Tirée du De naluris reriim de Maiideville et
reproduite par Maeterlinck.
i/aut mu)Kam: a i/é(;lisi:
breuses sculptures de la façade principale, même les Vertus en opposition aux Vices, ont été toutes mutilées par les pics du fanatisme huguenot ou révolutionnaire. On distingue encore, au-dessous de la Dialectique^ un type de ces êtres fabuleux, les Sciopodes ou Scinopodes (lig. 544-545), qui n’avaient qu’un pied, mais gigantesque, avec lequel ils dépassaient le vent et dont ils se servaient, au besoin, en guise de parasol. Le Sciopode peut être considéré comme le prototype de l’ Anglo-Saxon.
Intérieur. — Les néréides abondent ; nous en avons compté quatre au voisinage du transept. Toutes n’ont pas en mains le miroir et le peigne traditionnels ; l’une se présente de revers, une autre allaite son petit.
L’angle du transept septentrional et de la nef est occupé par un trio de bons compagnons nus, dits les Trois vignerons, sans doute en raison du costume primitif de ceux qui, à défaut de pressoir, écrasaient le raisin dans les cuves.
Abside. Chapelle Sainte-Colombe. Tombeau du Dauphin % fds de Louis XV et de la Dauphine, Marie- Josephe de Saxe, morte deux ans après son époux. Ce mausolée, des père et mère de Louis XVI, dû au ciseau de Guillaume Goustou, encombra le sanctuaire jusqu’en 1850. Bernardin de Saint-Pierre, le peintre de la nature, jugea sévèrement ce monument pompeux et maniéré, où l’affeterie le dispute à la mignardise du style ; critique que l’on peut adresser à presque toutes les conceptions emphatiques de ce genre .
Ls première chose qu^on y cherche tout d abord, c est la ressemblance du Dauphin et de la Dauphine, à la mémoire desquels le monument a été élevé : il n’y en a pas seulement les médaillons.
On y voit le Temps avec sa faux, V Hymen avec des urnes, l’Amour conjugal dont la sculpture fait un être distinct de 1 Hymen ; la Religion, VArt ',VImmortalilé; enfin, toutes les idées rebattues de l’allégorie qui est souvent, pour le dire en passant, le génie de ceux qui n en ont pas. Pour achever'd’en éclaircir le sujet, il y a de longues inscriptions latines, assez étrangères à la mémoire du Prince qui en est l’objet. Voilà, en vérité, un beau monument national !
Des inscriptions latines pour un peuple français et des symboles païens pour une cathédrale.
1. Il avait exprimé le désir d’être enterré dans le diocèse où il mourrait décéda à Fontainebleau, qui fait partie du diocèse de Sens.
or, il
La HcU(jion est entièrement drapée ; sa voisine, VInimorialitc\ ({iii tient la balance de la Justice^ exhibe son sein droit en entier (b^. o4()). A l’autre extrémité, le Temps et V Amour ^ ou le Génie de la Mort qui éteint le flambeau de la
Dans un coin de la même chapelle, sont déposés les bas-reliefs qui décoraient le tombeau du chancelier Duprat, saccagé pendant la Révolution. Les sujets de ces tableaux ont trait à divers épisodes de la vie du personnage, notamment son entrée solennelle à Paris, comme légat, en 1530, et son entrée, non moins solennelle, à Sens, comme archevêque, « où il n’osa jamais mettre le pied », écrit l’un de ses successeurs, l’archevêque Gondrin. Effectivement, l’odieux et cupide prélat fut imposé par François dont il était le ministre servile. Mais il fut repoussé par le Chapitre et ne fit son entrée épiscopale à Sens, qu’après sa mort, en 1530, pour y être enseveli.
