Quatrain cité par A. Le Double, dans la Chron. méd
I.e tonihier eut |)u ral)attre les pans (le la tunique pour niénaf^er la pudeur des visiteurs qui feig-nent d’en avoir en public ; mais ce détail de costume ne choquait nullement nos aïeux, dignes descendants des Gaulois et des Francs F
Hôtel des Glunisiens. — L’hôtel de Gluny, sans être un édifice religieux proprement dit, dépendait de l’abbaye de Gluny, en Saône-et-Loire, et servait de pied-à-terre aux abbés de cette puissante congrégation
Pour entrer dans leur a Palais des Thermes », les abbés de Gluny passaient sous des gargouilles en posture émi-
1. D’autre part, les armures de femmes, d'apres Dulaure, portaient au même endroit une cavité pour recevoir une éponge qui leur servait d’urinoir et de serviette périodique à l’occasion. Il paraît que la Pucelle était indemne de ces inconvénients. Elle ne fut pas rég-lée et possédait une vessie complaisante ; ce n’est pas à elle qu’on eût appliqué le terme de mépris qui accueille les nouveau-nées à leur naissance chez nos bons villageois : « Encore une pisseuse ! » (a) Ce qui ii’empéclia pas l’excellente « cavalére » de se blesser « in tnferioribiis de equilando », d’après le récit du chanoine Jean Monnet.
2. C’est là que se déroula un incident historique, d’ordre intime des moins édifiants. En 1515, François b* fait habiter l’IIôtcl par Marie, s(cur de Henri VIII, veuve de Louis XII, (jui, désirant jouir des ])rivilégcs et bénéfices royaux, simula une grossesse, à l’aide « de linges et de drapeaux », puis s'adressa au comte de Sulfolk, qui l’avait acconqiagnée depuis son départ d’Angleterre, ])our l'aider à réaliser au naturel son subterfuge. Mais Louise de Savoie, mère de François I'% « ({ui savait ce (^ue c'était ({uc de faire des enfants », déjoua cette intrigue et fit surprendre, flnqrnnle delicto, dans la chambre des Abbés, le couple anglais, par son fils, accompagné de l’évêque de Coutances. François les obligea à se marier, séance tenante, puis les renvoya en Angleterre. On lit, dans VEpistre de lu Roijne Marie, à son père, à la date de mars 1515, l’épisode résumé en ce distique aussi expressif que laconique ;
Fig.
•it.
Ung accident douloureux et divers Que ne pourrois raconter en dix vers.
Cette aventure scandaleuse se passait à la période de l'abbatiat de Ceolfroy d’Amboise (Cf. Ch. Normand, Vllôlel de Cliini/).
(.1) La Japonaise du grand inonde dit : « J’ai eu un fils et deux dècejitions (filles) ; pour les Célestes, le fils est un diamant et la fille une tuile.
neinmenl postérieure, 45-47), visibles encore, bien (jii un
Saint-Côme et Saint-Damien. — Cette ég-lise était placée sous le vocable de deux médecins martyrs, au coin de la rue de la Harpe et des Cordeliers, près de l’Ecole de Médecine, de la rue du Fouarre. Au cimetière de cette paroisse, on lisait l’épitaphe plaisante de François Trouillac, cpii avait une corne au milieu du front :
Dans ce petit endroit à part.
Gît un très-sing-ulier Cornard ;
Car il l’étoit sans avoir femme :
Passants, priez Dieu pour son âme b
. Les Cordeliers. — Pierre de l'Estoile rapporte, dans ses Méninires-Joiirniinx, nn fait cpii se serait })assé, en 1577, dans ce couvent. On retrouve des détails analogues dans plusieurs Minicles du moyen âge ; mais laissons la parole à noire vieux chroniqueur et rapportons-nous-en à sa véracité : « Une iille fort belle, déguisée en homme, et qui se faisoit appeler AiiLoine, fut découverte et prise dans le (àmvent des ('.fM'deliers. Elle servoit, entr’autres, Frere Jnc([uea Berfon, (ju’on appeloit l'enfant de Paris, et le Cordelier aux belles mains. Ces llévérentls Pèi’es disoient tous ([u’ils croyoient (jue c'étoit un vrai garçon : on s'en rapporta à leur conscience. Quant à cette lille-garçon, elle en fut quitte jxnir le fouet, cpii fut grand dommage à la chasteté de celte honnête personne, ({ui se disoit mariée, et qui, par dévotion, avoit servi dix ou douze ans ces bons Ueligieux, sans jamais avoir été intéressée en son honneur. »
hi\
Sainte-Elisabeth. — Abside. Côté droit. L'un des cent panneau:^ sculptés, provenant dCVrras, interprète la Descente de Jésus aux limbes. A Lentrée se pressent les âmes des justes, aux poitrines nues ; non loin se tiennent aux aguets des démons et des monstres ailés : Lune de ces horreurs a le buste d’une femme et la tète d’un singe, peut-être par allusion satirique à l’esprit d’imitation ou à la
malignité du sexe faible? Ce ouistiti ou plutôt cette guenon menace, du poing. Lame féminine que protège le Sauveur.
Le panneau où se déroule la scène du Serpent d’airain montre une femme dont un serpent dévore le sein (tig. 48) ; celui de la Naissance d’Isaac présente Sarali couchée, à demi vêtue, sous une riche tente.
