‹ L'art poetiqueChapitre 28 sur 37 · CHANT IV · texte numérisé non relu

CHANT IV

Le médecin de Florence, 1 à 24. — Que la poésie ne souffre pas la médiocrité, 25 à 40, — De se défier des coteries, 41 à 48. — Nécessité de la critique, 49 à 60 (Cf. Chant 1, 183-251), et de la manière d'en user, 61 à 90. — De fuir lès sujets licencieux, 91 à 96, mais sans tomber pourtant dans la pruderie, 97 à 110. — Du caractère de l'écrivain, 111 à 120. — Qu'il doit être honnête homme, 121 à 125, et ne pas travailler pour le gain, 126 à 132. — C'est du moins ce qu'exige de lui l'origine même de son art, 133 à 173. — Que la rigueur de ce principe admet quelques tempéraments, 174 à 186.

— Les temps d'ailleurs sont passés de V indigence des poètes, 187 à 192. — Éloge de Louis XIV, 193 à 222. — Conclusion de tout l'ouvrage, 223 à 236.

Dans Florence, jadis, vivait un médecin1, Savant hâbleur, dit-on, et célèbre assassin. Lui seul y fit longtemps la publique misère : Là, le fils orphelin lui redemande un père ; Ici, le frère pleure un frère empoisonné; 5 L'un meurt vide de sang2, l'autre plein de séné; Le rhume à son aspect se change en pleurésie ; Et, par lui, la migraine est bientôt frénésie. Il quitte enfin la ville, en tous lieux détesté. De tous ses amis morts un seul ami resté 10 Le mène en sa maison de superbe structure :

— C'était un riche abbé, fou de l'architecture. — Le médecin, d'abord, semble ne dans cet art, Déjà, de bâtiments parle comme Mansart3 :

I. On sait assez qu'il s'agit ici de Claude Perrault, l'architecte de la Colonnade du Louvre, savant anatomiste, d'ailleurs grand ami de Quinault, et comme tel ennemi déclaré de l'auteur des Satires. Boileau lui reprochait de l'avoir calomnié ou, comme il disait, « de s'être déchaîné contre lui dans le monde » et, par exemple, d'avoir fait courir le bruit que dans le vers de la Satire,

Midas, le roi Midas a des oreilles d'âne,

le poète avait désigné Louis XIV. Voyez d'ailleurs : Boileau, Lettre à Vivonne du 13 décembre 1673 -, Première Réflexion sur Longin ; èt, pour de plus

amples détails : H. Rigault : Histoire de la Querelle des Anciens et des Modernes, ch. x.

2. On usait beaucoup alors de la 1 saignée, et, comme dit Molière, on commençait d'abord par pratiquer sur toute espèce de malade indistinctement une large phlébotomie. Voyez les Lettres de Gu>j Patin.

3. Deux Mansart ont illustré ce nom dans l'histoire de l'architecture : Franiçois, né en 1598, mort en 1666, l'archi- Uecte du Val de-Grâce, et Jules Hardouin,

son neveu, né en 1645, mort en 1708, l'architecte des Invalides et du palais de Versailles. Il y a tout lieu de croire que c'est du neveu que parle ici Boileau.

D'un salon qu'on élève il condamne la face1; 15

Au vestibule obscur il marque une autre place ;

Approuve2 l'escalier tourné d'autre façon....

Son ami le conçoit3, et mande son maçon.

Le maçon vient, écoute, approuve, et se corrige.

Enfin, pour abréger un si plaisant prodige, 20

Notre assassin renonce à son art inhumain ;

Et, désormais, la règle et l'équerre à la main,

Laissant de Galien la science suspecte,

De méchant médecin devient bon architecte.

Son exemple est pour nous un précepte excellent. 25 Soyez plutôt maçon, si c'est votre talent, Ouvrier estimé dans un art nécessaire, Qu'écrivain du commun, et poète vulgaire 4. Il est dans tout autre art des degrés différents ; On peut avec honneur remplir les seconds rangs; 30* Mais, dans l'art dangereux de rimer et d'écrire, Il n'est point de degrés du médiocre au pire5. Qui dit froid écrivain dit détestable auteur. Boyer6 est à Pinchêne7 égal pour le lecteur; On ne lit guère plus Rampale8 et Mesnardière9 55 Que Magnon10, du. Souhait11, Corbin12 et La Morlière13.

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