Au-dessous d’un entablement qui supportait Tardent persécuteur des réformés, agenouillé, s’élevait le sarcophage sur lequel il était étendu, à Tétat de mort. Cette statue existe encore au Musée de l’Archevêché, mais mutilée. Elle représente « un corps mort,
i/aut profane. — I.
l'art RHüFANL a L’É(iLISL
couché et gisaiiL sur la pierre, vrai modèle et parfaite imitation du sort humiliant que la nature destine à chaque individu, paraissant rongé de vers et n’olfrant qu’un spectacle décharné et un tableau dégoûtant, mais vrai, dans toutes ses parties ». Nous n’avons pas vu les traces des vers, mais l’incision et les sutures abdominales de l’embaumement, comme celles de Louis XII, à Saint-Denis. Duprat est nu, la bouche ouverte, couché sur son suaire ; il en ramène un pli de la main gauche, pour couvrir son « humanité ». Son corps grassouillet et efféminé ne rappelle en rien ce « gros homme à l’obésité robuste », que décrit E. Vaudin, et ne répond pas à l’épitaphe ironique que lui consacra le huguenot Théodore de Bèze :
IIIC JACET AMPLISSIMUS.
(Ci-gît le tout-puissant). Jeu de mot latin que l’auteur des Noëls bourguignons traduisit par ce « plat » distique :
Cy-git, couché tout plat,
Le puissant chancelier Duprat.
Aux angles de ce superbe mausolée, dont Gaignières nous a laissé le dessin, reproduit par Montaiglon, se dressaient les quatre Vertus cardinales qui ont disparu : en avant, la Force et la Prudence ; en arrière, la Justice et la Tempérance.
Millin décrit, chapelle Saint-Nicolas, près de la nef, un groupe en demi-relief sculpté par Gois ; il représente le * protecteur des amants dont on contrarie les projets d’union légitime, offrant un sac d’argent à un vieillard pour l’aider à marier sa fille qui l’accompagne : Gupidon, vous le savez, est cupide; c’est là son moindre défaut.
Parmi les curiosités du trésor, qu’il suffise de citer, d’après Millin, d’abord « une belle sardonyx représentant la dispute entre Neptune et Minerve pour savoir lequel des deux donnera son nom à la ville de Gécrops, et qui était regardée comme les figures d’Adam et Eve » ; ensuite, un coffre d’ivoire où sont sculptées l’histoire de Joseph et celle de David. On y voit, sous une forme naturaliste peu conforme au texte, 1 épisode de la caverne d Engaddi dans laquelle David s’était réfugié. « Saül y entra pour satisfaire un besoin de la nature. David aurait pu le tuer; mais il n eut garde de souiller ses mains dans le sang de 1 oint de 1 Eternel et il se
contenta de se glisser doucement derrière lui et découper le bout de son manteau, pour lui prouver qu51 aurait attenté à ses jours s'il en avait eu le dessein. » Mais la scène où Saül viole coi'ani populo les dix femmes toutes nues de David n’a pas été représentée.
Avant de quitter la cathédrale, mentionnons le vitrail de Saint-Romain, sur lequel Jean Cousin a composé un Jugement dernier^ où il a placé un pape aux enfers, par application de ce passage des Ecritures : « Les premiers seront les derniers et les derniers les premiers ». Ce détail mal interprété a sulïi aux protestantspour considérer le peintre bourguignon comme un de leurs coreligionnaires L
2^ Palais synodal. Officialité. — Ce monument, flanqué sur la droite de la cathédrale, était habité, avant la séparation de LEglise et de l’Etat, par l’archevêque et sa famille. Ce fut entre les murs d’un des in pace de l’édifice qu’on enferma le doux Abélard, et dans la salle synodale que le tribunal ecclésiastique condamna sa doctrine sur la Trinité. L’infortuné théologien avait conformé ses principes à ses actes et démontré au moins la réalité de la trinité familiale, en faisant un enfant à Héloïse. Mais l'austère saint Bernard veillait et fît condamner sa doctrine en d 140.
La façade continue donc celle de la cathédrale ; sa corniche est J-, tee d une iaiij.,ee de gargouilles, dont plusieurs se disputent le record de l’obscénité. Celles qui existent actuellement sont des reproductions exécutées sous la direction de Viollet-le-Duc et réta-
blies, à 1 exception de deux, dans leur état primitif. Les originaux sont conservés au Musée archéologique religieux, établi dans le rez-de-chaussée de TOfïîcialité, à l'endroit même où se donnait la question.