Côté gauche. Autre petit bas-relief en bois : la Première institution du maidage, c’est-à-dire l’union, par le Créateur, d’une Eve rondelette et grassouillette, tournée de face, à un Adam vigoureux, du côté pile, alors que le fruit conjugal leur était interdit. Etrange contradiction !
Signalons encore le Jugement dernier, peinture murale de Roger Adolphe (1844), un flagorneur féministe qui ne place qu’une seule femme au nombre des damnés ! Cette réprouvée, quoique vêtue d’une robe bleue, laisse une partie de sa poitrine à découvert et, pour mieux l’étaler, elle s'agenouille de face, les traits contractés par la douleur, tandis (ju un serpent 1 enlace de ses anneaux.
Fij?. iS.
Saint-Etienne du Mont. — Troisième du nom : d’aboixL Saint- Pierre et Saint-Paul, puis Sainte-Geneviève. Ce fut Marguerite de Valois, la répudiée du Vert Galant (159!)), qui posa la première pierre du grand portail, en 1(110. Deux anges, déchus sans doute, soutiennent au-dessus de la grande rosace les armes de la iîlle de Catherine de MédicisL
Les originales tourelles ou tournées en culs-de-lampe du chœur
1. Le jour de la consécration de l'église, faite par Jean-François de (londy, archevêque de Paris, le février 16l>G, survint un accident étrange, dont le souvenir est
SEINE
sont réunies par le magnifique jubé de Biart père, œuvre unique en son g-enre. Sur les frontons des portes latérales sont assis deux (t jeunes hommes », à physionomie et formes féminines (fig’. 49), dont la partie inférieure du corps est seule drapée. « Ils écoutent rEvangile que l’on chante, écrit l’abhé J. Perdrau ; leur figure rayonne de joie et de bonheur. » Mais ils nous paraissent plutôt
L'admirable chaire sculptée par Claude
gravé en lettres d'or sur une plaque de marbre noir placée sous la grosse tour, au collatéral nord de l’église. Fig. 40.
PE.NUANT LES OÉlUMOMES DE LA ItÉDICACE, DEl'X FILLES DE LA PAHOISSE TOMUÈUENT DV HAUVLT DES GALLEUIES DF C(H<:VR, AVEC l’aPPVY ET DEVA DES UALLVSTUES, OUI FVREAT MIRACVLEVSEMEAT PRÉSERVÉES, COMME LES ASSISTANTS ; AE s’ÉTAAT REACOATRÉ) PERSONNE SOVRS LES RVIAES, VEV l’aFFLT EACE DV PEVPLE QVI ASSISTOIEAT AVS DITES CÉlUMOAIES.
('e jour-là, ou put voir, par suite de cette ciilhiile providentielle, le mot l'indique du moins, deux « lunes » en plein midi. Ce prétendu miracle est consigné sur la plaque commémorative dont nous venons de parler, mais on s'est bien gardé de mentionner, et pour cause, les écroulements de clochers sur les fidèles et surtout l’assassinat de Mgr Sibour par le prêtre Verger, durant la neuvaine de Sainte- Geneviève, le 3 janvier 1857. A quoi pensait donc la Vierge de Nanterre? Il est vrai que le corps de la protectrice de Paris, à qui Trochu avait eu la malencontreuse inspiration de recommander la ville assiégée par les Allemands, a été brûlé en place de Grève, l’an 1793, et ses cendres jetées au vent. Sa châsse n’en continue pas moins à chasser maladies et mauvais destin.
De même à Rome, en 1854, Pie IX se rendit à Sainte-Agnès-hors-des-murs ; le plancher s'écroula et il n’y eut aucune victime. Ce « prodige » est, paraît-il, l’occasion d’une fête anniversaire, célébrée « par toute la catholicité ». Mais on oublie que Paul V, en présidant à la translation des reliques de la vierge martyre, dans la même église, y contracta la maladie dont il mourut. N’est-ce pas Pic de laMirandole qui avance : PhUosophia verilatem quæril, Tlieolocfia. invenit, Religio possidet ? (Lti Philosophie cherche la vérité, la Théologie l’a trouvée, la Religion en fait son domaine ?) Amen.
On vit plus fort à Rouen, pendant l’une des prédications de saint Mellon. Un jeune homme nommé Præcordius, monté sur un toit pour écouter l’orateur sacré, fit une chute et se tua, dit la légende. Le saint le ressuscita illico, suhilo, presto et, par reconnaissance, la famille de Priecordius lui fit don d’un terrain sur lequel est actuellemen t construite la cathédrale de Rouen. Mais nous ne sommes malheureusement plus au temps où l’on gagnait de si belles récompenses à rappeler à la vie un blessé tombé en syncope.
D’ailleurs, de nos jours, de semblables miracles s'observent communément. On lit dans un journal du ^1 octobre 1907 cette Nouvelle en trois lignes : « Léger sans doute, chançard à coup sûr, le couvreur Dufour, de Saint-Germain, tombe d’un toit (16 mètres) et, gaillard, se relève indemne. »
1. A l’entrée de la chnpelle Sainle-Anne, 26, rue de Lille, fondée pour les Théatins. par Anne d’Aulriche, on voit, assis sur une nuée, un personnage du même genre, le
adorer le crucifix placé au centre du jubé ^
I / A irr l' lu » I*’ A NI-: a i > ’ k ( ; u s k
Lestocart est soiileime parmi Samsoii nu, assis sur un lion, double emblème de la Force ; selon Sauvai, (c il la porte bien ». De jilus,
elle est ornée des Vcr/us en statuettes : la Charité^
comme toujours, tient un petit abandonné au sein.
