LES BATIMENTS
On peut les diviser en trois groupes. Le premier comprend les débris de ce qui fut au moyen âge le prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Saint-Martin-des-Champs ! Un nom idyllique qui nous surprend aujourd'hui ! Des cliamps, et nous sommes au cœur de Paris 1 Mais alors on était ici en pleine banlieue, et cela dura jusqu'au temps de Charles VI, en i383 ; mille détails ne permettent pas de l'oubJier : le quartier environnant qui s'appelle encore le Marais, les rues du Pont-aux-Choux, du Vert-Bois, qui témoignent d'un passé campagnard. Elle était, en ce tempslà, très riche et très puissante, l'abbaye de bénédictins qui a laissé son nom à la rue Saint-Martin. Elle possédait ici même quatorze arpents de terre, un pré qui se louait pour les combats en champ clos ; elle avait, en sus, des domaines un peu partout en France avec le droit de haute et basse justice qu 'elle exerçait sur près de loo.ooo ressortissants. Elle protégeait, patronait des confréries de rubaniers, de portefaix, de jardiniers. Elle était mi-couvent mi-forteresse, à l'abri derrière une muraille crénelée et flanquée de tours. Que reste-t-il de cette splendeur ? D'abord l'église, qui, malgré son clocher découronné, est un des monuments les plus curieux de Paris et qui s'éleva au moment où la chrétienté se para d'une robe blanche d'églises neuves, en cet élan d'espérance et d'allégresse qui suivit les terreurs de l'an mille où elle avait cru périr. Puis l'édifice qui est transformé aujourd'hui en bibliothèque/un vrai bijou de grâce et de légèreté, avec ses frêles colonnettes, ses voûtes élégantes, les riches sculptures de son portail ; il est contemporain de saint Louis et
MO?^UMEISTS ET MANUFACTURES
attribué à Pierre de Montereau, i'arcliitecte de la Sainte- Chapelle, cet autre chef-d'œuvre de Fart ogival ; il servait de réfectoire aux moines et la jolie logette, qu'on peut admirer tout au fond, était la tribune d'où s'égrenait sur leurs têtes une lecture pieuse destinée à sanctifier leur appétit. Ajoutons deux ou trois tours, une surtout en poivrière, c[ui fait le coin de la rue du Yert-Bois et cjui l'a échappé belle. Un de ces aligneurs impitoyables, comme il s'en trouve parfois dans les administrations, voulut la supprimer ; mais Victor Hugo, en bon romantique, prit fait et cause pour la pauvre tour menacée ; il déclara, diton, que, s'il fallait absolument démolir quelque chose, mieux valait démolir l'architecte. L'architecte se le tint pour dit ; il céda, fut sauvé, et la tour aussi.
Le second groupe de bâtiments est d'une tout autre époc[ue ; il date du xviif siècle. La "ferveur des âges religieux était passée ; les abbés de Saint-Martin-des-Champs étaient encore de gros personnages ; mais ils avaient sans le savoir été touchés de l'esprit laïque, et ce c[u'ils firent bâtir — l'escalier monumental de la cour d'honneur avec le clocheton qui le surmonte, la « salle de l'écho » cj[ui se trouve dessous, une salle des Pas perdus et des galeries d'une solidité douteuse — tout cela ressemble fort aux hôtels très bourgeois où Messieurs les juges au Parlement se logeaient dans le quartier du Marais. Les abbés, qui ne négligeaient point les intérêts terrestres, avaient bordé la rue Saint-Martin d'une rangée de maisons de rapport, si bien que le prieuré était comme enfoui derrière ce rempart lucratif. Survint la Révolution. Le prieuré cessa d'être un prieuré ; il devint propriété nationale : il s'appela Conservatoire des Arts et Métiers. Mais bien qu'il eût complètement changé de destination, passant des moines aux mains
des savants, il demeura longtemps emprisonne dans sa gangue de pierre. Il l'était encore le 1 3 juin 1849, lorsque Ledru-Rollin, s'efforçant de soulever les Parisiens au nom de la Constitution républicaine violée par l'expédition de Rome, le choisit pour centre d'opération. Choix malheureux ! Ledru-Rollin et ses amis furent pris là-dedans comme dans une souricière ; ceux qui n'y furent pas arrêtés durent s^enfuir en escaladant les murs ou par des portes dérobées ; ce fut ce que les plaisants du temps appelèrent, par un calembourg facile, V affaire des Arts émeutiers. Mais, dès cette époque, on travaillait à dégager, à isoler le Conservatoire et cette longue besogne est à peu près terminée. On travaillait aussi à l'agrandir. Les maisons c[ui le cachaient étaient abattues. Une série de bâtiments neufs s'élevaient en bordure de la rue Saint-Martin, dans les cours, et voici, pour finir j c|Ue les besoins devenant plus grands, on a du, pour y installer de nouveaux services, s'emparer de l'appartement du directeur et même du grand jardin intérieur c|ui était le suprême vestige des champs et des prés possédés ici par les moines. Tel est le troisième et dernier groupe de bâtiments composites qui couvrent le grand îlot rectangulaire occtipé par le Conservatoire; \
Après ce coup d'œil sur Fédifice, voyons ce qu'il contient. Quatre organismes y évoluent côte à côte. Ce sont : i" le Musée auquel j'adjoins la Bibliothèque ; 2'' VOffice de la propriété industrielle) 3° \q Laboratoire d essais ; 4° les Cours et Conférences.
MONUMENTS ET MANUFACTURES
Nous passerons toiu^ à tour en revue ces quatre organismes, qui s'entrecroisent sans cesser d'avoir chacun leur vie individuelle.