Gui Patin, Lettres du 25 février IGül à Falconet
2. V. Les Seins à Véçflise, fig. 257. — « Nu ou vêtu, disait le spirituel Ecorché, il ne m’importe. Je n’inspirerai pas d’idées malhonnêtes aux dames, de quelque façon qu’on me j)résente à elles. » A propos de ce Napoléon de la plume, mis en Apollon comme le Napoléon du sabre, au Musée Brea, de Milan, rappelons, avec Mme de Boi^ne, que, dans une réunion des grands dignitaires qui voulaient élever une statue au nouvel empereur, on discutait sur le costume. L’amiral de Bruix, impatienté des flagorneries qu'il entendait depuis deux heures, s’écria : <( Faites-le tout nu, vous aurez plus de facilité à lui baiser le derrière I »
ior>
i*H()FA.Ni-: A i/Éf;usi:
Nef. Un bas-relief de la chaire, sculpté par Delaperclie Constant, ligure la UcrfVc cléricale, c’est-à-dire surchargée de draperies, tenant TEvangile, d’une main, et un miroir — aux alouettes — de l’autre.
Transept, bras droit. Le Miracle des Ardents^ par Doyen : une jeune femme, la poitrine nue, les traits décomposés, est étendue sur un "rabat, tandis qu’un enfant cherche à la tirer de son état comateux.
Chapelle Sainte-Suzanne. Tableau de llerbsthrotfer, Sainte- Suzanne chez les Infidèles: une orientale, au sein bruni, est agenouillée la tête voilée, mais le torse découvert.
Parmi les marbres provenant du Musée des Monuments français, se trouvait le mausolée de Mignard. C’est de ce dernier qu’on a détaché, comme le remarque Viollet-le-Duc, la statue de la fille du peintre Mme de Feuquières, qui a été placée, sous le nom de la Madeleine , dans le Calvaire, au pied de la croix L
1. Mme de Montesson qui a fait sa Maintenon en épousant son amant, le duc d’Orléans, avec l’agrément de Louis XV, et fut incarcérée, en 17i)3, sous le nom de veuve d’Orléans, a été inhumée à Saint-Hoch, en 1800. Auparavant son corps y fut exposé pendant huit jours. Au moment où le cercueil de Mme de Montesson disparaissait dans son caveau, celui de Mlle Marquise, la première maîtresse du duc, entrait dans l’église, transformée ainsi en sérail ducal posthume.
La tragédienne Adriennc Lecouvreur, en 1730, et la danseuse de l'Opéra, Adrienne Chameroy, en 180:2, furent moins heureuses que ces grandes favorites ; elles ne purent même pas recevoir à Saint-Roch les dernières bénédictions de l’Eglise. Le clergé SC refusa à admettre dans le saint lieu des « femmes de théâtre ». Voltaire prit la défense de la première et Bonaparte celle de la seconde ; dans les deux circonstances les rieurs ne furent pas du côté de l'Eglise. Le premier Consul exigea de rarchevéque que l’églisicr intolérant, Mardhuel, fût condamné à trois mois de retraite. Voici l’article du Monileur relatif à cette punition. On y reconnaîtra, observe E. Fournier à qui nous empruntons les détails de ce récit, la grilfe du lion: « Le curé de Saint-Roch, dans un moment de déraison, a rclusé de prier pour Mlle Chameroy, et de l’admettre dans l’église. Un de ses collègues, homme raisonnable, instruit de la véritable morale de l'évangile, a re^u le convoi dans 1 église de Saint-Thomas, où le service s’est fait avec toutes les solennités ordinaires ». « L’archevêque de Paris a ordonné trois mois de retraite au curé de Saiut-Roch, afin qu’il puisse se souvenir (pie Jésus-Christ commande de prier même pour ses ennemis, et (pie, rappelé à scs devoirs par la méditation, il apprenne (pie toutes ces praticpies superstitieuses, conservées par (pichpies rituels, et (jui. nees dans des temps d’ignorance, ou créées par des cerveaux échaunes, dégradaient la religion par leurs niaiseries, ont été proscrites par le Concordat et la loi du 18 germinal ».
I.ie ccjmédien Da/incourt (jbtint d’un desservant des Filles-Saint- 1 homas. succursale de Saint-Roch, qu’il ouvrît scs })ortes à la pauvre danseuse, dît 1 ollice jiour elle et l’accompagnât jus(pi’au cimetière Montmartre.
