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CONFÉRENCES DU JEUDI ET SECTIONS ENFANTINES

En dehors de nos visites dans les musées, nous avons organisé, pour les enfants, des promenades le jeudi, dans

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les usines de Paris et de la banlieue. Il était bon de leur montrer des œuvres d'art, d'éveiller leur attention .sur la splendeur du passé ; mais il . fallait aussi les initier au travail moderne, leur expliquer les méthodes nouvelles de l'industrie, les intéresser à la fabrication des objets dont ils ont coutume de se servir, leur faire toucher l'effort et le génie de l'homme dans leurs moindres manifestations. Nous voulions amener à ces conférences du jeudi, les élèves de la Ville, et à cet effet nous avions adressé une pétition au Conseil municipal, par les soins de M. Quentin-Bauchart. Voici, d'après le Bulletin municipal officiel du samedi i5 novembre 1902, le compte rendu de la séance où elle fut déposée.

Renvoi à F Administration, avec avis favorable, d'une pétition de M. Lumet au nom de la Société a l'Art pour tous )).

M. Quentin-Bauchart. — J'ai l'honneur de déposer sur le bureau du Conseil une pétition par laquelle M. Louis Lu met demande pour le groupe de propagande d'esthétique c( l'Art pour tous » l'autorisation de faire des conférences au musée Galliéra. Permettez-moi, Messieurs, de vous donner lecture de cette pétition que vous trouverez, j'en suis certain^ très intéressante :

« Permettez-moi d'attirer votre attention sur notre groupe de propagande d'esthétique « l'Art pour tous ». Nous savons cojnbien vous vous intéressez à toutes les tentatives qui ont pour but de relever le niveau moral et intellectuel de l'ouvrier, et de l'ouvrier parisien en par-

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ticulior, ot nous sommes certains que vous conslalerez, avec sympathie, les résultats dus à nos efforts.

)) Nous avons fonde le groupe « l'Art pour tous )), en avril 1901, avec treize jeunes gens appartenant aux a Jeunesses ouvrières ». Aujourd'hui, nous comptons plus de huit cents adhérents d'inscrits. En dix-huit mois, nous avons organisé cent conférences et causeries dans les musées nationaux et municipaux existant à Paris ; de plus, nous avons conduit nos auditeurs à l'Hôtel de Ville, à la Sorbonne, au Panthéon, et nous avons dirigé deux excursions : une à Dieppe, l'autre à la manufacture de Sèvres. Plusieurs artistes nous ont ouvert leurs ateliers : Chéret, A. Besnard, A. Charpentier, etc. Nos principaux conférenciers furent Roger Marx, Frantz- Jourdain, E. Chauvelon, Ch. Formentin ; nos conférences sont régulièrement suivies par cent cinquante à deux cents auditeurs qui prennent des notes sérieusement et régulièrement.

)) Le succès de notre propagande nous a engagé à la développer encore, et nous voudrions y faire participer les élèves des écoles de la Ville de Paris. A cet effet, nous avons l'intention d'organiser au musée Galliéra, le jeudi matin, de 10 à 11 heures, des causeries sur l'art^ causeries très simples, susceptibles, toutefois, d'éveiller chez des enfants le goût du beau sous toutes ses formes. Pour cette entreprise nous sollicitons votre aide, Monsieur le Président, et si le principe vous convient, nous nous tenons prêts j pour vous en exposer le fonctionnement. Nous croyons que ces causeries aideraient à l'éducation des

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enfants de Paris, à laquelle yous êtes fermement attaché, » Recevez, Monsieur le Président, l'assurance de nos sentiments dévoués.

(( Signé : Louis Lumet, »

Il y a là, Messieurs, une tentative des plus intéressantes et je demande le renvoi de cette pétition à l' Administration, avec avis favorable.

M. Chérot, — Pas avec avis favorable ! On ne peut faire des conférences à Galliéra pour les élèves de nos écoles.

M. Quentin-Baachart. — L'Administration nous dira si ce n'est pas possible ; mais j'insiste pour l'avis favorable, afin que l'attention de l'Administration soit appelée d'une manière toute particulière sur cette pétition.

M. le Président. — Je mets aux voix le renvoi avec avi§ favorable.

Le renvoi à l'Administration, avec avis favorable, est prononcé.