Les corps latéraux des orgues (lig. 50) sont supportés par des cariatides féminines absolument nues et qui se terminent en ornements agrémentés de feuilles
d’acanthe et de fruits.
Chapelle des Fonts baptismaux. Médaillon de marbre, avec le sujet, ressassé depuis des siècles, de Jésus allaité par sa mère. Mais ce poncif se recommande à Fattention par un sein virginal fort saillant. « Il est étonnant ! » dirait Galipaux. Un peu plus loin, l’Anne d’une Naissance de la Vierge est couchée au fond du tableau, le torse nu ; au premier plan, une forte nourrice tire l’un de ses ballons mammaires pour en gaver la petite Marie.
Chapelle de Saint-Bernard. Par galanterie, le pinceau flatteur de l’auteur d’un Jugement dernier, école de Jean Cousin, s est refusé à placer des femmes en enfer. On en voit seulement quelques-unes, à la poitrine nue et mamelonnée, dans le Purgatoire, comme si le beau sexe ne commettait que des péchés véniels, alors qu il est responsable de tous les péchés capitaux, y compris les crimes et délits commis par les trop faibles hommes h Cette toile est en
buste nu et le visage efleminé, encadré d'une longue chevelure à la raie médiane, ui homme ni femme, une tante d'Auvergne.
1. h’Ecclésinslique (v. moins galant, dit : « La femme a été le principe du péché, et c’est par elle que nous mourons tous (v. li et 13). Ne demeure/ poiul au milieu des femmes ; car, comme le ver s'engendre dans les vétemenls, ainsi 1 iniquité de riiomme vient de la femme ».
contradiction avec le principe du « Cdierchez la Femme » qui, selon un policier renommé, devait dirig-er les recherches dans toute
alVaire criminelle.
(duipelle des Alartyrs du mont iVrarat. Une fresque cuiieuse. les Dix mille chevaliers du Christ, « (|ui eurent tous les costes de lances percés ». Ces chevaliers ne portent (|u une lég'èie diapeiic autour des reins ; celui qui marche en tête a la figure et les seins
d’une femme.
Chapelle du sépulcre. La Peste, signée Jouvenet, avec le groupe classique de la mère, victime du fléau, son enfant suspendu au sein.
Bas côté droit. Chapelle sans vocable. Groupe, en plâtre, de la Charité, par C. IL Laitié (Salon de 1824). Nous retrouverons cette allégorie, due au même ciseau, au fronton de Notre-Dame de Lorette. C’est, disait-on dans les ateliers, le (( laitier » des sacristies.
N’oublions pas le vitrail du Christ au pressoir, où le Seigneur est dépourvu de tout lange. Cet cx-dono, symbolique du fruit de la vigne, a été offert par Jean le Juge, qui cumulait LolFice de marguillier et de marchand de vinsL
1. Ce don de reconnaissance professionnelle peut être rapproché de l’inscription équivoque d’un ancien rôtisseur — qui avait surtout rôti le balai — sur l’un des vitraux d’une abbaye :
Accordcz-lui, Seig-neur, tout autant de pardons Qu’il a fiché de lardons.
Relevons, à titre de curiosité, l’inscription emphatique qui avait été gravée sur le tombeau du chirurgien Nicolas Thognet, mort en 1(14:2 et enterré derrière la chaire de cette église :
Passant, qui (lue tu sois, arrête et considère.
Qui gist sous ce tombeau ;
Tu sauras que thognet, par un secret mystère,
Ce monde abandonna pour en prendre un plus beau.
Son art et son savoir garantissaient les hommes,
Bien souvent, de mourir.
Mortels, pensez à vous, dans le siècle où nous sommes ;
Puisque thognet n’est plus, (jui pourra vous guérir?
Si l’Ours de la Fable eût été chargé de rédiger une épitaphe, il n’eût pas dit autre chose.
Rappelons enfin, avec de Saint-Foix, une ancienne coutume matrimoniale où le clergé tenait... un beau rôle. Les nouveaux mariés ne pouvaient se mettre au lit avant ((u'il n'eût été béni par le curé de la paroisse. Se chargeait-il aussi des dernières recommandations à la mariée sur la perte de... ses illusions? C’était le « droit divin du Seigneur » réservé aux ecclésiastiques, appelé « les plats de noces », c'està-dire assurer le dîner des curés, pour ce jour, en argent ou en espèces. Or, le curé
GO
i/aut piu)KANK a i/k(i i.isk
Saint-Eustache. — 'roule une demi-ceinture de gargouilles simulant de gracieux et profanes torses féminins, entoure l’extérieur de l’abside (fig. ni).
Au portail Nord, on est accueilli par une avenante figurine (tig. 52), qui porte allègrement un tronçon de colonne, à la façon d’une guitare, la Force sans doute, une des Vertus cardinales, en costume de lutteuse antique.