N'cst-cc pas le cas de réjiéter, avec l’auteur de Psi/che :
Fl dans tous les climats on n’a riue trop d’exemples Qu’il est, ainsi qu’ailleurs. des nmcliants dans les temples ?
Allusion à un curé de Paris (pii dit en chaire de paix et de charité (pic Molière
Sacré-Cœur. — Chapelle des Jésuiles. Il y a surcharge de dorures et d'oruenienls, comme dans tous les oratoires de ces R. P. On V voit un groupe, en pierre, représentant une Indienne convertie (jui vient « se faire humecter la nuque », — suivant I expression de l’irrévérend Père Iluysmans — par saint François-Xavier. La catéchumène est nue, mais d'une nudité strictement relig-ieuse; aucune saillie ne décèle son sexe : les seins et même les mamelons font défaut. C’est ainsi que les amis de la Vérité copient la Nature. De pareilles hérésies artistiques évoquent le souvenir des iconoclastes qui (( ôtèrent le bout des seins, ellacèrent le nombril, épilèrent les aisselles et le pubis ; » leurs mains vandales indiquaient ainsi le « chemin de la concupiscence ».
Nous savons que la chapelle Saint-Luc, conformément à son anagramme, est concédée à !’« Association des médecins chrétiens » qui sont assurés de mourir en odeur de sainteté.
Hôtel de Sens L
était « un démon vêtu de chair, un libertin, un impie digne d’être brûlé publiquemçnt ».
Nous reviendrons en détail sur ce sujet, dans notre étude sur l'Eglise et le Théiilre. Contentons-nous, ici, de rappeler la fin de la célèbre Lecouvreur. Elle mourut dans des « convulsions horribles », après quelques jours de maladie et des alternatives de mieux et de mal, ce qui lui permit de reparaître sur la scène presque jusqu’au dernier jour. A son autopsie, on trouva « les entrailles |gangrenées ». Peutêtre était-ce la suite d'une appendicite ? Quoi qu’il en soit, la rumeur publitjue accusa sa rivale, la vindicative duchesse de Pouillon, de l’avoir fait empoisonner par un lavement. D’où cette mauvaise plaisanterie qu’Adrienne prit un « bouillon d’onze heures » dans un « bouillon pointu » !
Ajoutons qu’en 1773, le clerj^é de la même paroisse ne fit aucune dilïîculté pour y laisser inhumer l’auteur de la Métromanie et de bien des chansons licencieuses, Alexis Piron, notre petit Arétion Dijonnais. On lui éleva même un monument, sculpté par Calïieri et orné de son buste, en terre cuite, et portant, paraît-il, cette épitaphe satirique :
Ci-gît qui ne fut rien,
Pas même académicien.
1. Cet hôtel sis rue du Figuier, fut longtemps la résidence des archevêques de Sens; de là son nom. La reine « Margot » — une femme de sens s’il en fut — s'y fixa quand, à son retour d’Auvergne, Henri l’V « la chassa honteusement du Louvre, à cause de ses désordres », écrit l’austère Sauvai. Un satirique alla plus loin et vrilla sur sa porte ce quatrain peu courtois :
Comme royne, elle devoit être Dedans la royale maison ;
Mais comme p , c'est raison
Qu’elle soit au logis d’un prêtre.
Marguerite de Valois y séjourna jusqu’au 15 avril 1606, époque à laquelle son page
i/aHT JMIOKANE A l/ÉflLlSE
Église du Sépulcre. — édifice existait dans le (juarüer des Lombards. Des (( l)amboches n nus, accroupis, supportaient une pyramide cpii dominait Lo^'ive du portail et constituaient la seule lég’èreté à reprocher à ce saint lieu, qui péchait plutôt par excès de réserve. En eiïet, à la croix du sépulcre, près du grand autel, était attaché un Christ qui, au lieu d etre nu, suivant la tradition, était revêtu d’une longue tunique à manches. Millin rappelle à ce propos que les Capucins habillaient aussi Jésus et les saints avec le costume de leur ordre, et il cite une épigramme intéressante sur un Christ déguisé en Jésuite :
De ces moines audacieux,
Vous voyez l’impudence extrême:
Ils vous ont habillé comme eux,
Mon Dieu, de peur qu’on ne vous aime.
