‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 13 sur 183 · SEIN · texte numérisé non relu

SEIN

Un caveau funéraire transformé en fosse d aisance ! Le cercueil d une reine recouvert pendant des années d ordures humaines au lieu de tleiirs et de couronnes ! Eloquente image de la vanité des grandeurs de ce monde et réaliste accomplissement de la prophétie : Pulvis CS, et in pulvcrcm rcvcrleris! que, pour la circonstance, on peut traduire librement: Tu es poudrette et tu redeviendras poudretteL

Carmes (de la place Maubert) — La Vierge y était représentée portant sur son sein Tenfant Jésus et tenant à chaque main un vase de cristal. L’un contenait un peu de son lait, garanti pur, et l’autre, des cheveux authentiques du Christ.

Sainte-Catherine du Val-des-Escoliers ou de la Culture. — Démolie, en 1783, pour faire place à un marché, rue Saint- Antoine.

Chapelle du cardinal de Birague. On y voyait deux fameux tombeaux dus au ciseau de Germain Pilon, celui du chancelier René de Birague ^ et celui de sa femme, Valentine Balbiani (lîg. 37, 38)

1. Rappelons un détail rétrospectif relatif à l’absence de vespasiennes à la lin du xye siècle, et qui ne manque pas de piquant. A l’entrée de la reine Anne deBretafrne (1491), « on poussa l’attention, raconte de Saint-Foix, jusqu’à placer, de distance en distance, fie petites troupes de dix ou douze personnes, avec des pots de chambre pour les dames et demoiselles du cortèg^e (pii se trouveraient pressées de quelque besoin », Tels sont les précurseurs lointains des colonnes Rambuteau élevées à la satisfaction des nécessités qui ne connaissent pas de loi.

-. Carmélites. — Cet ordre possédait deux couvents à Paris. Celui de la rue Saint-Jacfpies, n° 284, ({ui fut le refuge de Louise de la Vallière, sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde. Elle y servit de directrice de conscience à sa collègue la Montespan, dès que la veuve du podagre prit sa place. Celle-ci se retira quelque temps aux Filles de la Miséricorde, rue MoulVetard, (il. Quanta la Fontanges, après avoir traversé en coup de vent la couche royale, elle vint échouer dans une autre maison close, à l’Abbaye de Port- Royal, qui deviendra la Maternité. Coïncidence curieuse, c’est aux suites d’une maternité qu'elle y succomba, « blessée au service du roi », écrit Mme de Sévigné. Rue Saint-Jacques, paraît-il, l’impudique tille du Régent, la duchesse de Berry, y édifia ses nouvelles compagnes par l’apparence d’un repentir sincère.

Le second couvent était situé rue Chapon, — nom approprié à un monastère ; — mais son église s'ouvrait sur la rue Trousse-Nonnain, « qu’un sentiment de convenance morale, dit l'abbé Pascal, fit changer en celui de Trace-Nonain, qui ne signifie rien et dont on a tiré le vocable actuel de Transnouain, le({uel dit trop ou trop peu. Pour un semblable motif, la rue du Pet devint celle du Gi*and-Hurleur et la rue de la Pute-y-muse celle du Petit-Musc. Ajoutons que la Chapelle et le Collège de

Tournai se trouvaient dans la rue Bordelle, repaire de « filles ivrognesses de leur corps ».

3. Cet intrigant Italien passe pour l’un des plus actifs et cruels organisateurs de la Saint-Parthélemy ; devenu veuf, il fut promu, par Grégoire XIII, à la dignité cardinalice ; au chapeau rouge, le prix du sang.

f. f.n CCS mausolées, réunis en un seul, turent reconsiruits à Sainl-Louis des

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Fig. iU>. — D'après le Musée des Monumenls frunçais, de Lenoir.

