‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 20 sur 183 · Ghampfleiiry, loc. cit · texte numérisé non relu

Ghampfleiiry, loc. cit

2. A la porte de réalise, dans le square contigu où se dresse une statue représentant une paysanne qui interrompt son pénible labeur pour allaiter son lieu, existait le cimetière, fameux par les miracles opérés sur le tombeau du diacre Paris, mort en 1730. Les excentricités et les momeries des convulsionnaires devinrent indécentes et cruelles ; dans leurs réunions, au dire d'un ecclésiastique documenté, on alliait ce que la religion a de plus sacré avec ce que la débauche a de plus grossier. « Les filles et les femmes, écrit Henri Martin, excellaient surtout à faire des gambades, des culbutes et des jeux de souplesse ». Celle-ci, après s’ôtre attaché les jupes restait les pieds en haut et la tète en bas ; celle-là, se couchait sur le dos et étendait sur son ventre une planche où se plaçaient « plus de vingt hommes », ce qui nous parait diilicilc. Les unes s’élançaient en l’air et retombaient sur le sol, sans s'occuper du désordre de leurs vêtements ; à d’autres « ayant le sein couvert, on tordait les mamelles avec des pinces, jusqu’au point de fausser les branches », telle cette pr(»testante de la secte méthodiste, citée par Hecquet, qui, dans son délire religieux, se coupa le nez, les oreilles et les mamelles, pour se préserver de la perditi(*n. C’est dans le même but que le bigot duc de Mazarin voulait laire arracher toutes les dents aux petites nièces du cardinal de Mazarin, les lîlles d’IIorlensc de Mancini, son épouse. Cette folie de clownerie mystique dura deu.x années, après lesquelles l’archevêque Vintimillc du Luc se décida à faire fermer le cimetière de Saint-Médard. Un janséniste dépité ou un simple plaisant écrivit sur la porte le distique si souvent cité :

De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.

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Fig‘. 94. — D’après Millin.

décoré des fig-ures des deux patrons des Ménestriers, saint Julien le Pauvre et saint Genès, placées aux deux côtés du Seig*neur. Saint Genès tenait un violon, d’une main, et, de l’autre, un archet; c’était le patron en second, ancien mime romain, converti au christianisme et martvrisé sous Dioclétien h

1. Le patron en chef, Julien ou le Cocu inui(j inaire, dut sa vocation à un

i/art profane a i/éoiose

Sur un corbeau de bois était sculpté VEnfer^ figuré par trois damnés (tig. 95), dont une impudique récalcitrante — la « marmite » lui est pourtant familière — qui tient à montrer sa nudité le plus bas possible.

Saint-Merry. — Théodore Ghasseriau (1843) a traité, en cinq peintures murales, la vie de Marie l’Eg^yptienne. Son timide pinceau a nécessairement ignoré l’incident scabreux de la passe contre passe, où la fille d’Eve « livre son corps au batelier ». Même dans le désert, où elle vivait en costume de Vénus, le peintre puritain la couvre du manteau de Zozime !

Autre sujet graveleux dans la même note grave : la vie de sainte Marie-Madeleine, encore une fille de joie repentie qui avait trop pris à la lettre le principe évangélique « Aimez-vous les uns les autres », figure au premier vitrail du côté gauche de la nef. On la voit ravie à la terre par des Anges qui « chaque jour l’emportaient au ciel », tandis qu’elle « entendait, des oreilles du corps, les concerts glorieux des légions célestes », comme le rapporte la Légende Dorée.

Restons dans l’atmosphère cantharidienne de la prostitution : à la seconde fenetre du coté droit de la nef brille le vitrail de la légende de la jeune vierge Sainte Agnès guiy miraculeusement voilée de ses cheveux, est conduite au lupanar.

Enfin, à la troisième verrière, côté gauche du chœur, \ Attentat à la chasteté de Joseph, d’une composition ultra-chaste.

