CALVADOS
La créature tentatrice qui semble crier au saint ermite : « l’Amour ou la ^ ie ! » lui olFre voluptueusement sa mamelle gauche.
Fig'. 213 bis.
Baveux. Cathédrale. — Le Jugement réglementaire du por-
tail est conçu selon l’ordonnance habituelle ; le nu s’y manifeste plutôt prou que peu.
A la porte d’Artenai, la clef de voûte en rosace est formée de sept corps nus raj3portés à la même tête grimaçante, constituant ainsi un monstre contraire à la bête à sept têtes de V Apocalypse. C’est la fantaisie extravagante d’un artiste en belle humeur (fig. 214).
La Tapisserie de Bayeux, appelée primitivement Toilette du duc Guillaume^, broderie attribuée à la reine Mathilde, est actuellement a la Bibliothèque de la ville. Ses soixante-dix-neuf tableaux, ins-
de^sîinf^xr Bernard de Montfaucoii, religieux bénédictin de la Congrégation aint-Maur en a insère la/copie dans sesMonuments de Ut Monarchie française mais 11 a supprimé les... détails intéressants. unarente française,
l’art profane a f/éoïjse
pires (lu Roman de la Rose, sur une longueur de 70 mètres et une hauteur de 0,50 cent., dont 16 cent. 1/5 réservés aux l)ordures supérieure et inférieure, développe Tliistoire delà conquête d’Angleterre par Guillaume le Bâtard. Primitivement, cette imagerie devait
servir d’ornement au tombeau du Conquérant, dans l'église
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Fig-. 214.
Saint-Etienne de Caen; elle décora ensuite la nef de la cathédrale de Bayeux, où on l’exposait certains jours de l’année : « le jour et par les octaves des reliques ».
Sur cette précieuse étoffe figure une seule femme, dame ælfgiva (fig. 215). « Le Normand vainqueur, dit Henri Bouchot, a voulu que la Saxonne fût dans une posture humiliée : on l’expose en l’accointance d’un homme d’église, on la désigne aux moqueries. » Cet épisode, intercalé dans une bataille, porte en légende explicative : VBI VNVS CLERIGVS ET ÆLFGIVA, qui ii’explique rien. Aussi donne-t-elle lieu aux interprétations les plus contradictoires. Tel soupçonne (( un flirt criminel » ; un autre distingue « les signes de respect » dans l’attitude des personnages; un troisième y découvre « une grande familiarité ». Pour M. Thierry, nous avons là un clerc qui vient commander à une entrepreneuse la tapisserie épique de Bayeux ; enfin de Roujou et Mainquet pensent que cette personne énigmatique est la fille de Cuillaume, Aele, Aeliza, devenue Aelfgiva, à qui un clerc annonce la promesse de mariage faite par Harold. En /ait, rien d’indécent : la dame, habillée, se tient sous un porticpe ; le clerc, la main gauche sur la hanche, étend le l)ras droit, dont
CAl.V ADOS
la main se trouve à la liaiiteiir de la figure de la belle iiicoiinue.
Notons pourtant ([u'au-dessous de cette scène, qui fait peut-être allusion à un acte de violence contre une personne placée sous la protection du duc de Normandie, attentat qui aurait été la cause déterminante de l'expédition, on voit une petite figure nue, dans une posture analogue à celle du clerc.
M. Fowke en conclut, d’après Jules Comte, que l’entretien des deux interlocuteurs, représenté plus haut, prit une tournure que l’artiste ne peut traduire, et qu'il laisse deviner dans cet obsceniim (fig. 215).
M. F owke pense que son hypothèse est confirmée par ce fait que le pigeonnier placé près du clerc est un emblème érotique. Mais c’est donner trop d’importance à des éléments fortuits de cette représentation, dus à la libre imagination de l’artiste, et il n’est pas sûr qu’on doive établir un rapport entre les deux zones de la tapisserie. Ajoutons que ces nudités (fig. 2Ifi-218), rappellent, selon d’autres auteurs, les violences que la guerre entraîne à sa suite ; d autres encore, dont M. Fowke déjà nommé, croient à une allusion aux Anglo-Saxons « appelés subitement aux armes, obligés de se lever tout à coup et de quitter leurs épouses éplorées ». Enfin, le 1)^ ^ von, de Pans, n hésite pas a reconnaître, dans ce groupe ultra sympathique, Eve et Adam 5 celui-ci, « dans un état qui ne laisse aucun doute sur ses intentions ! » b Quot cRpitR^ tôt sciisiis.
Personnellement, nous ne voyons là que des vignettes sous forme de polissonneries dans le goût de l’époque ; l’une
1. Notre confrère fait suivre son diaf-nostic iconographique imprévu dans la Chronique médicale, de remarques dépourvues de circonlocutions : « Je'ne sais si les artistes étaient documentés sur les dimensions extraordinaires du inhiis de notre premier père ; ou bien était-il de semblable développement an xi« siècle date a huincllc on rapporte cette tapisserie ? Ou bien encore les lilles d'Èvc nrciriic'iit elles leurs désirs pour la réalité? Si Ion adopte rime on l’autre des deux nremiercs hypothèses, nous sommes bien moins avantagés. .> Qiianlnm inuLati suiniis Si, par contre on SC ran^e à la dernière hypothèse, cela donne une singulière idée des appétits leminins a cette éjioquc. »
l’art I* R ( ) K A N L A L ’ É (1 L I S L
d’elles (lig-.
21 H) généralemeiil expurgée, esl eu pleine
éjaculation ^
Fig-. 211). — Tirée des Religions de Vanliqiiité, par Greiizer, 1841. Vol. II, pl. 80, I. — V. aussi VExpèdition d'Egypte, t. II, pl. 80.
Ne leur attribuons donc pas plus de signification qu’aux animaux domestiques, sauvages ou fabuleux, répandus à profusion sur les doubles bordures. En dépit des symbolistes, nous persistons à penser que, sur cette tapisserie de haute lisse et aussi de haute licence, l’artiste a cherché avant tout la variété dans ses illustrations secondaires. Relevons, en dernier lieu, un détail anatomo-physiologique du sujet principal : Guillaume envoie
des émissaires au comte de Ponthieu pour le prier de relâcher Harold; l’un de leurs coursiers est trop visiblement un cheval entier (fig. 220).
Beaumais. — La corniche, d’après de Gaumont, est supportée par des corbeaux variés, « parmi lesquels on distingue des ohscciiâ et autres figures singulières ».
Falaise. Saint-Gervais. — Marmouset, à mamelles saillantes, sous une console (fig. 221).
1. M. Jules Comte n’a pas reproduit cette phase de l’acte vénérien, contrairement à M. Jubinal et aux ])hotogra\'ures de MM. Neurdein frères. Cette figuration de l’acte gmnésique est fréquente sur les murailles des temples égyptiens et surtout des tombeaux des rois de Thèbes, mais sous forme symboliciue (fig. 211)). Les peintures du V® tombeau montrent trois de ces figures; elles lancent des jets de liqueur séminale, marqués par ime trajectoire de globules rouges , un petit être humain termine chaque jet fécondant.
CA LVADOS