‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 178 sur 183 · LXXV. — YONNE · texte numérisé non relu

LXXV. — YONNE

Auxerre, l"" Saint-Etienne. — Portail gauche. Quatre bas-reliels du soubassement détaillent les péripéties de la parabole de Y Enfant prodigue ; l’un de ces tableaux (lig. 538) nous le montre dans une étuve malfamée, en compagnie d’une follieuse, « nue comme quand on sort du ventre de sa mère », selon l’expression choisie de Mme de Sévigné, qu’il caresse à pleines mains et embrasse à pleine bouche. A lui les plaisirs, les folles ivresses !

Dans le voisinage, une néréide allaite son petit emmailloté et on voit Y Impureté (fîg. *539), symbolisée par une femme drapée, dont deux dragons dévorent les mamelles.

L’aventure de David et Bethsabée se déroule sur le soubassement de la porte centrale et se retrouve, avec variantes, sous des arcades

Fig-. 538.

femmes signalés par leur immoralité ». Une Madeleine éhontée, Cathelinotte, à qui « il ne fut pas pardonné parce qu’elle avait beaucoup aimé », fut expulsée par le sévère sacerdote. Elle se vengea en l’accusant de l’avoir conduite au sabbat. Le malheureux innocent fut soumis à la {[uestion, puis brûlé « comme sorcier », en 1G32. Voilà une belle erreur judiciaire à l’actif du bras séculier, éclairé parla grâce.

1. En 1572, un tribunal composé « du maire, des écbevins et des bonshommes du ban de Moyenmontier, réunis sous les yeux de l’abbé », condamna un porc à être pendu pour avoir dévoré un enfant ! Rapprochons de cette incroyable sentence l’excommunication lancée contre les rats par l’évêque d’Autun. Cbasseneuz, qui devint président an Parlement de Provence, prit la défense des rongeurs. « 11 remontra, dit de Thon, (jue le terme qui leur avoit été donné pour comparoître, étoit trop court, d’autant plus qu’il y avoit pour eux du danger à se mettre en chemin, tous les chats des villages voisins étant aux aguets pour les saisir. »

« Il obtint, ajoute de Saint-Foix, qu’ils scroient cités de nouveau, avec un plus long délai pour comparoir ».

2. A l’époque du sanguinaire duc de Lorraine Charles II, un des seigneurs du lieu, « pour éviter la souillure des vilains », demanda et obtint que son cercueil fût encastré dans le cbaj)iteau d’un des pilastres.

trilobées du soubassement de la porte de droite. Bien que ces basreliefs soient horriblement mutilés, on devine encore la silhouette de Mme Urie, le torse nu, assise sur un tertre d’où coule une

source, à côté du roi David, debout, qui lui passe le bras gauche autour du cou et, de l’autre main, lui tripote le sein droit (lîg. 540). Le Père Ghatenier, dominicain, qui prêchait, vers 1717, à Saint- Germain-PAuxerrois, rappelait, dans le langage naïf et imagé de l’époque, l’aventure du roi d’Israël : « David était un paresseux qui ne se levait qu’à midi; Dieu le punit. Il alla sur la terrasse, à peine, éveillé ; de là, il vit une grosse vilaine qui n’était pas couverte : c’était Bethsabée qui s’éloignait. Il alla à elle et fit le péché. » Un siècle avant, le carme Pierre de Saint-Louis, auteur du poème de la Madelaine au désert^ écrivait que « le cruel David », ce propi'c à rien!

Osa faire ravir celle qui le ravit,

et que Dieu lui pardonna

Son rapt, son adultère et son assassinat.

Transept Sud. Deux consoles où sont sculptés des groupes qui rappellent le péché de Luxure. D’abord, une jeune sorcière nue se rend au sabbat sur un bouc (lig. 541) ; puis un galant, coiffé d un chaperon, prend des privautés avec une dame de qualité ou une

bé^niine, qui se défend mollement (lig-. 542). Wright a relevé une scène analogue sur une miséricorde (hg- 543) , mais, ici, la Lucièce repousse avec énergie les entreprises d un franc-arclier, franc-tireui .

Ces deux derniers motifs égrillards ont évidemment un air de famille. Celui d’Auxerre a été baptisé par les habitants le Jeu de la pelote^.

A Elis, la Vénus Pandemos ou populaire était figurée, comme notre sorcière bourguignonne, nue et assise sur un bouc. Par contre, une miniature d’un manuscrit du xiv^’ siècle (Bibl. nat. MSS. fr.N«70H,

33) donne à la « Lécherie »

ou (( Luxure » l’apparence d’une dame galante, sévèrement habillée, chevauchant une chèvre et portant au poing Poiseau de Vénus.