A peine a-t-on franchi cette porte, l’œil est attiré du côté d’un superbe bénitier en marbre, sculpté par E. Bion (1834), orné de sujets nus, des deux sexes, blottis au-dessous de la coquille. Le groupe principal heure Alexandre VI distribuant l’eau bénite ; deux anges drapés jusqu'au col soutiennent le pape qui, du pied, écrase P « Infâme », le Démon et non pas l’Eglise ; un lecteur de Voltaire pourrait s’y tromper (fig. 53).
Chapelle de Sainte-Madeleine. Une chatoyante peinture, naguère recouverte d’un badigeon, montre à nu le buste de la pénitente à la chevelure ondée et aux yeux sujets aux ondées.
Chapelle du Sacré-Cœur (6'' travée). Au bas d'un tableau en l’honneur de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, on voit aux côtés de Clément XllI et de Marguerite Alacoqiie Mgr de Belzunce, évêque de Marseille, consacrant sa ville épiscopale à cette pratique religieuse, pour obtenir la cessation de la peste. Comme dans toutes
de Saint-Eticnne-dii-Müiit s'élant plaint que le nomme Michau, un de ses paroissiens, l’avait l'ait attendre juscpi’à minuit pour « la bénédiction du lit nuptial », 1 évêque de Paris, Pierre do Gondi, ordonna qu’à l’avenir cette cérémonie aurait lieu dans la journée, avant le souper de noces.
Les curés de Picardie élaient plus exigeanls ; ils prétendaient (pie les nouveaux mariés ne pouvaient, sans leur permission, passer ensemble les trois premières nuits de leurs noces. Cet abus fut réprimé par arrêt du Parlement, en date du 11) mars 1409, portant : Défenses à V Evêque d’Amiens et luix Curés de lu dite ville, de prendre ni exiqer urqent des nouveaux mariés, pour leur permettre de coucher avec leurs femmes la première, la seconde et la troisième nuit de leurs noces, et lut dit (jue chacun desdits habitans jiourroit coucher avec son épousée sans la permission de l’Evêque et de ses Officiers.
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Ornilicr do Sainl-Kuslaohc
1* KOI' A NE A LKdl.lSK
les représentations de ce lléau^ une jeune mère, les seins complètement découverts, meurt de désespoir près du cadavre de son enfant. Les deux ang:les extrêmes de la montre des ^^-randes orirues sont
deux torses humains terminés en produire en public les attributs de
flanqués de pilastres, couronnés par des néréides qui forment cariatides ; de nombreux dauphins surmontent Tentablement ; seule, Aphrodite manque à ce milieu sous-marin et quasi païen.
Un détail décoratif, perché au sommet d\m pilastre extérieur des Chapelles du Nord, offusque la pudeur des pratiquants doués d\me bonne vue, ce qui est rare d’ailleurs L Aux cotés d’un génie, absolument nu, qui croise les cuisses pour cacher ce que ses voisins montrent sans façon, se prélassent gracieuses arabesques et fiers de leur virilité (fîg. 54 )“^.
1. La gravure donnée par Lenoir, dans la SlaUsti([ue Monumentale de Paris, t. II, pl. XIII, est quelque peu fantaisiste.
2. A cette église, se rattache le souvenir d'un épisode plaisant, que nous rapporterons plus en détail dans notre étude sur rEçflise et le Théâtre; il est relatif à Jean de l’Espine, dit Pont-Allais, l’un des baladins ou « gargouilles vivantes » en renom sous François I®*'. Un jour, il battait le tambour près de l’église, pour annoncer un nouveau spectacle. Le curé Lccoq était en chaire ; impatienté par le bruit de la peau d’âne qui couvrait sa voix, Lecoq hérisse sa crête et court interpeller le comédien : k Qui vous fait si hardi de jouer pendant ([ue je prêche, clame le calotin hors de lui ? — (,)ui vous a fait si hardi de prêcher tandis que je tambourine, rij)Oste le cabotin, sur un ton gouailleur ? » Le curé, furieux de se voir le jouet d'un bateleur, crève sa caisse. Pont-Allais coilTe aussitôt le j)rêtrc de l’instrument éventré et le pousse dans l’église, au milieu des éclats de rire de la foule et des paroissiens (lîg. â'â).
Plus tard, un autre clérical mélophobe, âlgr du Belloy, proscrira la musique des églises de son diocèse « comme étant un usage trop profane et inconvenant au culte divin » ! f't cependant le musicien Ilameau était inhumé dans la chapelle de Sainte- Cécile et, depuis, des messes en musique fameuses sont célébrées, plusieurs fois l'an, avec l’aide d'artistes lyriques des deux sexes.
Avant le point final de ce hors-d’œuvre, livrons aux méditations des chercheurs de midi à quatorze heures, un nouvel exemple de choc en retour du « Doigt de Dieu » : Hadigon, l'architecte des Halles centrales, fut frappé d'insolation mortelle devant le portail du Midi, dont il dirigeait les travaux de restauration.
Fig'. 5o. — Tirée des lluea de Paris, par I.oiiis Luriiie.
Les Filles du Saint-Sacrement. — Les Filles-Dieu. Filles Pénitentes L
Les
1. Les Filles du Saint-Sacrement. — (]c couvent était voisin de Saint-Snlpice. Aime d’Autriche, un cierge à la main, y vint pour expier, olliciellcnient, les outrages laits au Saint-Sacrement pendant la guerre civile, qu’elle avait contribué à soulever, et, ollicieusement, pour s’y faire pardonner son llirt avec le séduisant lluckingham. « Il était d'usage dans ce cornent, dit Franz de Lienhart, ({u’une religieuse réqiétât, chaque jour, cette cérémonie et fit amende honorable au milieu du clunur, moitié nue, la corde au cou et une toi’che à la main ». La croix et ce la bannière », rien ne manquait à ce pi({uant spectacle.
