‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 183 sur 183 · A 1)1) EN DA · texte numérisé non relu

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(( ([iii circulent autour du mausolée sous une charmante galerie ; elles sont très vivantes et très naïves: un moine se nettoie 1 oreille

avec Tongle ; un autre moine se mouche avec ses doigts. — Fi donc ! semble dire un religieux à côté de lui ». Le tombeau de Jean sans Peur et de sa femme Marguerite de Bavière n était orné que de trente-neuf figurines ; la quarantième était remplacée (( par un moine en redingote, le plus plaisant du monde. Qui est-ce monsieur? » Hugo rappelle que François L‘^ se lit ouvrir ce tombeau et y trouva Jean sans Peur, le crâne largement entaillé par le coup de hache de Tanneguy-Duchâtel sur le pont de Montereau. Gomme il s’étonnait de la grandeur du trou : « Sire, lui dit le prieur des

r/AllT PROFANE A l/ ÉGLISE

Chartreux qui l’accompagnait, c’est par ce trou que les Anglais sont entrés en France ».

Lodève (Hérault) (p. 255). — En 1573, les calvinistes traînèrent le coips de 1 éveque Fulcrand par la ville, puis le brûlèrent. On montre dans une chasse vitree la partie du ventre de ce saint qui échappa a la rag*e de ces furieux 5 on y voit encore les impressions de la corde avec laquelle il fut traîné dans les rues ; mais quelle rég-ion abdominale est exposée, l’inférieure avec ses accessoires ?

Verdun (Meuse) (p. 294). — Le trésor du chapitre prétend posséder du lait non pasteurisé de la Vierg*e .* « Mais un chanoine, homme habile et savant, écrivent les deux bénédictins de Saint- Maur dans leur Voyage^ nous dit que c étoit du lait de vache, béni en l’honneur de la Vierg-e par le pape Eugène 111 ; le lait de la Vierge que Fon montre en quelques églises pourroit bien être de cette nature. » Nul doute à cet égard pour les « hommes de peu de foi », mais d’un peu de réflexion.

Meaux (p. 343 et 468). — La cathédrale, au dire des mêmes bénédictins voyageurs, est redevable de sa perfection à la reine Jeanne de Navarre ; ne pas confondre avec Jeanne d’Albret. Le buste de la reine de Navarre est sculpté sur la clef de voûte, et tous les jours, à la messe, on lui donnait trois coups d’encensoir; cette marque de reconnaissance est-elle toujours observée?

Nemours (Seine-et-Marne). — Complément de la note 1, p. 468. La jeune et belle Beauvilliers, abbesse de la Joie, a qui ne respirait que la joie et le plaisir », dit F.-V. Toussaint annoté par P. Fould, ne devint pas la maîtresse d’Henri IV, pendant le siège de Paris, comme l’insinue la mauvaise langue de Sauvai. Elle n’était pas encore abbesse de Montmartre, mais elle en était aussi digne que la Fillon qui visera plus tard la direction spirituelle de cette abbaye, perdue au milieu des moulins par-dessus lesquels furent jetés tant de bonnets et de cornettes : (( Et pourquoi pas, disait non sans raison cette courtisane de haute marque, mon compère Dubois est bien cardinal ? » Mme de Beauvilliers était éprise du

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beau Se(jiir, .leaii Isaac^ autre Vert-Galant^ qui la charmait des accords de son luth, au point qu’il eût ses entrées au couvent et collabora à la confection du petit Ampliion que nous avons vu naître à Versailles. Ce mal d’aventure qui creva si inopinément fit enfermer la pauvre abbesse et « elle n’emporta de son abbaye que le portrait du beau Mousquetaire qu’elle avait fait peindre en sainte Cécile jouant du luth ! »

Garpentras (^p. 431). — Le trésor possède un clou de Notre-Seii^neur, le même qui servit de frein au cheval de Constantin ; en riioimeur de cette précieuse relique, le sceau du chapitre porte la hg-ure de ce clou recourbé en fer à cheval. Ces bons religieux ignorent que le fer à cheval cloué sur les maisons contre les mauvaises influences, — pratique en honneur dans quelques districts ruraux de la pudique Albion — dérive de l’image de l’organe d’une vache, d’une jument ou d’une chamelle, talisman naturel que les Arabes d’Afrique ont l’habitude de clouer à la porte de leur tente.

' Auxerre (p. 443). — Au sujet du tableau licencieux de Y Enfant prodigue qui figure à hauteur d’yeux sur le portail de Saint-Etienne, rappelons que les tableaux descriptifs des sermonnaires d^antan n’étaient pas moins dévergondés. En IbOO, lisons-nous dans YHistoire de la ville de Lille ^ le prédicateur Père Bosquier, de l’ordre de Saint-François, en la province de Flandre, « ne le cedoit point aux autres en comique le plus bas et le plus grossier » ; il ne se gênait pas pour traiter de porcs et de porchers ses auditeurs bénévols. Au récit de la parabole en question, il disait qu’après avoir dépensé tout son bien en folles orgies « Il alla chercher un maître pour y servir de vagao, de maquereau et de corrupteur aux autres comme docte et bien expérimenté en cet art... Il avoit dissipé en ses excès toute sa chevance, tout fut perdu pour lui, non par naufrage, non par maladie, mais vivendo luxuriose^ menant une vie bestiale avec ses P »

Sens. (p. 447). — Dans la cathédrale de Saint-Etienne, où « tout est par paire, où tous les contrastes se mêlent et s’y résolvent en

1. ("f. Richard Pagne Knight. La Ihéoloc/ie mystique des anciei}s.

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harmonies », selon l’expression lyrique de notre plus ^raiid poète, il paraîtrait (pie le lias-relief du mausolée de Duprat, prélat (|ualifié par Beaucaire de bipedum omnium nequissimus, représentant son entrée à Sens, reproduit la cérémonie telle (pi’elle a été elïectuée, mais en ^mise de funérailles et à l’état de mort. « On mit, dit llug'o, le cadavre à cheval, mains jointes, mitre en tête, chape sur le dos et on le promena ainsi processionnellement par la ville, sous un dais porté par quatre chanoines et on entrevoit derrière l’archevêque riiommc qui le soutenait pendant la chevauchée ». C’est la première fois que nous rencontrons cette explication ; sort-elle de rimagination du poète ? Tout de même, la sévère définition des cardinaux qui tiennent des abbayes « en Gommende », exprimée par les moines de Padoue, trouve son application à notre personnage avide de biens temporels : Animal rubrum, omnium Beneficiorum capax^ rapax^ uoraa?; et ils ajoutaient cette invective au sujet de l’inanité des signes d'autorité, mitre et crosse, que ces commendataires insatiables arborent dans leurs armoiries : Mitralia et Pediala in Ahbate Commendatario , sicut genitalia in mulo.

Terminons notre recherche par un ciboire en vermeil du trésor, tragique témoignage de l’influence néfaste du sexe féminin. « Par moments, dit Hugo, dans les refletji dorés de cette orfèvrerie exquise, on croit voir trembler la flamme d’un bûcher ». En effet, cette gracieuse coupe fut volée en 1531 par un jeune fou de dixneuf ans, nommé Jean Pagnat. « 11 y avait une aventure d’amour au fond de ce vol ». Lejeune homme, déjà consumé par un feu intérieur, fut brûlé vif devant le portail d’un édifice religieux dont toutes les pierres crient sans cesse, avec le baptiste : Filioli, diligite invicem. Chérissez-vous les uns les autres ! Sublime précepte que la lâche veulerie et le féroce égoïsme ont changé en cette rosserie : Rasez-vous les uns les autres !

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