Un quatrain accompagne cette gracieuse enluminure :

leo aime tant mon chétif corps Que la line me donne ieo fors Il me semble une noble vie La plésance de lécherie.

Nombreuses sont les représentations de V Impureté^ dans cette

Fig-. 543.

d. Il existait autrefois une coutume de jouer à la pelote dans la nef, qui vers 1538.

cessa

LA UT UUOFAiNL A L Édl.lSL

cathédrale. Sus à réleruel féminin î Nous savons (|u’elles étaient destinées à faire prendre ce vice en horreur. Devons-nous en conclure que la paillardise était le péché mignon des Auxerrois ou que ces tableaux licencieux accusaient le libertinage ou simplement la fantaisie des clercs chargés de diriger et de surveiller les ima-

giers ?

Sur un vitrail est peinte la Dialectique, sous la ligure « de rhétorique » d'une femme entourée d^un serpent, image des ruses et subtilités du sophisme. On a pris à tort cette allégorie pour celle de la L iixure ; ce qui explique l’erreur, c’est qu’elle n’a ni les cheveux roulés — l’indice du syllogisme — ni en main, l’hameçon des arguments captieux. A Chartres, les sciences et les lettres sont représentées par de grands hommes de l’antiquité : le mathématicien Pythagore personnifie V Arithmétique, le philosophe Aristote la Logique, l’éloquent Cicéron la Rhétorique, l’astronome Claude Ptolémée V Astronomie .

Sur une autre verrière se déroulaient les épisodes de la vie de Marie l’Egyptienne, si souvent associée à la pécheresse de Béthanie, autre Vénus Panel emos de la mythologie chrétienne. Mais les piques des partisans de a la vache à Collas », en 1562, mutilèrent les panneaux relatant les exploits mondains de l’Egyptienne « folle de son corps » et sa façon économique de payer son voyage maritime h Rappelons en passant que cette pénitente dépourvue de vetements fut choisie pour patronne par les drapiers ! Est-ce en souvenir du manteau que Zosime lui jeta sur les épaules, à leur première entrevue ?

2® Saint-Piorre. — Admirable avant-portail de l’abbaye Saint- Père ou Saint-Pierre, qui sert d’entrée à la cour précédant le portail proprement dit de l’ancienne eglise abbatiale. Ce chef-d œuvre de la Renaissance est couronné d’un fronton où sont sculptés deux personnages accoudés, dont une femme, sceres (Cérès), avec son

1. Avant de quitter Saint-Etienne, rappelons que c’est dans cette cathédrale ([ue Saint-Louis épousa, en l-i2-3-4, Marguerite de Provence, et lui passa au doigt Panneau nuptial, où il avait fait graver l’expression de ses trois amours : uiku,

Fhanch, MAuoiiHiuTE, OU liù disaiit I « Hors cet annel il n est point danioui. » Le Musée de rOflicialité croit posséder la seule image véritable de Louis IX.Or, Notre- Dame de Paris a la même prétention ; ce serait le personnage agenouillé au-dessus

de la Porte rouçje.

YONN E

attribut ordinaire, une corne d^djondance, pleine de fiaiits et dY‘pis de l)lé, et un homme, nocz (Noé), qui tient, d’une main, une corbeille de raisin, et, de l'autre, s'appuie sur un vase de vin.

Dans une chapelle du fond, une curieuse Descente de croix ^ de

1 école de Rubens : au premier plan, à droite, une femme allaite un enfant. Elle est étendue à terre, la tête appuyée sur les g’enoux d’une autre femme assise qui pleure à chaudes larmes. Une réminiscence de 1 admirable Elévation de la croix du maître flamand, qui a placé au premier plan du volet g-auche de ce triptyque, les Saintes femmes éplorées^ une mère mamelue, ag'énouillée, g'avant son nourrisson du contenu de ses robustes appas.

llas-cotés de la nef, à droite, (>‘' pilier. Deux personnages tiennent des instruments de musique et figurent le bon et le mauvais génie.

Dans un angle, une femme modestement vêtue, paraît être sur ses gardes, tandis que, dans l’angle opposé, une femme nue est au pouvoir d un démon, « dont les formes lubriques, dit 1 abbé Crosnier, indiquent l’Impureté ». Ce sont, assure le même auteur, les résultats de la musique profane qui seraient indiqués dans ce groupe.

Chapelle de la Vierge. Une fort belle clé, avec pendentif, représente le signe du \ erseau^ sous la forme d’un jeune homme à peine vêtu, tenant un long vase d’où s’échappe de l’eau (il verse-eau) ; nous connaissons le calembour.

Sens. U Saint-Etienne. Cathédrale. — Extérieur. — Les nom-

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