Saint-Séverin L — Millin signale à l’abside une statue de la Viero'e « «rossièrement femme », due au ciseau de ce même Bridan (( dont V Assomption^ ajoute l’auteur Aqs Antiquités nationales^ tout à la fois fade et charnue, souille encore le maître autel de la basilique de Chartres ».
Nous ne connaissons pas d’église plus pudique, k Paris. Ainsi, Adam et Eve^ de V. Mottez, après la chute... sur 1 herbette, sont affublés d’un fagot de feuillage touffu pour cacher leur nudité ; les Charités de Jules Richomme, de Jobbé Duval et celle de V. Mottez, dans son Apothéose de saint François de Sales, sont hermétiquement drapées et ne montrent pas le moindre bout de sein, contiaiiement k la tradition ; la Madeleine au désert, signée Murat, est vêtue comme une Vierge avant l’allaitement de Jésus; le Christ du Baptême de Notre-Seiqneur, par Paul Flandrin, est recouvert d'un
Julien, qiéclle aimait, fut tue dans son carrosse par un rival, le comte Vermond. En 1760, cet hôtel princier devint un hôtel meublé et des messageries d ou partait la
fameuse diligence de Lyon. . ,
1 Le presbytère est construit sur l’emplacement de 1 ancien charmer de 1 eglise, ou eut lieu un événement chirurgical important. Au mois tlo janvier 1474, en présence de Louis XI, la première opération de la pierre y fut pratiquée par Lcrmam Collot, sur un « franc-archicr » de Meudon, condamné à être pendu poui \ o , e (pie
ce mal importunait depuis longtemps (lig. 108). ,
« Après (lu’on eut examiné et travaillé, on remit les entrailles dedans le corps
dudit Franc-Archier, qui fut recousu, et par rOrdonnance du Roi très bien panse, et tellement cpi’cn quinze jours il fut guéri, et eut rémission de ses crimes sans dépens, et il lui fut meme donné de l’argent.» (Les Chroniques de Louis XL)
poii^'iioir blanc ; ne rentVrine, à
lo tableau de Gérôme, les Pcslifcrcs de Marseille, l oj)posé (le tous les sujets semblables, aucune
Fig. 108. — Rivoulon pinx. et lilh.
mère dépoitraillée ; enfin, Chapelle de Saint-Louis, une toile signée Leloir (1854), montée sur châssis mobile, recouvre chastement les nudités d’une fresque, très détériorée, représentant un Jugement dernier et datant de la fin du siècle, où l’on était moins pudibond, tout en ayant plus de foi que de nos jours.
Eglise de la Sorbonne. — Le somptueux mausolée de Richelieu, par Girardon, d’après le dessin de Le Brun, présente un dévelop-
i/aht i*ihM'ANi: a i/k(;msi:
[)emeiit tel ([u’il remplit à moitié rédiliceoù il est exposé; de là cette
épigramme :
Pourquoi lit-il bastir ce lieu,
Moitié pour luy, moitié pour Dieu ?
b]st-ce afin que chacun contemple Son bon ménagée ou son orgjueil ?
Ou n"est-ce point pour lui le Temple Aussi bien comme le Cercueil ?
La tête du cardinal s'appuie sur la Relujum ; V Histoire^ en larmes, sous les traits d’une de ses nièces, la duchesse d^\iguillon (fig. 109), est allaissée à ses pieds. Les deux allégories sont convenablement drapées. Aux côtés de l’elligie, s’ébattent deux (( amours », suivant l’expression et l’impression du sacristain cicerone, mais en réalité ce sont des génies, cachant leur sexe ; l’un pleure et l'autre présente les armes du prélat amiral C
Vis-à-vis de ce précieux monument, se dresse, dans sa majestueuse nudité, choquante pour l'œil louche des faux dévots, mais d une belle allure artistique, la statue d'un Christ à la colonne.
A la chapelle voisine, au-dessus de Notre-Seigneur étendu sur son sépulcre, on lit cette inscription laconique : ego. Le moi est cependant haïssable, rabâche la Sagesse des Nations. Les parois sont
1. Le cardinal avait une autre nièce, moins vertueuse que la principale auxiliaire de saint Vincent de Paul, Mme de Combalet, dont la fignire ne paraît pas ici, et pour cause, mais qii’il voulut remarier, après son veuvage, a^ec le comte de Soissons. C’est encore de Saint-Foix qui nous fournira les détails de cet echec matrimonial : « Le g-entilhomme, cliar^é de proposer ce maiiage, lec^ut
récompense un soulllet, et pensa s’attirer un traitement encore plus desag:reable. Le comte de Soissons déclara qu’il n’épouserait jamais les restes de ce galeux de Combalet. Le cardinal voulut prouver au prince que la jeune veuve était encore vierge. Le principal argument dont il se servit tut 1 anagramme tiree du nom de sa nièce, qui s'appelait maiue i.e vioneuots, où l'on trouve ces mots ; vieuob
1»K SON MAUI. » , .
