SUR L’ART RELIGIEUX
Caractères généraux de l’iconographie mystique. — Les peintures et les sculptures des églises étaient, dans les siècles de ferveur, les plus puissants auxiliaires de la prédication. C’est par elles que la religion s'adressait aux foules. Le vitrail traduisait en flamboyantes images les enseignements de la foi, que le ciseau, de son côté, éternisait en d'immortelles attitudes. « Les peintures des temples, écrit un vieil auteur, sont le livre des illétrés. Pour autres choses ne sont faites les ymages, fors seulement pour montrer aux simples gens, qui ne sevent pas Lescripture, ce qu’ils doivent croire ». Saint Grégoire disait de même que la peinture est, pour les ignorants, ce qu'est l’écriture pour les savants. Six siècles plus tard, le synode d’Arras (1025) déclarait aussi que ce que les illettrés ne peuvent saisir par l’écriture ou la parole doit être enseigné par la peinture.
Villon prête le même sentiment à sa mère, dans la strophe bien connue :
Femme je suis, pauvrette et ancienne,
Qui riens ne scay, oncques lettres ne leuz.
Au moustier voy, dont je suis paroissienne,
Paradis painct où sont harpes et luz h]t un enfer où dampnés sont boulluz,
Lun^ me faict pour, l’autre joye et liesse.
î/aut rnoFANK. — I,
Utasse Marcadé, oITicier de Corbie, exprime une idée analo^me au sujet des
I^xemples, histoires, pointures Faictes ès moustiers, ès palais
pour ceux
Qui point n entendent Fescripture.
Quant aux sculptures des églises, David d Angers n a-t-il pas déclaré qu’elles étaient « les archives du peuple ignorant )> ? On les a appelées « la Bible du pauvre ». Et tout le monde connaît les admirables développements de Victor Hugo sur la cathédrale considérée comme expression et comme symbole de la pensée religieuse ou meme laïque. Il est clair que les « ymaigiers » et les « voirriers » se proposaient, avant tout, d’enseigner. De là cette profusion de scènes historiées, dites « histoires », sur les porches, les chapiteaux, les boiseries, les verrières et les murailles des monuments. Les artistes de l’époque romano-byzantine ou monacale, puis ceux de l’époque ogivale, — depuis la période épiscopale jusqu à la période laïque, — fixaient dans la pierre ou retraçaient sur le veiTe les vérités immuables du dogme ou les grands événements de 1 histoire sacerdotale. « Et quelles âmes ils avaient, ces artistes î s écrie l’auteur de la C'a //iè(7ra/c ; car, nous le savons, ils ne besognaient que lorsqu’ils étaient en état de grâce. Pour élever cette splendide basilique, la pureté fut requise même des manœuvres. » Le fait est attesté, selon cet écrivain, par « des documents authentiques, des pièces certaines ». 11 nous paraît néanmoins tort douteux, même pour l’époque où les maîtres ès arts étaient des moines et des ecclésiastiques de complexion assez peu mystique, il est vrai h Dès le IX® siècle, en effet, les mœurs du clergé et des monastères laissaient passablement à désirer. C’est un historien dévoué au Saint-Siège, le cardinal Baronius, qui l’affirme :
L’h]»^dise romaine, écrit-il, était transformée en une courtisane éhontée, couverte de soie et de pierreries, qui se prostituait publiquement pour de l’or. Le palais de Latran était devenu une ignoble taverne, où e^
1. Ail XV* siècle, cependant, en Allemagne, les francs-maçons étaient tenus de communier, sons peine d’exclusion de la corporation. De même an pa;\s on leuii l’oranger, ainsi que l’hyperholc. la communion tnt longtemps ohligaloiie pour es laïipies : ainsi, à la jiorte de San Giovanni Battista, a Inrin, on voit cncoit e carcan ([ue l’on passait au cou de ceux qui n’avaient pas tait leurs paques.
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ecclésiasti([ues de toutes les nations allaient disputer aux lilles d amour le prix de la débauche.
Trois siècles plus tard, le mal qui auparavant sévissait surtout à Rome a srag’iié toute la chrétienté. Honorius, prêtre d Autun, nous lait une vive peinture de la décadence et de la corruption des mœurs ecclésiastiques, tout au moins du clergé régulier :
Uej^ardez ces moines : la fourbe et l’hypocrisie s’abritent sous leurs capuces ; le froc couvre tous les vices, la gourmandise, la cupidité, l'avarice et la sodomie.
Quant aux recluses des monastères, il les compare à autant « de Phrynés et de Messalines qui ne se prosternent plus devant le Christ, mais devant une idole de Priape ! » On voit que ce sacerdote n’est pas tendre pour ses frères en capuchon, non plus que pour ses sœurs en cornette.