Les Filles-Dieu. — Fondées en li22G comme Les Filles du Sauveur, « pour retirer des pécheresses ([ui, toute leur vie, a voient abusé de leur corps ». Ne jias confondre ces chairs à plaisir avec :
Les Filles Pénitentes. — Instituées par un cordelier, elles ne furent établies cju’en 140/. On ne pouvait faire partie de cette congrégation qu’avec un certificat de mauvaise vie et moeurs et de défloration, condition sine f[iia non exigée par les statuts (jue dressa .Tean-Simon de (diampigny, évêque de Paris : « On ne recevra aucune Heligieuse malgré elle. Aucune qui n'ait mené, au moins pendant quehjue temps, une vie dissolue; et pour (jue celles cpii se préseiitei'ont ne puissent pas tromjier à cet egard, elles seront visitées en présence des Meres, sous-Meres cl discret tes, par des
i/ A I I* IM ) l’ A N r: A 1/ K (; l i s i:
Abbaye de Sainte-Geneviève ^ — Los chapiteaux de la nef
Matrones nommées exprès, et qui feront serment sur les saints Evanj^iles de faire bon et loyal rapport.
« Alin d’empêcher les lillcs d'aller se prostituer pour être reçues, celles qu'on aura une fois visitées et refusées seront exclues pour toujours.
« En outre, les postulantes seront oblig-ées de jurer, sous peine de leur damnation éternelle, entre les mains de leur Confesseur et de six Relig-ieuses, qu'elles ne s’étoient pas prostituées à dessein d'entrer un jour dans cette Congrégration : et on les avertira ([uc si l’on vient à découvrir qu'elles s’étoient laissées corrompre à cette intention, elles ne seront plus réputées Ilclig'icuses de ce Monastère, fussent-elles Professes, et ([uelqucs vœux qu’elles aient faits.
« Pour (juc les femmes de mauvaise vie n’attendent ]>as trop longtemps à se convertir, dans l’espérance ({ne la porte leur sera toujours ouverte, on n’en recevra aucune au-dessus de l'âge de trente ans ».
1. C’est dans cette abbaye que se retira le tils du Kégcnt, en expiation des péchés de son père et de sa sœur, après avoir mutilé la I.êdn du (]orrègœ tableau actpiis par le grand Frédéric et restauré j>ar Sclicssinger.
Fig-. 58
sciil[>tiires, aussi ij;Tüssièi‘es de composition que d exécution. Ainsi, })arini les sii»'iies du zodia([ue, on reinarcjuait le nu <d)Solu du Verseau (verse eau) (dg*. i celui des Geineaiix qui, [)oui cacliei leur devant, accentuent le coté opposé (tig. o7), et la ^ ienje qui, dans la même intention.
met en évidence ses rotondités antérieures et postérieures (lig. 58).
L'attitude de nos premiers parents n'était pas moins sinii-ulière. A la Xaissance d'Eve (fig. 5Î1), on se demande ce que fait la main droite de la nouveau-née, au moment où l'Eternel s'apprête à la présenter à Adam, en prononçant ces mots, écrits au fond : ecce viR, par analogie à Lecce iiomo, appliqué plus tard au « double » d'Adam.
Sur le tableau du Péché originely les mamelles d’Eve ont une exubérance extraordinaire, et le plus surprenant est l’ustensile,
galette, assiette ou disque, employé par les coupables pour cacher leur nudité (fig. 60).
Dans une chapelle située à droite de l’autel s’élevait le tond^eau du cardinal François de La Rochefoucauld ; la queue de son manteau était portée par un jouvenceau caudataire, sans costume.
((Je suis étonné, dit de Saint-Foix au sujet du marbre de Philippe Buyster, que l'extravagante imagination qui a créé ce page, au lieu de le laisser à moitié nud, ne lui ait pas donné a livrée ».
Fig. 59
- AUT IMU)1'ANF,.
i/aK 'I' l* ko I' a N !■: A i/kt. MSi:
Notons encore un groupe l)i/aiTe, pres- (|ue funanil)ulesque, qui ég-ayait une fresque, le l^ortcment (le croix (lig. (H), et ornait la chapelle de cette xVbbaye royale : le Rédempteur semblait s'appliquer à donner une claque sur le Fio-, GO. fessier nu d’un de
ses bourreaux à moins qu il ne cbercbat a y attraper une mouche.
Saint
-Germain l’Auxerrois. — Bien des nudités réelles ont défilé
dans cette église, qui fut longtemps le baptistère des campagnes avoisinantes !
Alors qu’elle était dans la campagne, dit 1 abbé Lebœul, et qu’elle n’était pas resserrée dans une cité dont les murs impénétrables étaient solidement entretenus, la Seine y avait été conduite facilement, et elle y formait un l)assin pour y donner le baptême par triple immersion.
