LES VOYAGES ET LES GROUPES DE PROVINCE
Les Sociétés d'art fonctionnant en province doivent avoir des relations continuelles et suivies avec VArt poiif . tous. Quand un provincial vient à Paris atec le désir dè visiter les musées, il ne sait comment se guider et, s 'il est seul, il a des chances pour laisser passer inaperçues des choses qu'il aurait intérêt à voir. Il en est de même quant au Parisien qui voyage en province.
Dans ces conditions, les Sociétés d'art sont des centrés naturels d'information. C'est ainsi que nous l'avons compris à VArt pour tous et ndus nous sommes mis à la disposition des groupes visitant Paris. Nous avons reçu successivement les Amis des Arts de VOise, la Fédération des Universités populaires belges, V Université populaire de MeauXj
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un groupe d'institutrices formé par les soins de M. Devinât, directeur de FEcole normale d'Auteuil et dirigé par M'^' Descliamps. Deux institutrices de Dijon, M°^° Martinet et M'^*" A. Pienard, ont excellemment rendu compte de leur voyage dans V Ecole nouvelle. (( En majorité, écrivent-elles, nous ne connaissons pas Paris. Après ces dix jours passés à le parcourir en tous sens, nous avons compris que ces mots « capitale de la France », « cette ville du goût par excellence )), qu'on répète sans y ajouter parfois beaucoup de sens, n'étaient point de vaines paroles. Nous avons eu l'impression Cju'à Paris étaient rassemblés une bonne somme des documents relatifs à notre liistoire nationale. Un monument caractérise une époque, reflète un goût ou exprime un sentiment particulier : c'est pour cette raison qu'il nous a paru aussi instructif de visiter Notre-Dame que les Invalides, aussi intéressant de faire l'ascension de la tour Eilfel que de voir les arènes de Lutèce, et d'aller de la Conciergerie à l'Hôtel de Ville !
)) Je tiens à dire aussi combien furent intéressantes et instructiA^es les visites aux musées. Au Louvre, M. Lumet? avec autant de compétence que de modestie, à l'aide de c[uelc|ues commentaires simples et caractéristiques, nous ouvrait des horizons tout nouveaux pour nous : ici, c'était la naïveté des attitudes observée dans les tableaux des Primitifs ; ailleurs, c'étaient la Joconde^ le Saint- Jean^ Baptiste y le Bacchiis de Léonard de Vinci qui nous étaient expliqués^ et, avec eux, le génie de l'artiste que nos yeux et notre intelligence de profanes n'auraient su pénétrer ! Tout d'ailleurs était matière à instruction ; notre igno-
rancc, nos naïvetés de provinciales nous servaient même ; la vue d'un meuble donnait lieu à une causerie suggestive sur les différents styles et leurs raisons d'être.
)) Paul l.ouis, les brillantes conférences de M. L. Garnier nous sont restées présentes. M. Garnier savait plaider en faveur de tableaux sur lesquels nous aurions passé faute de les comprendre : témoin l'œuvre des Impressionnistes. AjDrès avoir, de prime saut, été sur le point de honnir les Impressionnistes et de leur refuser la qualité d'artistes» nous n'avons pu nous défendre d'un brin de sympathie pour leur palette à tons vifs, ce qui constitue une victoire à l'actif du jeune conférencier. Ajoutons que M. Garnier a su, d'une façon magistrale, nous expliquer l'œuvre de Puvis de Chavannes au Panthéon, et nous amener a saisir, dans chacjue geste, dans chacjue attitude, le sens de l'éternité.
)) A Versailles,, que nous avons passé une gentille journée ! Avec M. Lichy, nous avons admiré l'harmonie parfaite qui existe entre le caractère imposant du château et la forme imposée aux masses de verdure avoisinantes. Puis, ce furent les pelouses, les bosquets, les bassins, Trianon, qui eurent également leur part d'attention, ainsi que le musée.
» Et Chantilly ? — Oh ! ce jour-là fut particulièrement délicieux ! La veille, une conférence très documentée de M. Perrin, à l'Université Mouffetard, nous avait préparées à cette visite. Aussi, n'étions-nous pas trop avides de détails, et nous sommes-nous laissées aller au seul plaisir de jouir du beau temps, du paysage, des Trois Allées aux arcades ombreuses, après avoir admiré comme il convenait
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les merveilles que renferme le musée I Détail puéril, mais propre à caractériser notre belle joie de ce jour : nous prîmes plaisir à voir jouter les carpes gourmandes et replètes pour le traditionnel morceau de pain apporté à leur intention ?
» Disons encore à la louange de M. Perrin qu'il sut nous guider utilement à travers les salles du si curieux musée Carnavalet ! »
Je voudrais que ces voyages fussent multipliés, que les inspecteurs primaires en comprissent toule Fimportance, pour les encourager, les faciliter aux instituteurs et aux institutrices. Par répercussion sur les élèves, ils aideraient à l'éducation nationale.
Nous avons reçu à Paris des Sociétés de province, mais par une réciprocité fraternelle, VArt pour tous a trouvé les concours les plus efficaces dans ses voyages en province et à l'étranger : les Amis des Arts de Dieppe nous guidèrent dans leur ville, sous la conduite de M. Gahen ; les Amis des Arts de l'Oise, à Beauvais ; la Société artistique, à Rouen ; le Cercle de propagamle esthétique, dirigé par M'"'' Lalla Vandervelde, à Bruxelles. Nous irons à Londres, vers le commencement de l'été, avec l'aide d'une Société d'art anglaise.
Nous emploierons toute notre activité, pour que ces voyages et ces réceptions mutuelles, encore trop rares, deviennent un besoin pour les adhérents des Sociétés de province, car nous croyons qu'elles ont un intérêt capital.