«lésuiLes, dans la première cliaj^elle, à main droite. Mutilés eiH793. lAMioir les reconstituer an Musée des l*etits-Anguslins.

essaya de

U L’elHj^'ie (ricolle dame est tout de blanc albatre, appuiée sur son coude, » et tient un livre à la main. Un chien est couché a ses cotés au lieu de l’étre à ses pieds où la place est occupée par un g'énie nu en bronze. Celui-ci porte une plaque de marbre noir sur laquelle est écrit : morte n’est point qui vit au ciel, et, au bas de cette même figure, on lit encore : qui rien AIME TARD OURLIE. Au-dessous du personnage principal, un bas-relief nous révèle son cadavre presque nu (fîg. 37b Le Louvre a recueilli cette œuvre précieuse.

• Tl r ^ 38. — Tombeau de Mme de Birairue, d’après les

On pouvait von au Musee AnUquilez, Chroniques el Sinquluritez de Paris.

des Monuments français,

Y (( archétype » de ce monument exécuté par le même sculpteur : c était la reproduction d’un corps de femme morte d’étisie. Le choix du modèle n’était guère flatteur pour le sujet.

Gélestins. — Cette église était une véritable nécropole abritant de nombreux mausolées. En face de l’autel, dans la chapelle d’Orléans, on conservait le cœur et les entrailles de trois princes, qui n’en eurent guère de leur vivant : le lâche et perfide Henri II, le séditieux François, duc d’Anjou, et le sanguinaire Charles IX Ces viscères étaient contenus dans une urne en bronze doré, dont les pieds, formés par des dauphins, sont soutenus par trois figures féminines, œuvres de Germain Pilon, et que l’on a considérées comme les trois Vertus théologales ou comme les Trois Grâces (fig. 39). Sculptées dans le même bloc de marbre, elles tiennent

1. Dans les sépultures funéraires, on avait coutume de coucher un levrier, l’emblème de la h idelilé, aux pieds des dames, et un lion, le symbole de la Puissance, aux pieds de l’homme. Quelles ironies! Il est vrai que, pour la symbolique chrétienne, le chien est le symbole de VEnvie, comme le coq, qui domine le clocher du village, est celui de la Colère.

2. 1 ont d abord, le monument ne contenait ({ue le cœnr de Henri II, ainsi que indiquait ce distiijue, inscrit sur l’une des faces :

lin: COR URPOSUIT rrois catiiarina mariti II» ciiriRxs rnorRio condcrk rosse sixir.

i/art rRoi AM;. — I.

i/aUT l'HOFAAK A l/l'AiMSK

leurs mains enlacées et reposent toutes trois sur un socle orné «le petits Ciipidons nus et de chimères aux angles. Ces élégantes allégories sacro-païennes, où Ton a cru retrouver les traits de Catherine de Médicis, de la mar- (piise d’Etampes et de Mme de Villeroi, bien que (( légères et court vêtues », comme Pérette portant son pot au lait, ont une mine relativement décente, Gratiæ decentes. Une seule, la Charité^ laisse son torse à découvert, mais ses fonctions nourricières l’v autorisent: les nudités ne sont pas qu'agréables, il y en a d’utiles. Ce curieux reliquaire est actuellement au Louvre.

Le cœur de François II, digne fils de sa mère Catherine, avait une urne à part. Le même Campa santo possédait aussi une urne qui contenait le cœur de la brute connue sous le nom d’Anne de Montmorencv.

Renée d'Orléans, lîlle de François d’Orléans, duc de Longueville, petite-fille de Dunois, morte en 1515, à l’âge de huit ans, était étendue sur son tombeau, les pieds posés sur une levrette, l’emblème de la Fidélité ik huit ans î), selon la formule de la statuaire (funéraire fig. 40). La face principale est ornée des Vertus cardinales ;W\nQ d elles, la Force ^ usant de son privilège traditionnel, exhibe ' à nu non seulement les saillies de ses biceps, mais aussi celles d\m torse d’une robuste santé. Pour Lenoir, qui a reconstitué et truqué ce fragile monument en albâtre détruit à la Révolution, aujourd’hui à Saint-Denis, les figurines décoratives des niches seraient autant de sujets tirés du martyrologe, de sorte que la Force deviendrait une Sainte Afjathc^ cambrant sa poitrine juvénile devant les tenailles du bourreau.

La sépulture de Louis Potier, marquis de Gèvres, placée près de la grille du chœur, offrait à hi curiosité un bas-reliet en bronze

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