ARTS ET MÉTIERS
Par M. GEORGES RENARD
Professeur d'Histoire du Travail.
Mesdames, Messieurs et chers camarades,
Je suis heureux de souhaiter ici la hienvenue à votre intelligente Société de l'Art pour tous, qui me paraît être inspirée de l'esprit même du Conservatoire des Arts et Métiers, c'est-à dire du désir de renouer entre les arts et les métiers une antic[ue et féconde union. Il fut un temps où l'artiste et l'artisan — ces frères jumeaux — travaillaient de concert et marchaient la main dans la main. Puis un long divorce les a séparés. Mais voici que, sous
l'impulsion du mouvement démocratique, ils se rapprochent, se rejoignent, se reconnaissent comme étant de la même famille, et je salue avec joie cette réconciliation grosse de conséquences pour le bonheur et pour la beauté du monde où nous vivons.
Aussi ne veux -je considérer votre visite au Conservatoire que comme une première reconnaissance opérée sur Un vaste champ d'exploration, comme un simple rrioyen de vous orienter dans un domaine encombré de richesses. Et mon but dans cette causerie est uniquement de vous indiquer quelques points de repère qui permettent à chacun de vous de retrouver dans ce grand établissement ce qui peut l'intéresser. Je me trompe. Je voudrais encore une chose : je voudrais vous fournir ainsi des raisons d'y revenir.
Je vais donc vous parler, aussi brièvement et aussi clairement que je pourrai, de son histoire et de son organisation.
Demandez à un Parisien : Qu'est-ce que le Conservatoire des Arts et Métiers ? Voici ce qu'il vous répondra neuf fois sur dix : a Un grand bâtiment, situé sur le square du même nom. On y voit des machines. On y entend des cours. »
11 n'en sait guère plus long. Et c'est cela, en effet. Mais c'est mieux que cela. C'est, qu'on le sache ou noti, un des trésors de notre vieux Paris.
Le Conservatoire est, à la fois, un et multiple. Ce qui
MOiVUMENTS ET MAT^UFAGTURES
en constitue l'unité, c'est le caractère commun à toutes les institutions réunies sous son nom, et ce caractère consiste à faire, pour l'utilité du public et des travailleurs en particulier, voisiner, fraterniser et progresser de compagnie l'art, la science, le commerce, l'industrie. Voilà pourquoi il a obtenu la personnalité civile, qui fait de lui une sorte d'individu, qui lui assure le droit de conclure des conventions, des contrats, de recevoir des legs et des donations* Voilà pourquoi l'on a mis à sa tête un directeur général (i), qui, avec un Conseil de perfectionnement (2) cliargé de veiller aux intérêts spirituels de l'établissement et un Conseil d'administration (3) chargé de veiller à ses intérêts matériels, sert de lien aux différents membres de ce corps complexe. Voilà pourquoi il est soutenu financièrement à la fois par l'Etat, par la Ville de Paris, par la Chambre de Commerce et par d'autres Sociétés privées. Sous le titre qu'il porte^ il date de la Convention, qui, tout en levant quatorze armées potir défendre la République, trouvait encore le temps de songer aux choses de la paix.
Il fut installé là où il est en juin 1798 et il a pu célébrer récemment son centenaire ; il est, comme l'Ecole Polytechnique et l'Ecole Normale supérieure, au nombre des premières créations de la France nouvelle.
Mais les bâtiments qu'il occupe sont en grande partie plus anciens et ils méritent qu'on en dise quelques mots^
(1) M. Chandèze.
(2) Président : M. Mascart.
(3) Président : M. Millèrand.