Le quartier, où abondaient les femmes de mauvaise vie, se prêtait à ces réminiscences folichonnes L

Fig. U5.

efîroyable forfait qui fut la conséquence d'une singulière méprise. Au retour d’un long voyage, rentrant chez lui, au milieu de la nuit, il trouve dans le lit conjugal une femme et un homme endormis; pensant à une infidélité de son épouse, il Mt rouge et jaune tout à la fois et massacra le malheureux couple. Mais il s’aperçut bientôt que ses victimes étaient son père et sa mère, recueillis par sa iemme pendant son absence. C'est pour expier son crime involontaire qn il se voua aux bonnes œuvres, ce qui, par la suite, lui valut d'être sanctifié.

1. En 1387, rapporte de Saint- Foix, le prévôt de Paris rendit une Ordonnance tpn

Abbaye de Montmartre ^

Saint-Nicolas des Champs. — Extérieur. — L’un des panneaux de la porte méridionale est charg’é de « feuillomes », dit Sauvai, où se jouent des oiseaux et qui encadrent un buste de femme (lig. 96), dont les membres se terminent en gracieuses arabesques; cette fantaisie décorative est due au ciseau de Golo.

Intérieur. — Chapelle Saint-Louis. Un tableau représente Louis IX et sa pieuse compagne sortant d’une église, où ils pas-

chassait ces débauchées de la rue Brisemiche ou Baillehoc, à la requête du curé de Saint-Merry « et attendu l’indécence de leur domicile si près d'une Eglise et d un Chapitre ». Des bourg^eois de la paroisse s’opposèrent à l’exécution de cette ordonnance. Le curé se vengea de l’un d’eux : il obtint que ce paroissien fît amende honorable, à la porte de l’église, pour avoir mangé de la chair le Vendredi.

De toutes les rues affectées aux femmes publiques, cette rue et la rue Tire-Boudin, anciennement Tire-V.., étaient les plus famées ou « femmées ». On raconte que Marie-Stuart, passant par cette dernière voie, en demanda le nom, ne pouvant le prononcer en présence d’une honnête femme, on substitua au nom obscène le mot de Boudin. Cette rue fut, plus tard, appelée rue Marie-Stuart, en souvenir de l’incident.

Une chanson, tirée du recueil Maurepas, reproduite par Pierre Pic dans scs joyeuses Heures libres et intitulée la Bulle de Clément XII, rappelle qu’on voulut amputer le nom de l’abbé de Margon, lequel s’appelait Guillaume Plantevit de la Pause :

Ou qu’au moins il (le pape) métamorphose Le Plantevit en Plantechose.

Le cardinal de Bonnechose, paraît-il, fit, dans son nom patronymique, proprio molu, « une substitution analogue ».

Un autre ecclésiastique, à nom équivoque, l’abbé Pucelle, conseiller au Parlement et que le roi exila de Paris, donna lieu à une autre chanson légère, consignée dans le Journal de Barbier.

Le roi pour plaire à Fleury Et à sa séquelle

Vient d’exiler de Paris Le zélé Pucelle.

Le peuple va murmurer Et les filles vont crier :

« Rendez-nous Pucelle !

O gué !

Rendez-nous Pucelle ! »

1. Au siège de Paris, en 1590, Henri IV établit sur la butte Montmartre son quartier général : avant de faire la conquête de la Ville, le A^ert Galant entreprit celle de l’abbesse du monastère voisin, la belle Marie de Beauvilliers. A sa première visite, il s’étonna que le nombre des directeurs fût moindre que celui des religieuses. « Vous avez raison. Sire, répondit l’abbesse, mais il faut bien quelques religieuses pour les survenants ».

Dans l’abbaye Montmartroise, une image de Jésus passait pour « rabonnir » les mauvais maris. On rapporte qu’une femme qui avait prié là fut exaucée au delà de ses désirs : à peine eut-elle demandé l’heureuse amélioration de son mari, que celuici mourut. « Que la bonté du saint est grande, clama-t-elle 1 II me donne plus que je ne lui demande ! »

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i/art rrofank a i/kolisp:

saient la plus g“rancle partie de leur temps ; une mendiante, assise

sur les marches du porche, tend une main et, de Tautre, tient par la taille un garçonnet debout qui lui vide goulûment le sein droit.