La plus stupéfiante de ces gargouilles est la onzième (fig. 548), celle qui occupe Eextrémité droite de cette façade, au septième pilier. Elle a la forme d’une chimère cornue, munie d’un phallus dé-
la
1 . Relevons sur Tune des cloches, dite Savinienne, celte hérésie tin d’nn mauvais quatrain (jiii y est ^ravé ;
scientifique,
vers
Ohscinvr ntihifi lonitrii venloK(jue repello La tempête et les vents nollensent ce climat.
Le contraire est la vérité, ainsi qu’en témoignent les clochers de cathédrales fini
ous ont etc. fouclruyés et incencUés plusieurs lois par le l'eu du ciel a a t pc^ e des paratonnerres. ’ « lu pose
i/aKT PROI-'ANK a r/ÉflLlSH
iiicsuré ; l’envergure de ce puissant organe laisse a 1 a*il qui le considère pour la première fois un inouljliable souvenir : c est plus que roide ! Le conservateur du Musée de la ville, un confrère alïahle
et érudit, nous assurait que la gargouille remplacée était en état, non seulement d’érection, mais d’éjaculation, et olfrait un magna mousseux caractéristique. Or, il s’agit seulement d’un épais pinceau de poils qui, vu de loin, peut expliquer la méprise. Devons-nous voir dans cette ligure expressive une allégorie de la I ÎAixure ? C’est probable. Pour le custode de l’archevêché, il n’y a pas de doute : ces onze gargouilles personnifient les péchés capitaux, bien que le nombre de ceux-ci soit de sept. Celle qui nous occupe a la forme d’un animal fantastique, pour rappeler que la lubricité conduit
l’homme à la bestialité L
Quoi qu’il en soit, revenons à notre chimère \ avec ses pattes de devant, crispées aux commissures labiales, cette figure fantastique semble bien dévorée par le feu de la concupiscence, et son état physiologique s’explique, ou du moins s expliquait, par le voisinage d’une autre gargouille (fig. 549) représentant une femme nue, mamelue, assise et les cuisses écartées. Ici, Viollet-le-Duc a reculé devant la reproduction d’un tel réalisme \ il n a pas osé reproduire une « nature » fouillée profondément et encadrée de ses ornements pileux, comme on le constate sur l’original, au palais synodal Et pourtant, cette cynique impudique joint les mains dans 1 attitude de la prière ! Nous livrons les données de ce petit problème archéologique aux OEdipes de la symbolique chrétienne. Admettons, jusqu à plus ample informé, que ce couple de monolithes sy mbolise 1 Inipu~
Fig.
Fis:. 549.
1. Elle se tire violemment les deux coins de la gueule, comme certains personnages lubriques sur un pendentif des stalles d’Amiens et sur une miséricorde des stalles
de Mortain. ...
2. Pour corser le réalisme de cette femme de Sens, on avait colore en carmin
Forilice vulvaire.
pour
dicilé. Mais pourquoi les mains jointes? Une luxurieuse repentie? La gargouille suivante, la neuvième («g. .'ioO), représenterait, lur tous les Sénonais qui nous en ont parlé, une variété de 1 Im-
pureté, dite tête-bêche. Sur cette interprétation, il y a unanimité. Or, un examen attentif de son double, au Musée de rOlïicialité, nous permet de la réhabiliter. (Vest un démon emportant, par les pieds, un avare qui se cramponne à sa sacoche farcie, dont les courroies lui entourent le cou. Les mauvaises langues devront donc en rabattre :
nous sommes, sans aucun doute, en présence de l’image de V Avarice.
Les autres gargouilles n’ont rien de particulier, à part la quatrième (fîg. 551) :
^ il
une tête d’enfant émerge de son périnée, à la façon
Fis-. 550.
Fis-. 551.
d'une femme en couches.
Effectivement, les traits de la parturiente sont convulsés par l’acuité de la douleur ; la bouche, béante comme une gueule de brochet, semble hurler; la main droite se crispe sur la poitrine, tandis que la gauche s’accroche à la fesse correspondante. Est-ce encore une Luxure et ses conséquences?
Au-dessous de cette corniche, nous signalerons de plus deux ou trois chimères (fîg. 552) dont le buste est uniquement constitué par des seins d’un développement prodigieux et auquel un tuyau de décharge sert de gaine.
