LXXIII. — VIENNE
Poitiers. Cathédrale Saint-Pierre E — Une des niches des voussures abrite un singulier bas-relief : le Père Joseph, PEminence grise, tient une branche de lis, d’où s’échappe un petit Jésus. Le symbole ne manque pas de grâce, mais cette gestation hétéroclite éveille Pidée du vilain nom donné par les anciens au pistil de cette fleur. En sus, on se demande pourquoi les symbolistes ont choisi pour emblème de la pureté, et non de la fécondité, une fleur — présentée par l’archange Gabriel à Marie — qui porte six étamines ou organes mâles ?
M. Ch. de Ghergé insiste sur le bon goût des sculptures variées qui décorent la corbeille des chapiteaux, dans les bas-côtés, et sur les mille formes singulières imposées aux modillons par le symbolisme religieux ou, souvent aussi, par le caprice de l’imagier. « Il faut bien se garder, ajoute-t-il, de voir avec les yeux de ces ultras qui se chargeraient de trouver des intentions symboliques jusque dans une toile d’araignée et qui seraient de force à écrire des volumes pour le prouver. »
Sous le tailloir de Pun de ces chapiteaux, deux serpents déchirent la gorge d une chimère à tête humaine, et, au pendentif de Pune des miséricordes du chœur, la Séduction, sous forme d’une néréide, se mire et s’admire dans un miroir, qu’elle tient d’une main, tandis que, de l’autre, elle relève élégamment l’extrémité de sa queue, comme une jupe. Ces « sirènes », vous le savez, abondent dans le Poitou et sont considérées comme autant de représentations de la fée Mélusine, Païeule légendaire et la protectrice de la maison de Lusignan. Le grave lexicographe Marie-Nicolas Bouillet trace ainsi le portrait de cet être fantastique : « Magicienne célèbre qui était dit-on, changée tous les samedis en serpent. Son mari Payant aperçue dans sa métamorphose, Penferma dans un souterrain de son château de Lusignan, elle y doit vivre encore! [sic). »
1. Une fléché s’élevait majestueusement au-dessus de la nef et contenait de petites c oches qui etaiem mises en branle, seulement quand il advenoit tems de tonnerre , )r, cette flèche fut précisément atteinte et endommagée par la foudre, en 1713 pui demohe quelques années après. Un paratonnerre, en dépit ....
science», eût été plus cflicace que l’airain sacré.
de (( la faillite de
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la
l'art profane. — I.
l’art profane a l’éolise
L’abbé Auber, dans sa monographie de cet ques obscena dont il ne donne pas les détails.
édifice, signale quel-
2^^ Notre-Dame-la-Grande. — Un des bas-reliefs de la façade a trait à un miracle attribué à saint Nicolas, évêque de Myre, le premier patron de l’église. Trois jeunes clercs^ se rendant à Athènes, g’j^PP0^0j«0jit dans une hôtellerie pour y passer la nuit. Pendant leur sommeil, l’aubergiste les égorgea, découpa leurs membres, les sala et les mélangea avec du poisson. Nicolas vint à passer au meme lieu ; on lui servit, en guise de poisson, la chair des malheureux écoliers ’, il s’en aperçut et le tavernier scélérat avoua son crime. Les trois jeunes gens, rappelés à la vie, après une prière du saint, se dressèrent soudain et sautèrent hors du charnier. G est cette résurrection miraculeuse que rappellent les trois jeunes gens nus, sculptés sur la façade de Tédifice.
Un autre miracle ravit à saint Nicolas le patronage de son église qui passa à « la reine des cieux ». Voici en quelle circonstance .
Epris dune vive passion pour une femme de mauvaise vie, un jeune « nepveu de l’abbé de ladite église » mourut auprès d’elle de douleur et de repentir. Son corps fut enseveli, sans prières, en terre profane. Peu de jours après, un beau rosier couvert de Heurs s’éleva sur sa tombe et causa une surprise et une admiration générales. On s’empressa d’exhumer le cadavre et on lui trouva dans la bouche un petit billet portant le nom
de Marie.
On lui rendit alors les honneurs funèbres dus aux bons chrétiens,
et il eut une sépulture plus convenable.
Une colonnette placée en dehors du chœur, du coté droit, en entrant, porte un écusson représentant un cœur d’ou s échappe un
arbrisseau Henri. Cette petite colonne s’élève, dit-on, sur la tombe
de ce martyr d’amour et de repentir. Les femmes, toujours si compatissantes pour les tendres erreurs, manquent rarement de^ baiser avec dévotion ce cœur, emblème de foi et de constance. G est en souvenir de ce miracle accompli par la Vierge, que 1 eglise lui fut
définitivement consacrée. ^ .
Chapelle Sainte-Anne. Arbre de Jcssé, dû à l habile ciseau du
P Besnv, existait autrefois dans l’Abbaye de la Trinité, où il avait été figuré en mémoire de Marie d’Amboise, abbesse de la Trinité,
morte le 8 février 1537. Le sculpteur, quoi(|ue relig’ieux, a observé resthéti({ue libertine de la Renaissance et a, d'après M. Cdi. de Cdiergé, « exagéré les détails anatomiques » ; autrement dit, les saillies charnelles des deux sexes L Par contre, dans la fresque antique décorant la voûte du maître-autel, recouverte^ jusqu’en 1852, d’un épais badigeon, on voit un grand nombre d’àmes suppliantes sous la forme de figures nues, mais asexuées.