Le prince ne se laissa point persuader par cet argument spécieux ; un exanum, analogue à celui ipie la duchesse de lleaufort tit subir à Jeanne d’Arc eut etc plus
probant.
ni
hadigeoniiées de fres(|ues ({uelconqiies, allég'ories de la Foi^ de VFspcnincc et de
Près de rentrée, du coté droit, s’élève le mausolée du duc de
Fig-. 110.
Richelieu, « l’homme le plus libertin de son époque », par Ramey. Le maréchal, renommé surtout par ses exploits galants, — ce qui lui valut le titre de « favori de Mars, de l’amour et de la fortune, » — est à demi couché aux pieds de la Foi qui lui tâte le pouls ; le corps du « Père la maraude », sauf le buste, est recouvert d’un suaire.
Saint-SulpicG L — Sous le péristile, cinq bas-reliefs, dont chacun nous olFre des enfants aussi nus que s’ils venaient de naître. Dans chaque tableau, les garçonnets sont groupés auprès d'une femme assise. Trois de ces ligures féminines, la Foi (lig. 110), V Espérance (lig. 111) et la Charité flig. 112) ont des mamelles saillantes.
1 M. Lang’uct de Gergy, curé de Saiiit-Sulpice. avait une singulière manière de forcer la « charité » de ses paroissiens, pour l’aider à subvenir à l’entretien de ses pauvres et de son église. Il lui arrivait, par exemple, lorsqu’il était invité quelque part, d’ « emprunter » son couvert d’argent, après le repas, non sans avertir 1 amphytrion sur le ton de la plaisanterie. Un matin, il se présenta chez une riche mondaine {jui lui refusa les dons sollicités; avisant un vase de nuit en argent, il confisqua ce meuble infime et le mit sous sa soutane. « Mais, lui demanda sa paroissienne interlocpiée, ((uel emploi comptez-vous faire de ce vase à l’église ? — Il servira, .Madame, a former les fesses de ma Vierge. » Ce fut, en elTel, avec les couverts, la
i/aH I' l'ROKANK A l/ÉflLlSlC
vaisselle et aussi les secours accaparés de la sorte, qu il fit fondre une superbe
VierM en argent. , , ^ ... i
Rappelons que le curé de Saint-Sulpice était le frere de Mgr Lanpict, eveque de
Soissons, qui passait pour avoir « chevauché » la Gavoy. G est lui 1 auteur de la Vie de Marguerite-Murie Alacoqiie, émule de sainte Thérèse : « 11 fait tenir, dit Rarbier (ITIIO), des discours très tendres à la religieuse du couvent de la Visitation, Sainte-Marie de Parois-le-Monial. en Gharolais, et à Jésus-Ghrist, avec des expressions trop vives, et que les lecteurs ont tournées à mal ». Le nom plaisant de la
sainte a, en ctlct, « occasionné cent contes plus ridicules les uns que les autres sur M. l’êvêiiuc de Soissons, tant en prose qu’en vers ».
A riiitérieiir, nous trouvons une autre C haritc-nourrice^ qui couronne ral)at-voix de la chair.
Pendant la Révolution, Alexandre Lenoir trouva, dans la sacristie
Fig. 113.
de Saint-Sulpice, un bas-relief antique (fîg. 113), actuellement au Musée du Louvre L
Saint-Symphorien de la Ghartre
1. Avant 1847, époque où Visconti exécuta la fontaine de la place Saint-Sulpice, les paroissiens, au sortir de l’église, rencontraient sur l’ancien monument, au lieu des quatre prédicateurs français, des bas-reliefs à sujets et nudités mythologiques, sculptés par Espercicux, tel celui où Cérès enseigne l'Agriculture h Triplomène{{igAH).
2. Cet édifice du culte était appelé, au xviii' siècle. Chapelle Saint-Luc située dans la Cité (Quai Napoléon). Sur une pierre tumulaire, recouvrant les restes de Garnier de Saint-Lazare, personnage fort considéré, et d’Agnès, sa femme, on lisait cette ins-
L AHT PROFANE.