Extérieur. — Sous le porche, adossée à un pilier, se dissimule Marie V Egyptienne
(fig. ()2), la pénitente des dé- , i i
serts de la Palestine, vêtue seulement de sa chevelure doree et
portant trois pains pour sa nourriture. Certes, pendant les dix-sep années (lu’elle lit « folie de son corps », elle coûtait plus cher a entretenir. On voyait encore au xviiP siècle, dans la chapelle consacrée à la sainte, une moitié de vitra-e, où elle était représentée sur le pont d’un bateau, troussée jusqu'aux genoux, devant le ha-
tolior, iivcc cctlo légende explicative I la sainte offrit son
coRi‘s AF l’.ATELiFR POER SON PASSAOE. Jus({u alops, le clcrg’é (lu lieu n'avait pas été cho(|iié de cette iina^'e ; mais, en 17()0, le curé fit enlever ces « vitres ridicules », suivant l’expression du pudiijue Sauvai. Nul ndi^nore que ri^ij;-yptienne se donna à tout Téquipag-e pour payer son parcours jusqu'à Jérusalem : la plus Icelle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a *.
Le portail central est ég-ayé d'une diablerie ( lig*. 63)
([ui n'était pas déplacée à la porte d'une collég-iale où Charles le Sage avait fait inhumer son fou, Grand Johan : un démon piétine et tourmente de sa fourche, dans la chaudière à bouillie humaine, trois personnages dont l'im est mitré, fréquente et sanglante allusion aux mœurs des prélats ou tout au moins des abbés. Ses compagnons semlùent être un prince et un riche bourgeois, le gratin de la société civile. Cependant, un bon diable leur apporte une Gigolette, pour leur tenir compagnie, et met la « poupoule » au pot. Ce groupe de damnés faisait partie du Jugement enlevé en 1745.
L'extérieur de l’église est peuplé de tout un monde d’êtres chimériques et drolatiques : un sauvage, en sauvage, sort de la gueule d’un hippoj^otame ; une truie allaite sa nombreuse progéniture ; une femme nue, aux mamelles opulentes, enfourche et dompte un fauve récalcitrant ; un bélier saillit une brebis ; etc.
Intérieur. — Transept. Aire du bras droit. Un l)énitier sculpté en 1844 par François Gouffroy, d'après la libre composition de la prude anglo-saxonne, Mme de Lamartine, est surmonté d'un groupe de trois garçonnets nus, au pied de la croix Mig. 64). Une réplique de ce curieux monument se trouve au Musée de Dÿ on (N" 1034), pays natal du sculpteur.
i. Saint François de Panlc, pour Iraversor le détroit de Messine, enl recours à nn expédient pins honnête. Ne pouvant payer sa place dans le bateau de jiassage, il clendil son manteau sur la mer, en saisit nn coin pour scr\ ir de voile et se confia à Zéphyr ({ni lui fut ravoral)le. Fait atirihué aussi à Sain! Itavmond de PennarorI,
Fig. r»:L
Chapelle (le la Viei'i’e. Sous un ép^‘‘« hadigeoii, (•leiidu vraisem-
hlal.lemeiitsurlesordVesdu nuuue ahhé <c e.memi des .éaül.-s -,
OU U découveii une fresque du
XVI" siècle, la liésurrcclion au jour
du Jug-ement universel. Dans leui émoi, réveillés en sursaut par les sept trompettes angéliques, les morts de Fun et Fautre sexe ont oublié leurs linceuls au fond des sépulcres. De là le coup de ripolin.
Chapelle Saint-Landry. Une peinture historique de grandes dimensions, raconte la lamine qui allligea Paris, sous le règne de Clovis II. Saint Landry, après avoir donné tous ses biens, livra même les vases sacrés, pour nourrir le peuple^ la pestiféiée de rigueur (fig. 65), tenant son enfant mourant, est placée sous la protection du saint.
Au-dessous se déroule la frise peinte par Guichard (1848), la Translation des j'cstcs de saint Landrif. Dans le cortège, on reconnaît Fauteur de la décoration, Ingres, le chanteur Nourrit qui se tua dans un accès de délire, a Naples, et d’autres contemporains du peintre L
Fn liiOi), le cm'c de Sainl-Gcrmaiu uxcri'oii' sf)uleva uiic ^'e^ilal)lc enicu- l‘i^. Ck).
en rcrusanl d'enterrer une marchande
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Saint-Germain des Prés. — Transept. Avant la Révolution, s e evait clans la partie ^^auclie le tombeau de Casimir, roi de 1 ologne, sculpté par les frères île Marsy. Les angles étaient occupés par des captifs enchaînés à des trophées d’armes (lig. 611, (i7). Pmani ces captifs figurait une femme montrant ses seins. Au dire deCourajod,
la provenance des 196 et 197 de la Sculpture moderne, du Louvre, est attribuée inexactement à ce mausolée, reproduit dans Vllistoire de Saint-Germain des Prés, de dom Bouillard.
(Jn y voyait aussi le tombeau de Guillaume Douglas, gravé dans la Statistique Monumentale de Paris, par Lenoir. Ce monument oltrait dans son ornementation une particularité prêtant à l’équivoque : V Hercule de ses armoiries (fîg. 68), quoique muni d'un brayer de feuillage, tenait sa massue verticalement, au devant
Le droit de n lîéiiédiclion du lit nuptial », dont nous a\ ons parlé, et bien d'autres abus lucratifs prom eut que le « spirituel » n’a jamais dédaij;né le « temporel », et <{ue Viiuri sacvn fumes, de ^drg•ile, s’applique avant tout aux choses sacrées.
