VIENNE
d 1111 iiiartcîiii ellaroucliô et discret. Nul ne sait ce qii elle est devenue. 11 s'ai^nt sans doute de la lig-ure grotesque dont parle Millin : « On V vovoit, entre autres, dit-il, un sing*e commettant le môme crime ({ui causa la mort d’Onan. »
Au Musée des Antiquités de l’Ouest (n''" 1 à 4), il reste, d’un ancien tombeau provenant de cette ég'lise, un frag*ment, en « calcaire fétide », sur lequel sont figurées des chèvres qui broûtent. Le moindre frottement dégage de l’hydrogène sulfuré, dont Todeur a fait donner à ces débris le nom de « pierre puante ».
Selon les anciens Guides, écrit M. Gh. de Ghergé, ce tombeau avait contenu les restes d’un grand coupable, d’un trois fois réprouvé ; et, lorsque le démon le quitta pour courir à d’autres victimes, sur la tombe même il fit...
Ge qu’il fit, le latin oserait vous le dire ;
Moins brave, le français s’y refuse tout net ;
Mais, entre nous, sachez — et cela doit suffire
Pour aider votre flair — que le mot rime en... et.
Abbaye de Sainte-Croix ou les Hospitalières. — D’un mausolée en marbre, consacré à une abbesse de la famille de Montaut- Navaille, il ne reste qu’un fragment qui sert, paraît-il, de table de dissection à l’Ecole de médecine. Ex morte mors et non vita^.
8° Montierneuf ou Moustier neuf — O"" Rue Neuve h
1. Cette abbaye possédait, comme tant d’autres, un morceau de la croix du Sauveur, j)récieusc relique qui était portée aux Ro(f niions par le clergé de Saintelladégonde.
C’était au chanoine le plus récemment nommé (ju’était attribué l’honneur de le porter, et, pour ce fait, il était obligé d’avoir les jambes et les pieds nus pendant toute la durée de la procession ; seulement, dans les églises où s’arrêtait le cortège, on lui présentait des pantoufles, et, par une sorte de compensation pleinement justifiée, en rentrant à l’abbaye pour y mettre son précieux dépôt, il recevait des religieuses une paire de bas de soie noire.
2. Parmi les ofliciers séculiers, figurait le barbier qui, à certaines époques de l’année, pratiquait sur les religieux une saignée préventive contre la concupiscence. II devait ainsi « affaiblir le moine », ininiiere monacAim.
3. S’élève une petite pyramide dont la base contient un bas-relief mutilé, où l’on distingue encore un évêque, un enfant et un baquet. Cu monument fut élevé en souvenir d’un miracle opéré par l’évêque saint Hilaire. Nous laissons la parole à un ancien annaliste du Poibiu, Bouchet.
« Le lendemain, ou deux jours après, saint Hilaire alla visiter les églises de la cité, et, en allant par les rues, estoit suiuy de tant de peuple, qu’à peine on le pouvoit voir, car il n’alloit sur mulle ne chenal.
« Et une femme, qui lors demeuroit en vnc maison, à présent assise deuant les
l’art profank a l’éllisi:
Saia't-Savin. — La seule église romane (jui ait conservé les fresques murales dont elle est entièrement parée. Partout ailleurs, les peintures analogues (jui avaient échappé aux fureurs iconoclastes des parpaillots et au vandalisme des carmagnoles ont disparu sous un badigeon monochrome, couleur ventre de biche ou cuisse de nymphe émue.
Narthex. Seconde travée, rangée supérieure. La Création du ciel cl de la terre otfre une particularité qui a fort embarrassé Prosper Mérimée, dans sa Notice sur les peintures de cette église (1845). Les deux figures nues d’Adam et d’Eve, de la composition centrale (tîg. 523) (( ont l’une et l’autre une barbe naissante au menton » ; Mérimée attribue cette singularité à un (( repentir » du peintre, dont une retouche à la détrempe aurait été effacée par le temps. Ayant d’abord placé Adam à la gauche de l’Eternel, Partiste aurait voulu le mettre en lieu plus honorable et aurait fait alors de sa première figure, non plus Adam, mais sa compagne. En vérité, l’explication n’est pas là. Si Mérimée avait étudié plus attentivement ce tableau, il aurait constaté que, là encore, suivant l’habitude des imagiers, plusieurs faits distincts se confondaient faute d’espace et empiétaient les uns sur les autres.