L A UT UlUJKANE A L ÉLLISE
Saint-Thomas d’Aquin. — Nef, l)as coté droit. La Mort de Saphire^ en présence de saint Pierre^ toile de M. L . Picot (salon de 1819). L épousé d’Ananie, frappée de mort avec son époux pour avoir menti k saint Pierre, tombe foudroyée par un châtiment du ciel, la chemise ouverte. C’est sans doute cette ouverture impudique qui a fait enlever le tableau de la rigoriste et sévère église Saint- Séverin, où il avait orné d’abord l’une des chapelles.
La Trinité. — Tableau de Lefrançais (1877) : Adam et Eve chassés de VEden^ qu’ils avaient pris pour le bois de Bagneux, ont d’autres préoccupations que celle de cacher leur sexe ; ils laissent ce soin au vent et aux végétaux de la route. Le pubis d’Eve se trouve ainsi protégé par la feuille d’un figuier complaisant ; celui d Adam l’est par la chevelure de son épouse qu’il suit — le code civil n existait pas encore. Adam se cache la tête dans ses mains et la première femme s’efforce seulement de couvrir ses seins, sans s occuper du reste.
Citons encore comme modèle de pudicité artistique, la Théologie et la Chasteté, peinture sur fond or, par Félix Barrias. La seconde vertu est si chaste que, non contente d etre couverte des pieds k la tête d’une robe et d’un voile bleu, qui cachent son sein, elle ramène encore sur lui les plis d’un manteau jaunâtre. Cet accoutrement eut été admis k la cour de Charles V, qui ne souffrit « femmes de sa cour cousues en leurs robes estrainte ne trop grans collez ». Cette « sainterie » est le dernier cri de la pudeur moderne-style, en peinture religieuse.
Val-de-Grâce. — Extérieur.
Le dôme oriental du sombre Val-de-Grâce,
imité de celui de Saint-Pierre de Rome, est peuplé d’anges adultes, ailés, qui n’ont pour tout vêtement qu’une légère draperie autour
cription sibylline: vos qvi alez par cest movstiez priez por lame i.e (kvrniez SI EN CORCE JE svis VOS E SI ooN JE svi ROiz SI coN, quc 1 autcup clu I healrc de.<i Antinnitez de Paris traduit ainsi : « Vous qui venez en cette eplisc. priez pour amc de Garnier Tesaul. Si à présent je suis nud, vous serez un jour de mesme roy^ et comtes. » L’abbé Pascal pense qu’on pourrait beaucoup mieux traduire la iin de a sorte : « Vous serez aussi comme je suis et les rois aussi. »
SEINE
des reins; à cette hauteur, ils se soucient peu de leur juvénile impudeur.
Au fronton, nous voyons deux renommées séparées par l’horlog*e
(fîg. 1 15); Tune d’elles donne de l’air à son torse suffisamment mamelonné.
Sur l'attique du portail, on lit cette inscription, en rapport avec le vœu royal, d’ordre tocolog-ique, dont nous parlons plus loin : iesv NASCENTi viRGiNiQ MATRi, et qui serait mieux placé à la porte de la Maternité voisine.
Intérieur. — Le baldaquin de l’autel est aussi une mesquine imitation de celui de Saint-Pierre, à l’exception toutefois des piliers indécents, que nous décrirons aux églises de la Ville Eternelle.
Nef. Troisième arcade, gauche. Une Charité^ en bas-relief, qui fait pendant à la Foi^ se garde bien de cacher son sein, crainte de se singulariser, et l’abandonne à un petit alfamé nu ; de plus, elle porte un cœur de la main gauche. Seconde arcade, à droite^ autre bas-relief: la Bénifjnité s’accouple avec la Bonté ; elle tient son sein de la main droite et élève une étoile de la gauche.
Donc cette abbaye fut fondée par Anne d’Autriche, en accomplissement d’un vœu et pour rendre grâces à Dieu de sa grossesse inattendue, après vingt-deux années de stérilité. Mignard fut chargé de décorer la coupole construite par Mansard. Molière célébra en vers pompeux^ et pompiers, contre son habitude, le chef-d’œuvre de son ami et les « grands ornements
Qu’enfante un beau génie en ses accouchements. »
Mlle Chéron opposa au poème, plalemeut diLhyrambique de Molière, une piquante répliqué : La. Coiij)e du Val-de-Gràce.
l’art profan l a l’éclisl
Il nous indique la façon dont le grand artiste a su faire valoir le nud, tout en le voilant :
Il nous enseigne aussi les belles draperies,
De grands plis bien jetés suffisamment nourries.
