MANUFACTURE
Par M. TIRON
L'histoire de la Céramique, qui doit faire l'objet de cette causerie, est l'histoire de la fabrication des vases et ustensiles de terre, quelle que soit la nature de cette terre.
Elle comprend un ensemble de produits d'ordres et d'usages tellement variés, qu'elle touchera toutes les questions intéressant Thistoire des peuples, religion, mœurs, coutumes, arts, sciences, etc. On y suit les progrès incessants accomplis par l'industrie humaine.
Le travail de la poterie remonte au berceau même de l'humanité, et c'est après l'art de façonner les armes pour leur défense, ou les besoins de leur chasse, ou de fabriquer des tissus grossiers pour se garantir des rigueurs de la température, celui que les hommes ont dû pratiquer un des premiers.
Les poteries sont divisées en plusieurs classes bien distinctes : Poteries communes ; 2° Poteries lustrées ;
MONUMENTS ET MANUFACTURÉS
3° Poteries vernissées ; 4° Grès ; 5° Faïences communes ; 6'' Faïences fines ; 7° Porcelaine tendre ; 8" Porcelaine dure* Les plus anciennes poteries, celles qui remontent aux époques encore indéterminées que Ton désigne sous le nom de préhistoriques, sont en terre noirâtre, sableuse ^ mélangée de petits cailtoux. La pâte est serrée^ la cassure terne et terreusé. Celle-ci présente presque toujours deux colorations distinctes (terre et fumée) dues à une cuisson à l'air libre avec du bois mort. Lorsque l'ornementation commence à apparaître, elle est des plus rudimentaires . Usage du doigt, décor géométrique. Tour. Le tour, accessoire si utile au potier, date de la plus haute antiquité. Homère en parle dans le 7^ chant de Vllliade, (( Tantôt, dit- il, le chœur danse en rond avec autant de justesse que de rapidité, telle la roue que la main du potier essaye et fait tourner à son gré. »
Poteries égyptiennes, — Les débuts de la fabrication égyptienne se perdent dans la préhistoire, mais un progrès considérable fut accompli par l'application sur la terre d'un lustre extrêmement mince dû à l'introduction de potasse ou de soude, lesquelles formaient à la cuisson un silicate très fusible, semblable à du verre. Cette glaçure servait à recouvrir les vases dits « canopes ».
Il faut également citer en Egypte la première apparition des poteries vernissées avec les petites figurines.
Poteries étrusques. — Pâte fine, mince, sonore, lustrée noire sur terre noire.
Fort bien conservées, malgré leur date de fabrication.
Servaient beaucoup pour l'aménagement des tombeaux.
Poteries grecques: — Pâte fine, mince, sonore» Jnunë paille ou rougeâtre.
Glaçure incolore ou rouge. Elles sont décorées de deux façons :
1° Par application d'un lustre noir brillant formant une silhouette sur le fond.
Les ornements sont des figurines d'homme ou d'animaux dont les vêtements et les muscles sont indiques par des traits gravés en creux.
2" Plus tard, elles sont décorées par réchampissage, fait avec lustre noir, réservant en^rouge sur le fond lui-même des ornements et figures, dont l'intérieur est dessiné de traits noirs.
Le lustre est très beau et paraît de fabrication récente.
Poteries romaines. — Improprement désignées sous le nom de poteries Samiennes, elles ont été trouvées dans tous les pays où s'est étendue la domination romaine, particulièrement en Italie, et en Espagne, dans certaines parties de la France, sur les bords du Rhin. Elles sont également recouvertes d'un beau lustre silico-alcalin, d'un beau rouge brillant (Corail).
Poteries vernissées. — Ce sont les poteries recouvertes d'un vernis vitreux, généralement à base de plomb, coloré par un oxyde métallique. L'emploi de ce vernis constituait un progrès considérable en corrigeant la porosité des terres. On s'en est servi dans la plus haute antiquité, en^Egypte, pour la fabrication de figures funéraires, amulettes, vernis également semblable à celui placé sur les poteries trouvées dans les pays où les Phéniciens ont étendu leur commerce (Afrique, Grèce, Italie, Sardaigne, Asie-Mineure, France méridionale).