Le clerg-é de la même paroisse ne lit })as tant de dillicultés pour recevoir les corps de Gabrielle d'Estrées, marquise de Monceau, et du ([uatrièmc enfant royal, dont elle était jiTosse. Elle mourut au moment où Brûlant de Sillerv s’occupait, à Home, de la dissolution du mariage d’Henri IV avec Marguerite, dont elle devait prendre la j)lace. Co'incidence fâcheuse ({ui lit prendre un accident tocologique })üur un empoisonnement ; de là cette mordante épitajîhe :
Cy-gît Madame la Marquise,
D'un esprit plus grossier (|ue fin.
Qui mourut pour trop s’être enquise Qui seroit Monsieur le Dauphin.
i/aHT l>ROrANK A l/K(iMSK
(le sou pubis ; de sorte ([ue cet attribut simule un (*norrne pliallus et accentue ce (pi’il doit cacher.
Gilles Gorrozet d(3crit, dans ses AnlUiuitez de Paris (1580), le tombeau de Cliilperic, fils de Clotaire. Le quatrième roi de France tenait le sceptre royal d'une main, et, de l'autre, <( sagor^e, comme
tesmoignant la trahison de la paillarde de Frédégonde, sa femme qui le fît occire par son adultère ». La (( paillarde » était « ensépulturée » vers le maître-autel et sa victime gisait dans le premier chœur, côté septentrionnal L
Le même auteur a vu dans cet édifice abbatial, jadis un temple dédié à Isis^ la statue de cette déesse, u Elle estoit maigre, haute droite, nuë, sinon avec quelque figure de linge enlassé autour ses membres ; elle estoit située contre la muraille du costé septentrional, au droit où est le crucifix de l’Eglise ».
Saints-Gervais et Protais. — Chœur. La seule église de Paris dont les stalles sont ornées de sujets profanes, reproduisant des scènes de la vie journalière : scènes professionnelles ou familières, parfois comiques ou libertines. Troche pense que ces motifs variés permettaient aux ecclésiastiques de reconnaître la sellette qui leur était assignée. Ils servaient plutôt à les distraire et offrent surtout un témoignage durable de riiumeur joviale des maîtres huchiers.
1. Sa pierre tombale, en mosaïque de marlire sertie de tilets de cuivre, est à Saint-Denis ; les extrémités, ^'isag•e, mains, pieds, maiKpient ; elles étaient sans doute
lamées de enivre ou d’argent ?
Ilautes-romics. Côté de l’Epître. 8-' slnllc. Uae néréide i)eigne ses lonüTs clieveiix et se mire tlaas un miroir . cmblt me de la 1 o
lu])/c {)!!).
10" stalle. Un chien couché lève la cuisse et se pourléche : cynisme de la Luxure. Mutilé, en 1703, par des sans-culottes tiop
scrupuleux ((iy\ 70).
12^ stalle. Iloiniiie nu eiifourcliaiit un lonncau, a la Bacclms : V Intempérance . C’est sans doute la lig’ure 71 abominablement endommag'ée.
liasses-formes du meme coté. 3*' stalle. Un galant, la
façon de qui a été
tête cou-
Fi
verte d’un capuce (lig\ 72 ) — et non un fou — folâtre avec une ril)aude ou une rebelle. Ce crrou]:;e svmbolise-t-il la Luxure ou est-
il consacré à la corpondion des Madelonettes non repenties? (( d'riste allégorie, soupire l'archéologue morose susnommé, montrant le dénûment des vertus et la bassesse des habitudes. » lié-
l/Airi’ I'HOFANH a 1. KdMSF
Ilexion il laquelle Cluimpneury répond : « Je crains bien (jue l’aulcur de cette interprétation ne soit souvent irrité par la vue de sein-
lilahles sujets dans les cathédrales. »
Sous une miséricorde voisine, un j^racieux et potelé Cupiclon
sommeille, accoudé sur une tête de mort : symbole de Vlllusion et de la lUaütc (fig“. 73).
Côté de rEvano-ile. 6*' stalle. Une
femme est représentée nue dans un bain ; le mari ou Tamant s’apprête à entrer dans la même baignoire, mais ne lui caresse pas encore le menton,
comme le veut Troebe. Pour la morale du saint lieu où ce tableau de mœurs est exposé, nous admettrons qu’il s agit simplement d une scène d'intérieur bourgeois b Un rabot imbécile a déchiqueté les chairs féminines ; nous les reconstituons tant bien que mal (Hg. 74), en suivant leur silhouette imprécise.
Selon Champlleury, nous aurions là une de ces scènes ([u'olfraient journellement quelques éluvès mal famées, à la fin du xV siècle : « Ges maisons de bai^meurs, dit-il, sont signalées parles anciens chroniqueurs comme des'’ lieux de rende/,-vous, de tout point semblables à ceux qui
1 M. Cx. Durand, dans son admirable monographie de la Ciühèdriile d'Amiens, décrit ce cnlot de sellette et dit, à tort, (piclle représente « tonte une tanulle, pere. mère, enfants entièrement uns, dans une baignoire de bois ».
Fig.
existent encore actuellement à l^erne ». Longtemps, en elîet, clans les bains publics, à Bade, par exemple^ les deux sexes étaient contoiidus. (( Les baing's (de Bade], écrit Sébastian Munster, en looü, cjui sont es maisons privées, sont bien ag*encez et poliz et sont communs tant aux femmes qu aux hommes... En tout le monde, il n y a baing*s si propres pour rendre les femmes fertiles c[ue ceulz cy ».