Dont Tornement aux yeux doit conserver le nu.
Mais qui, pour le marquer, soit un peu retenu,
Qui ne s’y colle point, mais en suive la grâce.
Et, sans la serrer trop, la caresse et l’embrasse^.
1. On sait que la reine mère, confite en dévotion, finit, après avoir été en mal d'enfant, par se faire aflilier à la congrégation de flmmaculée-Gonception de la Vierge ; 'mais on sont les flirts d’antan avec le séduisant Buckingham et le fidèle Mazarin ? La Chronique Scandaleuse, de Claude Le Petit, y fait une double et cruelle allusion :
cxvi cxvii
Ce Dôme avec cette coupelle S’esleve bien haut dans les Cieux ; Pense-t-il nous crever les yeux.
Faisant en l’air la girondelle ?
La Marna de nostre Loüis Veut par des excez inoüis Immortaliser ses sottises ;
Et montrer aux Saints triomphans.
Qu’elle sçait faire des Eglises Aussi riches que des Enfans.
Qu’elle fasse ! Il ne m'en chaut gueres : Chacun fait ce qu’il veut chez soy ;
Ce sont les affaires du Roy ,
Et ce ne sont pas nos affaires :
Qu'elle fasse aller son Couvent Jusques à ces Moulins à vent !
On ne perd point sa renommée Dans de si pieuses amours ;
L’Eglise l’a toujours ayraée,
Elle la veut aymer toujours.
Le valant cardinal de Richelieu fut moins heureux que son successeur. Sa flamme fut méprisée et il apprit, aux dépens de son amour-propre, ce qu’il en coûte d’aimer
une reine : Cupidon caresse et blesse. , - • i *
Le comte Henri de Loménie rapporte, dans ses Mémoires, cette anecdote qui dut se passer, d’après A. Fidal, vers 1624 ; Richelieu avait 38 ans, Anne d Autriche 24.
« Le Cardinal estoit éperduement amoureux, et ne s’en cachoit point, d une grande Princesse ; le respect que je dois à sa mémoire m’empêche de la nommer. Le Cardinal avoit eu la pensée de mettre un terme à sa stérilité, mais on en remercia civilement, dit la chronique d’où je tire ce fait. La princesse et sa confidente (Mme de Chevrcuse) avaient en ce temps-là l'esprit tourné à la joye, pour le moins autant qu’à l’intrigue ; un jour qu’elles causoient ensemble et qu’elles ne pensoient qu’à rire aux dépens de l’amoureux Cardinal : « 11 est passionnément épris, dit a « confidente, je ne sçache rien qu’il ne fasse pour plaire à Vostre Majesté : voulez- « vous que je vous l’envoye un soir dans vostre chambre, vestu en baladin que je « l’oblige ainsi à danser une sarabande, le voulez-vous ? il y viendra! - Quelle folie !
« dit la Princesse. » „ -i
« Elle estoit jeune, elle estoit femme, elle esloit vive et gaye ; 1 idee d un parei
soectaclc luv parut divertissante ; elle prit au mol sa confidente, qui fut du mesmc pL trouver le Cardinal. Ce grand ministre, quoiqu’il cust dans la teste toutes les affaires de l’Europe, ne laissoil pas en meme temps de livrer son cœur a t - |
accepta ce singulier rendez-vous. Il se croyoit déjà maislre de sa conqueste, mais il
„ Bocan, qui estoit le Baptiste d’alors et jouoil admirablement du ^ loloii, fi l npnollé ■ on lui recommanda le secret. De tels secrets se gardent-ils ? C est donc de qu’on a tout sceu. Richelieu estoit vestu d’un pantalon de ve ours vert il ^ oit ■i ses iarretières des sonnettes d’argent : il tenoit en main des castagnettes et dansa H sara^nde Des spectatrices et le violon estoient cachez, avec
Vauthier et Bcringhcn, derrière un paravanl d’où l’on voyoït les gestes du danseur.
SEINE
Saint-Victor ^
Saint-Vincent-de-Paur^. — Nef. Le long de la frise défile un interminable monôme de saints personnages, peints par Fra llippolyte Flandrin Le quatrième de la théorie sanctifiée, en partant du maître-autel, représente Sainte Acjathc qui porte ses seins sur un plateau (fig. 11(>).