Nous voyons, de gauche à droite, un premier groupe, non reproduit sur notre figure, le Père Eternel crée Adam du limon de la terre ; second groupe (fig. 532), le Créateur anime Adam et lui souhaite la bienvenue, en lui prenant le menton ; troisième groupe, nos premiers parents sont aux pieds de 1 arbre de la science du Bien
grands Escollcs, et maison commune des Seigneurs de la Ville, sçaehant qu’il passoit deuant saditte maison, ainsi qu’elle baignoit vu sien petit enfant de laict, le laissa en la baignouëre, par l’ardent désir qu’elle auoit de voir S. Hilaire.
« Et au retour, qui fut incontinent, trouua son entant noyé et mort.
« Quoy voyant s’cscria à haute voix, en disant .* « Ha ! mou Dieu ! laut-il que je perde mon enfant pour auoir faict un bien ! •> Et en vue ra^c de cleüil priiU son lils mort entre ses bras, couuert d’un petit linge, et le porta après S. Hilaire, auquel, ainsi ([u’il arriuoit à son logis, déclara le cas et accident, le priant en grande foy et cs[)éraucc (pi’il })riast Dieu (juc son entant rcccust la vie.
(( Sainct Hilaire, voyant la douleur de la panure mère, qui n'auoit que cet enfant et sa très-grande foy, et aussi que l’enfant estoit mort pour la grande aircction que la mère auoit eue de le voir, se mit eu oraison, où il tut assez lonj;uemcnt eu pleurs et larmes, prosterné contre terre.
«Et luy, qui estoit d’ancien aage, ne se leva jamais (pic Dieu n’eust, à sa prière, l’enfant ressuscité, lc([ucl il bailla à sa mère tout vil, et prenant le laict (le sa mammelle deuant tout le peuple, dont chacun par esbahissement rendit grâces à Dieu et à sainct Hilaire. »
et du Mal. Adam tourne le dos au serpent tentateur qui, debout sur sa (jueue, vient facilement à bout de la g'ourmandise et de la curiosité d’Eve. De sorte que le g'roupe du milieu, qui a tant intri-
Fig-. 53^ ^
g-ué Mérimée, montre le Seigneur entre deux Adam barbus et non entre Adam et Eve barbus. Ce dessin est très chaste: Adam est asexué et privé de nombril, comme sa compagne ; de même, saint Savin, représenté plus loin, prêt à subir son martyre, est dépourvu delà dépression ombilicale; ce n’est donc pas dans une intention tocologique que l’artiste a supprimé la cicatrice abdominale de nos premiers parents.
Beaucoup moins réservée est une autre fresque de la nef qui traite d’une façon ultra-réaliste V Ivresse de Noé (fîg. S33). Le patriarche, contrairement au texte biblique, est couché sur un matelas, recouvert d’un drap bariolé ; son vêtement est écarté par le bas et laisse voir des organes monstrueux. Notre figure n’exagère rien ; elle est calquée fidèlement sur le document officiel. Cham, qui sera maudit pour avoir regardé « la honte de son père », fait au
d. Les lipires 523 à 525, 532-534, sont tirées de la NoLice sur les peinlures de Véfjlise SainL-Siivin, par M. Fros[)er Mérimée. Gr. iii-fol. Imprimerie Nationale 1845.
MO
l’art I‘ RO F ANE A l’ ÉGLISE
dormeur le geste de mépris italien : il lui montre les cornes, tandis qu’un groupe de femmes (fig. 534), l’épouse de Noé et ses trois l)iTis, assistent en curieuses à cette scène scandaleuse. Quatre siècles
plus tard, la Vercjognosa^ de Benozzo Gozzoli, au Gampo Santo de Pise, portera la main à ses yeux devant le même spectacle, mais elle écartera les doigts, écarquillera les yeux et tendra le cou pour n’en rien perdre.
On conserve dans cette église de village une autre curiosité non moins étrange : un
orgue du moyen âge, dont les pédales mettent en branle la mâchoire inférieure de têtes grimaçantes et fantastiques, peintes, qui tirent la langue aux fidèles.
Montmorillon. —
Deux impudiques, laides et nues, cherchent à détacher de leurs seins, des serpents et des crapauds qui les sucent (fig. 535, 536).
Nous ne savons pourquoi dom Martin et d’autres ont vu dans ces châtiments de la Luxure et des Mauvaises Mères les images de Diane ou d’Isis. N’avons-nous pas maintes fois rencontré l’analogie de ces hgures symboliques sur plusieurs portails ? Mais combien l’art d’interpréter les allégories est ondoyant et divers ! Pour dom Martin, les serpents qiPallaite la fiffure où il voit l’imaere de la Lune serait le svmbole « du renouvellement de cette planète » et établirait que l’octogone de Montmorillon était un temple consacré à la Lune par les Gaulois. Millin, de son côté, admet que la femme qui allaite deux crapauds rappelle les représentations d’Isis allaitant deux crocodiles. Or, les