‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 53 sur 183 · XV. — CHER · texte numérisé non relu

XV. — CHER

Bourges. V Cathédrale Saint-Etienne. — Certains détails du portail Saint-Guillaume, qui abonde en gracieux motifs, lui donnent un air de « sensualisme païen » .

Les anges des voussures sont des femmes savoureuses, aux cheveux mousseux, à la figure souriante et presque provocante. Prenant des poses thétâtrales en de coquettes tuniques échancrées au col et fendues sur les côtés pour laisser voir les épaules grasses et les cuisses charnues, ces femmes cherchent à plaire, n’ont de fange que les ailes. Sur les culs-delampe des pieds-droits, des enfants nus et potelés jouent avec de grandes fleurs ou des oiseaux : et ce sont déjà des amours de Fragonard ou de \\ atteau

nourrices et aux bêtes. Quand les paysans ig-norent la nature d’une maladie, une commère coupe une étoile en petits morceaux qu’elle jette dans un vase plein d'eau après avoir attribué à chacun d’eux le nom d’un saint en vogue dans le pays ; le chifïon qui, le premier, tombe au fond du vase indique le nom du saint guérisseur.

1. N'imitons pas la réserve du célèbre archéologue, sans quoi, à force d’ « expurger » et de censurer il n’y a plus d’histoire de l’art possible. On sait que, pour la

ville de Saintes, le dimanche des Rameaux était « la fête des p » ; le prêtre

bénissait des phallus que les femmes portaient comme un talisman en vue d’assurer leur fécondité. Même usage, d’après Dulaure, à Saint-Jean-d’Angély ; des gâteaux phalliques, nommés corpus Christi, étaient portés processionnellemcnt à la Fêtcl)ieu. Au xviiie siècle, de semblables gâteaux étaient encore confectionnés dans le Ras-Limousm, surtout â Brive, plus digne que son homonyme du sobriquet de « la Gaillarde ». En Auvergne, â Clermont-Ferrand, on préférait les gâteaux appelés miches, ayant la forme de l’organe féminin. Déjà au vi« siècle, Johannes Bruerinus t.ampegius critique cette coutume des c... sucrés.

André Darty, la Culhédrale et lu I)ullerine.

i/Airr l'HOFAM-: a i/Kf;usK

Parmi les épisodes de hi (kncsc, Idvresse de Noé (IX, 22 , suivant le mot de Victor lIui,^o, est sculptée « en toutes lettres )), c’est-k-dire dans sa crudité al)solue, comme à All)i et à Pise.

Grand portail. Selon la tradition médiévîde, les phases du Ju-

— Cliché de A. Ciraïulon.

qement se déroulent sur le tympan en trois tableaux de plein relief, qui sortent de la banalité conventionnelle et sont considérés comme le chef-d'œuvre du genre. C’est une page inoubliable. Dans le bouleversement cosmique de la Resu rrcci ion. les personnages sont « tous nus, à l’exception d’un évêque », dit M. Male. Les peines de l’Enfer sont figurées par une cliaudièrc, où d’hornbles démons, à la physionomie goguenarde, poussent et harponnent les recrues

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(fîp;’. 221), 230). La marmite infernale, chaiilfée [)ar des llammes qui s'échappent de la ])oiiclie du Léviatlian et où sont j)récipités deux mitres, sans vêtements, n’est encore occupée que par un moine et une damnée ; un crapaud dévore la langue du tonsuré qui person-

Fig. -oU. — Cliché de A. Ciraudon,

nitie la Médisance^ et un autre monstrueux batracien suce le sein de sa voisine, châtiment de la Luxure. Les mitrés sont vraisemblablement des abbés ou des prieurs qui, avec la représentation

satirique du religieux, rappellent les dissensions du clergé séculier et du clergé régulier.

Les suppôts de Satan, qui devraient être des anges selon Mat-

i/aRT profane a L I^UILISE

tliieu*, se (llstin^^uent par leurs mulles ricanants et l'aspect inonstreux de leurs corps. Sur l’ombilic, le périnée ou la poitrine, ils portent des gueules dévorantes, d’alîreuses têtes de vautour ou de Gorgone. A l’exemple du D'‘ Félix Régnault, nous rattacherons ces êtres étrangement bicéphales aux monstres des inclusions fœtales, bien que l’embryologie n’ait rien à voir dans ces gausseries satiriques, où la verve « endiablée » de Fartiste, oublieux du thème général qui vise au tragique, a répandu plus d’humour que de foi.