Evohé ! L’autel de la chapelle, dite de T Agneau, à cause de celui qui sert de pied k la croix du tabernacle, provient de l’ancienne église de Saint- Benoît, changée en théâtre, puis en Glôserie des lilas, et était celui de saint Bacchus (Bacque), dont l’église célèbre la fête le 7 octobre.

Près de la sacristie, à la voûte d’une chapelle assez sombre, nous avons découvert une fresque fruste, qui ne tardera pas k disparaître complètement : une sainte auréolée, la Vierge ou l’Eglise, donne le sein k un agneau (fîg. 97). Depuis le jour où le précurseur baptisa Jésus en le désignant k la foule : « Voici l’agneau de Dieu ! » Agnus Del qui tollit pcccata miimli^ le Christ a été représenté allégoriquement sous l’aspect de ce doux quadrupède. Quoi qu’il en soit, nous laissons à des hagiographes plus autorisés le soin d’expliquer cette gracieuse image.

Piganiol de la Force, parle de plusieurs marbres funéraires qui ont disparu, entre autres celui de Jean Martineau, mort en 1662, k l’âge de cinquante-deux ans. Son épitaphe se terminait par ces mots : Hune docti suuni de fient doetoreni, miisæ parentem^ virtutes alumnuni^ virgines denique prototypuni. (Les savants pleurent en lui leur

Fig. 96.

Fig. O:

SEINE

maître, les muses leur mère, les vertus leur nourrisson, enfin les VIERGES leur prototype.) Ce vieux Jean d Arc est bien dilFérent de la fille de Jephté qui, avant que son père l’immolât pour accomplir le vœu qu’il avait fait, lui demandait un répit de deux mois pour « aller sur les montagnes pleurer, avec ses jeunes amies, sa mort prochaine sans avoir perdu sa virginité. » (Les Juges, ch. ii, v. 3(i à 39). C’était chez les Israélites une marque de réprobation de mourir célibataire, quand on avait 1 âge du mariage *.

Saint-Nicolas du ChardonneL^. — Chapelle des morts. Composition banale, du xviii® siècle : les Ames du Purgatoire. Le peintre a placé au premier plan un couple de femmes et un couple d’hommes, vêtus de flammes. Il a voulu montrer, en traitant de même façon les deux sexes, qu’ils ne valent pas mieux l’un que l’autre et méritent les mêmes peines.

Au-dessous de cette moralité se déroulent, sur les frises de la chapelle, quatre bas-reliefs en plâtre, d’après les originaux en bronze de Jacques Sarrazin, qui décoraient le tombeau d’Henri de Bourbon Coudé, à l’église des Jésuites. Ils représentaient, selon les idées de Pétrarque, les triomphes de la Religion ou de V Eternité, du Temps, de la Gloire ou de la Renommée et de la Mort^. Arrêtonsnous à la représentation du quatrième bas-relief, celle qui a trait au Triomphe de la Mort; elle nous offre la camarde sur un char

1. Autrefois, le 6 décembre, fête de saint Nicolas, les enfants de chœur de Notre- Dame se rendaient à Saint-Nicolas des Champs pour y célébrer le patron des jeunes ^•■arçons. Chemin faisant, ils disaient des facéties et en faisaient aussi, si bien qu’en 1525, après les excès qui s’y commirent, cet usage fut remplacé par un salut, que le chapitre de Notre-Dame allait chanter à Saint-Nicolas des Champs.

D’autre part, Gilles Corrozet, dans ses Antiqiiilez de Paris^ raconte qu’en 1569 furent baptisés à cette paroisse quatre enfants d’un aide-maçon, nés vivants, avec un cinquième mort, et en 1570, le 21 juillet, deux enfants jumeaux « n’ayant qu’un corps, les pieds de l’un sous les aisselles de l’autre », monstre encore mis au monde par la femme d’un maçon.

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