 135 Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée, Ni sans raison décrire, en quels affreux pays,

« Par sept bouches l'Euxin reçoit le Tanaïs9 ». Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles

1. C'est ce que Corneille se vantait volontiers d'avoir fait ; et généralement nos historiens l'en ont cru sur sa parole. On voudrait seulement qu'ils nous eussent dit à quels signes ils reconnaissent « l'âme bithynienne » dans Nicomède, par exemple ; ou dans Suréna « la psychologie » du Parthc.

2. .Clélie, autre roman de Mlle de Scudéri, où d'ailleurs Caton n'a point de rôle, puisque l'action en est contemporaine de Tarquin le Superbe. Boileau, dans ses souvenirs, aurait-il confondu l'un et l'autre Brutus? celui qui fonda la république à Borne, et celui qui crut la rétablir en assassinant César ?

3. Notre portrait : ce sont en effet les portraits des contemporains qui ont fait le succès des romans de Mlle de ScudérL Voyez V. Cousin : la Société française au xvne siècle.

4. C'est ce que Corneille exprime à la façon — plus obscure, mais aussi plus profonde — quand il dit, dans son

Discours sur la tragédie, que « la réduction de la tragédie au roman est la pierre de touche pour démêler les actions nécessaires d'avec les vraisemblables ».

î>. Bienséance, c'est ici la convenance interne du sujet et des moyens qui servent à le traiter.

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