« Ces diables, écrit encore A. Darty,sont comiques et obscènes. »

Tous ont des exagérations formidables de sexes. Ce ne sont pas des diables, mais des boucs en folie, des faunes lubriques, des satyres en rut...

Et ces diables, comiques et obscènes, font les pitres. L’un d’eux — comme un athlète qui soulève des poids — brandit, à bout de bras, un moine nu ; un autre, de sa queue terminée en mâchoire, mord la cuisse d’un réprouvé. Certains précipitent, jambes en l’air, dans la chaudière un évêque. D’autres, narquois, attisent le feu.

Nous verrons encore, sur plusieurs vitraux, de telles personnifications des vices, à la fois ridicules et hideuses. On cherchait ainsi, comme nous l’avons dit, à frapper fortement l’imagination du peuple, afin de lui inspirer une plus grande aversion du péché.

Des sujets si importants pour la morale publique, écrit le chanoine Rouvelot, pouvaient-ils être mieux placés que dans la décoration des temples, élevés en l’honneur de la divinité, et destinés à être l’école de la vertu et de la piété?

Façade. Premier portique, côté droit. Martyre de saint Etienne . Saül garde les vêtements de ceux qui lapident le saint et se sont déshabillés pour avoir les mouvements plus libres.

Second portique, du même côté : Baptenie de Léocade, gouverneur des Gaules et de son fils LiidrOy par saint Ursin, Les deux néophvtes sont plongés nus dans la cuve baptismale.

La tour Nord, la plus élevée, s’appelle la tour neuve ou de beurre, parce qu elle fut bâtie avec les deniers des fidèles, désireux d’obtenir de Pie III la permission d^user de beurre et de lait en carême.

1. Chap. xni, 41. Le Fils de l’homme enverra ses angles, qui ùleront de son

royaume tous les scandales ci ceux qui lout 1 iuiquilé.

42. Et ils les jetteront dans la fournaise ardente ; c’est là qu’il y aura des pleurs

et des gTiuccmcuts de dents.

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L'nrchevè({iie autorisa, proprio mofip Tusage du Irornag-e. De plus, cluujue père de famille était tenu de donner à 1 église cinq deniers pour la reconstruction de la tour ; c était une dîme obligatoire, mais non laïque. Ces tolérances furent renouvelées pour sept ans par Urbain VIII.

Galeries. Les chapiteaux qui couronnent les colonnes des galeries et leurs bases étaient couverts de figurines burlesques. Durant la tourmente révolutionnaire, un membre du district — c’était un maçon ou mieux un goujat — obtint la destruction de ces sculptures «'comme fanatiques et contre-révolutionnaires ». Et pourtant ces figurines avaient trouvé grâce devant le rigorisme des calvinistes qui occupèrent la ville durant trois mois, en 1562 ; ce qui donna lieu à cet adage populaire :

En mil cinq cent soixante-et-deux Bourges n’avait ni prêtres ni gueux.

Chœur. Mausolée du duc Jean. A ses pieds, au lieu du lion qu’on trouve ordinairement sur les sépultures masculines, on voit une ourse, couchée et enchaînée, en l’honneur de sa femme Oursine. Le même animal figurait dans ses armes, avec cette devise : Oursine le tems vinra, allusion à son espoir de porter, un jour, la couronne royale. Car, comme il le rappela dans l’épitaphe qu’il composa luimême pour être gravée sur son tombeau, il était

grand de race et d’apparence,

Fils, frère et oncle de roys de France...

A Pâques, avant matines, a lieu la procession du Saint-Sacrement, dite des trois Maries, bien que celles-ci n’y figurent plus ; cette procession fut fondé en 1524 par un chanoine de Bourges, Jean de Laubespine. Les trois derniers chanoines étaient obligés d’y assister « habillés en filles, pour représenter, dit Pacte, les trois Maries venues au tombeau de Jésus-Christ, de grand matin, le jour de la Résurrection ».

Sous une galerie qui conduit à la crypte existe un ornement des plus étranges: un cul-de-lampe (fig. 231) exhibe la région sacrée d’une Vénus callipyge ou d’un homosexuel fessu d’outre-Rhin L

1. De telles incongTiiitcs ne sont pas rares. On en trouve de semblables à i.’art profane. — I.

i/aUT I‘K0FANK a L’É(ilJSI':

Examinons en détail les curieuses verrières du xiii'’ sièch;. A l’abside, voici Lazare et le mauvais riche ^ celui-ci jeté nu, tète en bas, dans les llammes éternelles; puis, le JiKjcment universel: un

démon enfourne dans la gueule du Léviathan deux damnées en costume d’Eve (fig. 236). Au voisinage, les Ressuscités des deux sexes sortent, sans linceul, de leurs tombes. Au bas de V Apocalypse^ le sacrement du Baptême par immersion donné à plusieurs

Fig. 234.