Plus loin, la courtisane Thaïs se dépouille avec modestie de ses vêtements et de ses parures, qu’elle jette dans un brasier, séduite par celui qu’elle voulait séduire.
La Visitation. — Le château de Ghaillot, construit par Catherine de Médicis, devint la propriété du spirituel et vaillant maréchal de Bassompierre. En 1651, Henriette
On rioit à gorge déployée, et qui pourroit s’en empescher, puisqu’après cinquante ans j’en ris encore moi-mesnie ?
<( On fit retirer Bocan et la déclaration amoureuse fut faite dans toutes les formes La Princesse la traita toujours de pantalonade, et ses dédains, assaisonnez du sel de la plaisanterie, aigrirent tellement le prélat orgueilleux que, depuis, son amour se changea en haine. La Princesse ne paya que trop cher le plaisir qu’elle avoit eu de voir danser une Eminence. »
Autre écho de chronique scandaleuse, mais du xviii' siècle. La Vie privée du cardinal Dubois rapporte un singulier incident de la cérémonie du sacre de S. A. R. le duc d'Orléans, en 17:20. Çelui-ci, armé de sa lorgnette, comme au théâtre, ne cessa d’observ'er l’archevêque de Cambrai qui olïiciait. Avec son fds, le duc de Chartres, le duc d’Orléans riait ouvertement de l’embarras et de la peine qu’éprouvait le prélat à se prosterner devant l’autel. Ce dernier, en ellet, comme le raconte notre auteur anonyme, « était tourmenté d'une diurie pour laquelle le Père Sébastien, célèbre mécanicien de l’Académie des Sciences, avait été chargé de lui faire un urinai à ressort renfermant une éponge. Le cardinal de Rohan, consécrateur, ne fut, sans doute, pas assez expéditif, car le nouvel archevêque rentrant au Palais-Royal fut obligé de changer de vêtement, en jurant contre l’urinal qui, malgré le ressort, avait tout laissé répandre ».
1. Le cardinal de Lorraine, celui qui maria fuiie de ses bâtardes au fameux Le Besme (Diano^vitz), en récompense du meurtre de Coligny, fut enterré dans le chœur de l’église de cette abbaye, quoique ou parce que « prédicateur boute-feu, cornet de guerre, de supplices et de tueries », comme dit Bayle. Le même écrivain ajoute que ce prélat « se vautrait dans les voluptés » et que « son luxe, sa pompe, sa bonne chère, ses amourettes, ne soutiraient point d’interruption ». Autrefois l’église ne servait-elle pas de lieu d’asile aux criminels ?
2. Avant l’œuvre de saint Vincent de Paul, â Paris, rue Saint-Landry, les enfants trouvés SC vendaient pour vingt sols la pièce. On les donnait par charité aux nouvelles accouchées, d’après Larousse, « qui avaient besoin de ces innocentes créatures pour leur faire sucer un lait corrompu », ofücc réservé, de nos jours, aux petits chiens.
3. Les murs de cette église, dit l’auteur de VOblal^ sont « recouverts avec les banales images de cette pieuse leucorrhée de la peinture que fut Flandrin ».
Fig. 116.
l’a UT J‘ll()FANL A l/ÉdUSK
d’Angleterre l’acquit des héritiers du maréchal et en fit le couvent des dames Visitandines. Celles-ci respectèrent les peintures profanes, dont le bon vivant et rabelaisien seigneur avait enjolivé les lambris de ses fastueux appartements. L’attitude de ces moniales fut analogue à celle des dames de Saint-Paul, à Parme, à l’égard des décorations païennes du Gorrège, et ne mérite que des félicitations.
Le chœur des filles de la Visitation de Sainte-Marie fut établi dans le local où était mort, en 1578, Quélus, un des mignons de Henri III, lardé de dix-neuf coups d’épée.
Par la suite, l’église du couvent a été convertie en un temple protestant, donnant rue Saint-Antoine. Le fronton, depuis 1873, est orné d’une Charité due au ciseau de Iliolle. Cette figure est, certes, la plus chaste de toutes celles qui personnifient cette vertu théologale : le corsage est hermétiquement fermé et cependant un orphelin tette avidement cette étoffe ; telle la pudicité d’une nurse d’Albion, dans l’exercice de ses fonctions.