Nous n'avons pas encore reçu la réponse de l'Administration. Peut-être a-t-elle découvert des obstacles à notre projet que nous ne soupçonnions pas, et peut-être aussi, n'est-elle pas suffisamment renseignée sur notre propagande et nos tendances. Quoi qu'il en soit, notre concours lui est acquis, dès qu'elle nous le demandera, d'autant plus que nous avons entrepris, seuls, l'œuvre que nous lui proposions de mener en commun.

M. Paul Fribourg, conseiller municipal du 12^ arrondissement, écrivait récemment :

c( Les enfants, filles ou garçons, sans occupation, qui ennuient le père ou la mère en s'ennuyant eux-mêmes, peut-on les distraire en les instruisant ? Parmi ces enfants qui traînent, se démoralisent, que de forces perdues ! Ne peut-on pas essayer de les conserver, pour nous?

» Npus allons essayer d'organiser méthodiquement des promenades utiles, agréables et... peu coûteuses. Si notre expérience réussit, nous aurons des imitateurs, qui feront mieux que nous, peut-être ; tant mieux, nous les imiterons à notre tour. Les uns et les autres nous aurons agi.

)) Conduire des enfants — une quarantaine — au Louvre, au Luxembourg, à Guimet, à Galliéra ; si nos moyens nous le permettent à Versailles, leur faire visiter le château, Trianon, la salle du Jeu de Paume ; leur dire quelques mots sur la peinture, sur la grandeur des rois et la misère des peuples (comparaison oubliée dans les livres d'école) ; les mener à Sèvres ; leur expliquer les conditions de travail à différentes époques, à la Bourse du Travail pour qu'ils donnent des conseils à leurs parents ; leur faire connaître le passé pour qu'ils comprennent mieux le présent ; leur demander de nous dire ou de nous écrire leurs impressions, et, enfin — luxe suprême — leur offrir un petit pain et une tablette de chocolat,

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est-ce actuellement, un effort impossible ? Je ne veux et ne peux pas le croire. Il vaut la peine d'être fait.

)) Nous crions à l'aide, on nous aidera. L'œuvre de r (( Art pour tous », où nous avons des amis excellents, connus ou inconnus, va venir à notre secours.

)) Nous ne pouvons pas, en en 'conservant les formelles surannées et mortes, séparer l'Art du Progrès, de la Vie. Le progrès c'est l'Avenir et l'Avenir c'est Fenfant. »

Pendant les vacances scolaires de igoS, Paul Fribourg réunit un groupe d'un millier d'enfants, de lo à i3 ans. Nous les avons conduits au Louvre, à Guimet, au Trocadéro, à Galliéra, et ils ont émerveillé les conférenciers par leur tenue, leur attention, et leurs questions intelligentes.

Il y avait à craindre qu'ils ne fussent pas en état d'écouter des causeries même rudimentaires, mais cette crainte était tout à fait vaine, et je me souviens de l'intérêt éveillé qu'ils prirent aux explications de M. Deshayes qui leur parla de la céramique cliinoise.

Ce premier essai ayant réussi, nous avons formé des sections enfantines dans plusieurs arrondissements, et nous avons étudié, pour elles, un plan de promenades et de conférences. Des femmes dévouées, des jeunes gens, instituteurs ou étudiants, gardent et distraient les enfants, par des chants, de la musique, des piécettes, dans une grande salle, les jeudis où le mauvais temps ne leur permet pas de sortir. Quand le soleil luit, selon l'âge et par groupes de trente à quarante, nous les conduisons au jardin des Plantes, au bois de Yincennes, nous leur apprenons à aimer les animaux et les arbres, à sentir toute la beauté

l'art l'ouii TOUS

du monde extérieur : de Teau, des nuages, de la lumière ; puis nous leur montrons des monuments, des objets d'art dans les musées, les rêves des hommes qui ne sont plus; enfin nous les dirigeons dans les usines, parmi les machines, nous essayons de leur faire comprendre quel effort ^ jjrodigieux nécessite la fabrication de leurs Yctements, des terres où ils boivent, de tout ce qui orne et entretient leur existence ; devant l'outillage moderne, nous leur expliquons la nécessaire solidarité humaine.

Nous avons des sections enfantines dans lies 3% 4", 5% j\ îi% 12\ i3% i4' et i5^ arrondissements.

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