Fig. 235.

convertis qui se suivent en file indienne. Au sommet (fig. 23 / y, notre Mère la sainte Eglise, portant découverts ses seins devant lesquels deux personnages fléchissent respectueusement le genou. « Ce

FHÔtel-de-Ville de Noyon (fig. 232, 233) ; à Fhôtel Lallemand, à Bourges, dont le moulage est au Trocaciéro ; dans l’une des retombées des lenetres du c)ialeau de Blois : à Metz, parmi les sculptures de la tour Desch (tig.^ 234). L hôtel de a Trémoille, à Paris, olTrait aussi sur la façade intérieure, réeditiee dans la cour de l’Ecole des Beaux-Arts, des ligurines sans vergogne (fig. 235). Nous pouvons aiouter ces exemples à ceux déjà signalés à Caen. Etait-ce pour ,iustitier leur titre de « maîtres des pierres vives » que les sculpteurs s’appliquaient a communupier une telle vivacité a des gaillardises de cet acabit 1

cii i«:u

sont scs 111s, (lisent S. Cli'ineiil et A. Guitard, ([u elle couronne dans le ciel, après les avoir nourris sur la terre du lait de la g'race et de la vérité. » Les deux mamelles sont les deux Testaments où

l’Eglise triomphante puise le lait céleste dont elle alimente ses enfants. C’est encore l’image de la Sa-

Fii;-. 230.

(jessc éternelle^ dont les mamelles nourrissent les âmes chrétiennes de la parole divine.

Chapelle absidiale. Nous retrouvons la légende, trop souvent contée de Marie V Egyptienne ; ici, la pénitente est rencontrée nue, par Zozime : (( Je suis, lui dit-elle, une pécheresse à qui la pudeur ne permet pas d’approcher de vous. Si vous désirez me parler, jetezmoi votre manteau ». Naguère, elle se contentait du mouchoir.

Vitrail de Saint-Pierre et Saint-Paul : le premier baptise le centenier Corneille, avec un grand nombre de soldats romains ; mais l'espace manquant à l'artiste, le centenier, sous les formes féminines, occupe seul la cuve baptismale (lig. 2JS).

Vitrail de Saint- Martin. Le saint exorcise un démoniaque (lig. 2d9) en fermant avec ses doigts la bouche du névrosé, pour contraindre le démon à sortir par « la voie qui convient le mieux à l’esprit immonde ». Fortunat raconte le fait avec la liberté que lui permet le latin :

Nec tamen oh digilos exire per ora lieeret.

Fœda niinisterii fœdus^ vestigia tinquens^

t/aRT IMIOFANK A i/ÉGMSI':

Sordidiis ec/redihir, qiiii sordidus est via

fluxus.

Taie lier arrepluin, sic decel ire vialorl

Sur Tuii (les vitraux de la grande nef, actuellement au Musée du Trocadéro, on voyait sainte Cécile, recevant le baptême, plongée dans une cuve jusqu’au nombril, selon le ritegrec.

2° Petite Maison des Sœurs Bleues. — Où, dit-on, est né Louis XI, (( le Prudent ».

Emile Deschanel raconte, dans Par Monts et Vaux^ qu il a vu au plafond de l’oratoire, droit devant l’autel, « un joli gamin qui pisse dans un sabot. Ici, la sœur bleue qui me servait de cicérone devint rouge, comme il convenait, et baissa un œil ».

Bourg-de-Dieu. Abbaye b

La Chatelette (Canton de S'^-Amand). — Autre saint ithyphallique, le premier abbé de Landevenec (480), et qui dut à la similitude de son nom Guignolé ou Guignolet avec le mot latin gigiicrc^ engendrer, les vertus de Priape. Les femmes stériles absorbaient les raclures de sa braguette magique^ constituée par une longue cheville en bois, qui traversait sa statue et que I on poussait à coups de maillet quand son extrémité était usée. Un archevêque de Bourges supprima le culte d un pareil saint, mais celui-ci a toujours ses dévotes. 11 existait aussi, près de Brest, une chapelle consacrée à ce sanctifié, descendant direct du dieu des jardins.

Giialivoy-Milon. - Nef. Le côté droit est décoré d une immense fresque qui représente une mappemonde dAnviron six mètres de

certain breuvage mcslc de la pondre r mement dn [)lns deslionneste à nommer.

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