C'est seulement à la fin du xif et au commencement du xiii'' siècle, que Pusage de cette couverte commence à se généraliser. C'est sur les carreaux de dallage, fréquents
MONUMENTS ET MANUFACTUllES
dans les églises, chapelles et châteaux, que ce vernis fut d'abord appliqué (Paris, Beauvais^, Rouen, Bretagne, Dijon, Valence, furent les premiers centres).
La fantaisie du potier s'est donnée libre carrière dans Tornementation de ces poteries, mais ce qui domine surtout, ce sont les objets religieux (( Christs en croix », figures de saints et de saintes, Inscriptions, écussons, fleurs de lys. Puis on arrive assez promptement à créer un procédé, qui, surtout en Italie, devait donner des résultats d'un caractère plus artistique, celui des engobes, gravées et colorées, procédé qui consiste à appliquer sur une terre de couleur foncée, une mince couche de matière terreuse ou engobe, d'une coloralion plus claire, et cachant le ton du dessous. On trace ensuite les formes et fdets décoratifs.
Un autre procédé, le pastillage, consiste à décorer les pièces avec une bouillie sortant d'un cornet, ce qui permet d'écrire. Ce procédé, principalement employé dans les pays du Nord, sert encore en Suisse.
Concurremment avec ces poteries, dès le xv^ siècle, on fabriqua du grès (Définition).
Faïences stannijères.
Définition de la faïence commune » » fine .
Décoration sur émail cru .
» » cuit .
leur fabrication.
avantages.
Faïences hispano-moresques. — Lors de la conquête de l'Espagne par les Arabes, ces derniers apportèrent avec eux leurs procédés de fabrication. Plus tard vers la fin du
XII* siècle, ce furent les princes Mores qui continuèrent les traditions artistiques des Arabes ; de là le nom d'Hispano-Moresque. Il est une difTcrence très intéressante entre les poteries Hispano-Moresques et les poteries Persanes. Ces dernières sont faites avec une pâte blanche qui reçoit directement la décoration et est recouverte d'une glaçure transparente, tandis que la première doit être recouverte d'une glaçure opaque, à cause de sa couleur foncée.
Faïences italiennes, — Quoique d'origine douteuse, la fabrication italienne a fourni les plus beaux spécimens de faïences.
Cet Art est arrivé à son complet épanouissement au milieu du xvf siècle, pour s'affranchir et disparaître à la fin du xvn\
Il est intéressant de citer les travaux de Délia Robia. Ses terres sont recouvertes d'un émail opaque, solide, c|ue Ton ne rencontre dans aucune fabrication antérieure. C'est Délia Robia qui, le premier, a appliqué cet émail sur les poteries destinées au bâtiment.
A la fin du xv" siècle l'art du potier occupe une grande place dans l'industrie italienne. Sur tous les points s'élèvent des fabriques : Faënza, Florence, Cafaggiolo, Urbino, etc.
Il est à remarquer que la décoration y est exclusivement décorative, ils copient les grands peintres (Raphaël, le Titien). Les Italiens, maîtresdans l'art de la céramique, furent alors appelés en France, et ce sont eux qui guidèrent nos ouvriers dans l'art de fabriquer la faïence siannifère, mais ils échouèrent par suite du manque de patronage des grands seigneurs.
Cependant les ouvriers français cherchèrent â pénétrer
MONUMENTS ET MANUFACTURES
les secrets de cette fabrication. C'est ainsi que Masseot Abaquesne exécuta de remarquables carrelages pour le connétable de Montmorency.
C'est également à cette époque qu'un pauvre potier de Saintes, Bernard Palissy, parvint seul à créer ce genre de poteries.
Datent également de cette époque les charmantes et rarissimes faïences dites de Henri II.
Palissy n'ayant pas fait d'élèves, il n'y eut pas de continuateurs de son œuvre.
Plusieurs tentatives particulières eurent lieu au début du xvi" siècle, on arrive à la naissance des fabriques de Nevers, Rouen et Moustiers.
La faïence y est décorée sur émail cru.
Puis vient Strasbourg avec la décoration sur émail cuit.
Faïences de Delft.
P. T. Florence, i585.
P. D. en 1709 à Meissen.
P. T. en France, à Lille, 1715, Chantilly. 1725, Mennecy, Tournai, Vincennes, 1763, transportée à Sèvres en
Découverte du kaolin en France en 1776.