3"" Sainte-Radégonde“^. — Lesmodillons de la corniche qui court autour de l’église et au-dessous des fenêtres sont sculptés de ligures humaines ou animales dont plusieurs, assure Millin, sont fort curieuses :
Du côté de la porte d’entrée, le dernier modillon, à droite du specta-
1. Dans la ])remière moitié du xvi'* siècle, le mi artistique et humain fut rélcmeiit ilécoratil’ par excellence ; aussi vit-on défiler an milieu du cortège de Charles-Qnint, à son entrée à Anvers, une troupe de « pucelettes » vêtues de leur peau satinée et, parmi les réjouissances qui célébrèrent l’entrée de Henri II à Blois, « des courtisans conduire à travers la ville des bceut's sur lesquels il y avait des femmes entièrement nues ». W)ilez-vous la face, adeptes de TartulTe 1
2. La patronne de Poitiers était une reine de France, ni plus ni moins, l’épouse honoraire de Clotaire. Un jour, pour échapper aux désii's de celui-ci, elle se sauva dans un champ (pi’un laboureur ensemençait ; aussitôt le blé poussa à hauteur de femme et la dérolja aux yeux de son ardent mari. C’est en raison de l’ancienne qualité royale de la sainte (pie la superstitieuse Anne d’Autriche, toujours en quête d’intervention du ciel dans ses atTaires privées, s’adressa à l’intercession de Radégonde pour guérir son tils, Louis XIV. En témoignage de reconnaissance, après la guérison obtenue, une lampe d’argent devait brûler à perpétuité dans la cryjite de l’église, devant l’autel de la sainte doctoresse.
Le roi soleil voua son premier Dauphin à la même nimbée ; il fit don à l’église d’un poupon en vermeil, de grandeur naturelle, c[ui fut })lacé dans une niche, creusée à 1 intérieur d un pilier, a drcjite du sanctuaire. Du cote opposé figurait, comme ex-voto, un tableau offert par la princesse de Conti, lors de la naissance de son lils. La princesse était représentée idaçaut son enfant sous la protection de la sainte.
Les religieuses de Sainte-Cr(jix pcjssedent une croix de fer, tpie sainte Radégonde faisait rougir au feu et appliquait, par mortification, sur son squelette plutôt ([ue sur sa chair, amaigj’ie par les macérations et les jeûnes excessifs. Nous eu empruntons le dessin et la description a 1 auteur (pii nous a fourni la plupart de nos documents sur la capitale du Poit(Ju. Cette croix (lig’. tilM), de folie })lut(*)t (jue de sagesse, a (juatre branches et mesure environ douze centimètres de hauteur, bille est p(3rcee de trous inégaux (jui servaient vraisemblablement à fixer des j)ointes destinées à pénétrer dans les chairs.
l’aut profane a l’église
leur qui vient du côté du chœur, représente un homme accroupi qui montre le derrière à l’assemblée des fidèles, et il met meme la main sur ses fesses, pour qu’on ne se trompe pas sur son intention. La septième de la même rangée de gauche à droite, en venant de 1 autel vers la porte, représente un homme accroupi comme pour faire des saletés dans l’église.
Millin signale un troisième sans-culotte accroupi sur l’un des modillons, dans la rangée gauche en venant du chœur, qui, comme ses voisins, « montre des choses que partout on doit cacher ».
Le même auteur décrit au portail un singe, qui fait peut-être double emploi avec celui de Saint-llilaire, de la variété dite des Onan-outangs : « lîguré dans l'attitude de commettre, de la manière la plus lascive, l’action qui attira sur Onan la punition du ciel ».
Dans la crypte, le tombeau de sainte Radégonde, éclairé par une forêt de cierges, opère des cures merveilleuses, comme le témoignent (( les mamelles, les bras, les pieds, les petits enfans de cire » qui y sont suspendus.
A la chapelle du Pas de Dieu, la même sainte, couverte d’un voile noir, à la mode milanaise, est agenouillée devant le Christ debout et qui « montre son front avec le doigt )) : Je sais tout !
Les Augustins. — D’après M. Ch. de Ghergé, la chaire à prêcher reposait sur les épaules d'un Samson colossal et nu que, par malice, on attribuait comme directeur de conscience à ceux qui ne confiaient cette direction à personne. « C’est un pénitent du père Samson aux Augustins », signifiait un indévot qui se « dirige » lui-même.
b*’ Saint-Simplicien b
f)0 Saint-Hilaire. — En mai, 1843, M. de La Liborlière a donné la description d’un obscenuui, sculpté sur un chapiteau de la nef, mais cette curiosité archéologique a disparu, depuis, sous les coups
1. Celte église, démolie, était l’objet d'im pèlerinage mystico-pathologique. Le saint avait été décapité dans un pré voisin et sa forte tête y avait creuse nn tron. Le jour de la fête dn saint, les migraineux et tons les pèlerins atteints d aliections cérébrales, aliénation comprise, venaient « mettre la tête mi trou ». En réalité, lions avons encore ici nn exemple de 1 application de la medcchie des sif.natnre. . Simplicien, en vertu de son nom, devait guérir les simples d’esprit, auxquels le
paradis est réservé.