Pour compléter notre inspection extérieure, ajoutons que, sur le mur opposé donnant sur les jardins de l’archevêché, on distingue un petit solitaire qui se présente franchement de face et ne dissimule rien de sa nudité, comme son sosie d’une des retombées de Notre-Dame de Paris. Enfin, au Musée de l’Oflicialité, nous avons vu une ancienne gargouille qui n’a pas été refaite à neuf, en raison, sans
l’art profane a l'église
Fig. 553.
doute, de son immodestie. C’est le dehcllarc suj)crJ)OS^ l;i contre partie de celle qui semble atteinte du délire érotique. Celle-ci (lig" 553) exprimerait plutôt le désespoir de ïlmjjuissance, impotentia et frujiditas si souvent invoquées, devant la Cour de Rome, pour la nullité du mariaf^-e, avec l’appui de l’argument irrésistible de Basile.
La bibliothèque de la ville possède un ancien diptyque en ivoire, qui appartenait au trésor de la cathédrale et servait de couverture kV Office de la Circoncision^ fort mal nommé, d’après Didron, la Messe de l'Ane (tig.554, 555).
C’est un manuscrit du xm^’ siècle, avec la musique de la cérémonie sacroprofane.
L’ensemble de la composition figure le Triomphe de Bacchiis llelios^ sortant de l'Océan pour éclairer
le monde et présider aux vendanges. D’un côté, Bacchus est traîné dans un char par un centaure et une centauresse au torse opulent. Le dieu est suivi d’un cortège de divinités marines. On voit, en outre, trois hommes nus fouler du raisin dans la cuve. Sur l'autre plaque, le char de Diane- Lune est traîné par des hœ\ds,.Aphroditc\ figure, à sa naissance, dans une coquille, entourée d'^4/nphilrite et de monstres aquatiques. Un triton entre deux néréides est pourvu de pinces d écre-
Fig. 554, 555.
visse sur la tete, altril)ut des divinités de la mer pris communément pour des cornes.
Le jour de la fête des Fous \ le char du Triomphe de Bacchiis partait de l’église meme, traîné par un centaure et une centauresse. Le dieu était nu, en compagnie de Pan, et semblait sortir du sein des eaux, sur lesquelles s’ébattaient les déités aquatiques et autres dieux et déesses de l’Olympe, Vénus, etc. Al’oltice, composé
par Pierre de Gorbeil, archevêque de Sens, qui mourut en 1222, on poussait l’exclamation de joie consacrée dans les Bacchanales : Evohé ! Evohé !
3® Saint-Savinien. — Laplus vieille église de Sens, fermée aupublic, est réservée aux religieuses du couvent y attenant. Dans la crypte, où fut haché saint Savinien, la pierre du milieu de l’autel est encore teinte du sang desséché du martyr, ce qui semblait miraculeux à la tourière qui nous accompagnait, mais le sang animal, bipède ou quadrupède, n’est pas rare, et la crédulité aidant... Une petite statuette, la seule de l’endroit, croyons-nous, a frappé nos regards, dans une chapelle latérale : un séduisant Saint Sébastien, en chair peinturlurée, et tout nu, selon son habitude, sauf la bande pelvienne de rigueur, mais ici réduite à sa plus simple expression. Cet Antinoüs, capiteux et dodu, doit donner des distractions et peutêtre des regrets aux recluses à imagination vive.
4® Saint-Didier. — Par contre, cette églisette en forme de grange abrite une Marie U Egyptienne, portant ses trois pains, vêtue, au lieu de ses cheveux, d’un froc de moine, celui de Zosime sans doute et coiffée d’une cornette de religieuse !
Villeneuve-sur-Yonne. Notre-Dame^. — On regarde avec intérêt, dit l’abbé V. Ilorson, les gargouilles qui vomissent les eaux plu-
1. L’un des aclcs des conciles (jui se tinrent dans la seconde moitié du xv* siècle donne une idée des abus ([ni se commettaient au voisinage même du sanctuaire, lors de ces saturnales chrétiennes ; iib uno... 11 ordonne de ne jeter sur « le prêchante des foux », aux vêpres du dimanche de la Circoncision, ([ue trois seaux d’eau au plus et défend « de conduire des hommes nus le lendemain de Noël dans l'église ; il faut seulement les mener au puits du cloître et ne jeter sur eux ([u’un seau d’eau, sans leur faire de mal ».