Mais revenons à nos... agneaux sans tache, les francs-maçons d'antan ; aussi bien nous continuerons à vider la poubelle des méfaits relatifs aux mœurs cléricales un peu plus loin. Remarquons d'ailleurs que Loris Iluysmans contredit lui-même son affirmation précédente par un détail qu’il nous fournit. Ne nous apprend-il pas que les moines, écrivains ou copistes, remerciaient Dieu, leur besogne achevée, — chose louable, en vérité, — mais qu’ils demandaient aussi une récompense pour leur peine. « L’un demandait
qu'il lui soit donné du vin et du meilleur, et un autre pulclirsc piiella^ une belle hile ». Nous voilà loin, bien loin, il nous semble, de la pureté de mœurs des simples manœuvres.
Dès le xiiie siècle, qui est par excellence le siècle des cathédrales.
l’élément ecclésiastique et monacal est absorbé par l’élément laïque dans la construction des édifices religieux. Et ce n’est point non plus parmi ces artistes vaniteux qu'il faut chercher des crovants modestes et sincères. Ils sont la proie de toutes les passions humaines, qui parfois les poussent jusqu’au véritable forfait. On peut emprunter à une époque un peu postérieure un exemple frappant de cet état d’esprit qui régnait déjà chez ces artisans au xm*' siècle. Nous savons qu’au xv‘' siècle, la rose d’une croisée de 1 église Sainl-Ouen, à Rouen, fut exécutée par l’a apprentif » d’un maître maçon, Alexandre de Rerneval, et jugée supérieure au modèle de l’architecte ; celui-ci en conçut une telle jalousie contre
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son habile rival, quil n’hésita pas à le tuer Pour ce crime il lut pendu haut et court, mais les religieux de 1 abbaye obtinrent .[u on leur rendît son corps et ils l’ensevelirent « honorablement » dans leui
”unc rivalité aussi haineuse n’est pas rare non plus chez les peintres. C’est pour se défendre contre elle que Giovanni Pordenone mortel ennemi du Titien et célèbre par ses « raccourcis terribles’ » tandis qu’il travaillait aux fresques de Santo Stepbano, a Venise, 'était revêtu d’une cotte de mailles et armé d’une épee et de son poignard. Faut-il rappeler la jalousie du Florentin lorrigiani qui, dans une querelle d’art, brisa le ne/, de Michel- Ange, et la violence d’Alonzo Cano qui, pas plus que Buonarroti, ne soulfrait de discussion sur sa supériorité, blessa en duel le peintre c on Sébastian de Llanô y Valdès qui la contestait ? De meme, es élèves de Raphaël, au dire de Benvenuto Cellini, voulaient tuer Rosso del Rossi, parce qu’il avait décrié les œuvres de leur maître. Ajoutons le cas d’Antoine de Messine, qui dérobe a ’Van Fyck le secret de la peinture à ITiuile et le confie à Dominique Beccafumi, l’un de ses élèves, qui l’assassine pour en être le seul possesseur. Enfin n'a-t-on pas attribué la mort du Dominiquin à un empoisonnement perpétré à Naples par les élèves du Caravage, — Ribera, Corenzio, Gorracciolo, — « véritable association de bandits et de coupe-jarrets », faction féroce qui ne reculait devant aucun moyen pour éloigner les rivaux, les grands maîtres romains, comme le
Guide ? ...
Voilà bien l’àme de l’artiste dans toute sa laideur : ijeiuis, irri-
labilc vatiim! Pour un Fra Angelico, de Fiesole, dont le pinceau se
refusait à reproduire l’image d’Iscariote et qui peignait la crucifixion à genoux, les larmes aux yeux, — ce qui, soit dit en passant, devait nuire au choix des couleurs, — combien de Gelliin pourraient répéter ce propos mercantile du maître llorentin, truculent et inverti : « Je travaille pour qui me paie ou me fait manuel
1. lAmc clos ligurincs du ,nédcslal de l’er^ée. \ Florence («F;, l-;';;'';’* celle de Ze».s'. porte uiic inscripUoii laline ‘.1”' ‘
»( s’en remettait volontiers à son escopette et a son epee pon ‘ ^isean On
.adversaires », 11 uvnil, dit A. Dumas, le polKnard aussi Urer que le "
ooimail la haine <iue, par opposUion d’art, il ™uait à Baecio liandmelli, doni il était jalon.v. Pen d’artistes ont eu la modestie d’André Oreagna <pu si^^nai tableaux, nciiiplor, et ses sculptures, picLor.