Les sellettes ou miséricordes, k charnières, des stalles du chœur servaient de sièges; leur face inférieure, taillée en culs-de-lampe, était souvent ornemen tée, et les artistes réservaient à cette partie, peu exposée aux regards, les scènes les plus libres, voire scatologiques.
C'est ainsi qu'à la septième stalle, un individu sans gêne pousse Loubli des convenances jusqu’à s’arrêter devant la porte
d'une maison habitée pour satisfaire dame nature : « Nécessité fait gens mesprendre », a dit Villon. A la fenêtre du rez-de-chaussée surgit un voisin mécontent, qui tenait peut-être un bâton ou un balai menaçant, mais « un pudique ciseau a profondément labouré cette naïve et grossière composition », que nous avons quelque peu restaurée. 11 nous semble que les partisans les plus convaincus de la symbolicjue auraient peine à en tirer une signification acceptable. Quant à nous, privé du sens dédoublé vue, notre faible perspicacité ne voit là qu’une plaisanterie dans le mauvais goût de l’époque une pure ou plutôt une impure fantaisie d’ornementation (fig. 77).
Clôturons ce copieux inventaire par l’examen de la huitième stalle, le clou de la série. Le long dhin lit est étendue une femme
1. Comme les corps de métiers figuraient souvent sur ces stalles, on a cru reconnaître dans ce motif une baraque d’écrivain public. Mais il s’agit vraisemblablement d’un portier (jui proteste contre l'inconj>ruité d’un passant, ou la vengeance d’un locataire auquel on a donné congé. Tel ce voyageur facétieux qui, renvoyé d'une hôtellerie « parce qu’il fumait et crachait trop», déposa, avant de partir, un copieux souvenir au beau milieu de la chambre et dit au maître d’hôtel, en sortant : « Soyez satisfait, je vous ai laissé un locataire qui fume et ne crache pas ! »
LA U T l'ROFANI*^ A |/k(1LISL
Fia-. 78.
une, la cuisse droite ilécliie sur la gauche, dans 1 attitude de la clvstérisation 5 devant elle, un personnag’e coillé d un l)éret, un apothicaire appareniinent inet un "enou en terre pour remplir... son ministère.
Cette scène réaliste, surtout en ce qui concerne le torse de la femme, a été détériorée par un protestataire convaincu, mais non de son imbécillité (lig. 78).
Les A itraux de la chapelle du chevet, attribués à Robert Pinaig’rier relataient
les scènes de la vie de la Vierge. Chacune d’elles était accompagnée d’un quatrain en langage naïf ; voici celui de 1 Annonciation .
Un angel de Dieu lui nonça
h^t pour vérité prononça
Que de l’Esprit elle estoit pleine,
Par quoy fut son an hors de peine.
(( Hors de peine » signifie sans doute débarrassée des incommodités mensuelles du sexe, pendant une année, ou de son faix, au bout de cette époque ?
Le délicat Sauvai trouve encore ici l’occasion de protester contre « le ridicule » de ces inscriptions :
Pour voir merveille singulière, il faut aller <à Saint-Gervais, et là, contempler attentivement la vie de la Vierge, peinte sur les vitres de sa chapelle, avec celle de sainte Elisabeth, par un vitrier et un peintre du siècle passé, car on peut dire, avec grande raison, que cela passe le
ridicule.
Rappelons, enfin, un exemple typique d’incohérence et d'intolérance religieuses. Prosper Joliot de Crébillon, auteur dramatique mort en 1762, fut inhumé dans cette église, et Louis X^ chargea
I. Le ciccrone de fcndroit a décidé quil s'nKissail d\m sculptoin-, mais le Ut Ineii indiqué au chc\ et, muni de son traversin, et la position c assique es mein >i c. rieurs nous l'ont persister dans notre hypothèse.
;i. Cf. Ottin, le Vitrnil.
,loaii Lonioiiie île lui élever un mausolée à ses frais. Le sculpteur représenta Mclj)onicnc en pleurs, appuyée sur le buste de ce poète tra^'ique ; mais le curé de la paroisse s'opposa à l’érection de ce groupe funéraire, « disant qu'un monument profane ne devoit point entrer dans son église, et qu'il l’admettroit volontiers dans le temple du Seigneur, si l’artiste vouloit supprimer la ligure de Melpomcne ! » Or, une statue antique de cette muse de la tragédie orne les galeries du Vatican ! Ce que l’Eglise permet au delà des Alpes^ elle le défend en deçà ! Ainsi ce pieux irréductible, plus papiste que le pape, admet le corps de l’auteur dramatique, et lance l’anathème sur la Muse qui Finspirait !
Grands-Augustins. — Le
tombeau de Le Clerc de Lesseville était dominé par une allégorie, la Religion qu’aucun attribut ne caractérisait. Cette ligure avait le sein nu et désignait, de la main, le ciel, séjour des bienheureux et des pauvres d’esprit.
Une stalle du chœur était réservée au Dauphin et se distinguait des autres par un dais terminé en couronne ; deux cariatides féminines, au buste nu, ornaient ses accotoirs.
Sur la chaire, sculptée par Germain Pilon en 1588, d’autres
Fi^. 7'J.