‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 68 sur 183 · EURE-ET-L OIR · texte numérisé non relu

EURE-ET-L OIR

ou prendre ses organes (lig*. 288).

Ce bonhomme solitaire est une 'eprésenlation allé^^ori([ue de l’o-

Fig. 285.

Fil?. 28G.

Fiir. 287.

nanisme ou de la pudeur, selon la disposition symboliste de l’œil qui le considère. Les moulages de ces tableautins de morale religieuse en action sont visibles au Trocadéro.

Arrêtons-nous, un instant, devant quelques vitraux. Voici Lâme de saint

Martin qui resplendit sous la forme d’un adulte tout en chair et mitre (lig. 289) ; puis le Christ baptisé, avec des seins de femme

L A HT HROKAM: A L KdMSi:

Fig.

Fig. ri9:2.

(lig*. 290) et dont la nudité inférieure est voilée par les oiidulatif)ns du Jourdain qui })araît sourdre de son nombril ; enfin, les idoles ég-yptiennes (fîg-. 291) qui font des sauts de clowns ou de carpes en tombant de leurs piédestaux. L’anatomie de ces ligures est fort remarquable ; elle est exécutée, « sinon avec une parfaite exactitude, au moins avec une singulière apparence de vérité ».

Au bas du vitrail consacré à la vie de saint Georges, le corps du Christ apparaît encore absolument nu et insexué, lardé d'un cercle d’épées. Par contre, le trésor possède le voile de la Vierge, qui lui servit à cacher la nudité de son fils. Cette relique s’appelle à Chartres, la sauta camisia ou « chemise de la Vierge », vénérée parles Ghartrains, comme la a tutelle » de leur ville.

Notre-Dame du Pilier ou la Vierge noire est l’objet de la dévotion d’un grand nombre de pèlerins. Sur le bras gauche elle porte Jésus, en. petit négrillon habillé, et à la main droite tient une poire, l’emblème de la crédulité. Primitivement, la colonne de pierre qui sert de support à ce groupe était « cavée » des coups de langue et de dents de ses fougueux adorateurs, comme le pied de saint Pierre, à Rome, ou le genou d’Hercule que les païens adoraient en Sicile : mais, pour la préserver de l’usure des baisers trop ardents, elle fut entourée d’une boiserie en 1831, et cessa d’être un perpétuel danger de contamination.

Un souvenir rétrospectif, pour finir. Aux fêtes décadaires, lors de la transformation de la cathédrale en temple de la Raison, le superbe groupe de V Assomption, chef d’ceuvre de Rridan, orné d’anges-femmes sommairement drapés, subit une mascarade qui le sauva d’une destruction certaine. L’architecte Morin eut l’ingénieuse idée de placer une pique dans la main de la Vierge, un bonnet phrygien sur la tête et de travestir ainsi Marie en Mariane, déesse de la Liberté ! Pour tout dire, ses formes plantureuses plaidèrent aussi en sa faveur auprès des robespierrots sans-culottes.

i:ru k-i:t-i.oik

2® Saint-Aignan. — Dans une chapelle obscure, propice aux iiKHlilations sur l’amour divin et humain, nous avons découvert ou [)lutdt deviné une Madeleine aux pieds du Christ (h^. 2Î)2). La pécheresse repentante est vêtue d'un manteau bleu, ouvert sur la poitrine rebelle d’où s’échappent et pointent deux lormidables seins •conicpies, en pains de sucre, seule partie de la toile mise en pleine lumière.

Saint-Martin-au-Val. — L’abbé Glerval signale divers piliers du chœur terminés par des chapiteaux couverts de sculptures à sujets fantastiques (xni‘'‘ siècle). 11 signale aussi deux colonnes de la crypte, (pii sont couronnées de chapiteaux en marbre gris ; sur l'un est figurée une scène de panique et de terreur ; sur l’autre, (( une scène d’amour ».

Anet. Chapelle du Château. — A la mort de Henri 11, Diane de Poitiers fit remettre à la pleutre Catherine les cadeaux, parures et pierreries donnés par son amant L Puis elle se retira dans son château d'Anet, autre cadeau ro}\al et le plus beau; elle y mourut peu après. Au lieu dùiller rejoindre à Rouen son légitime époux de Brezé, elle se fit enterrer dans la chapelle de sa propriété, sans doute en application dé sa devise favorite : Tant (jrate chèvre que mal piste; laquelle devint plus tard ; <( J’y suis, j’y reste î »

Son corps, selon ses dernières volontés, fut exposé dans l’église des Filles-Pénitentes, avant d’être inhumé à Anet. La « vieille haquenée » mourut à G6 ans, en 15G() ; elle montait encore à cheval, par ostentation, dans les dernières années de sa vie, et se cassa une jambe sur le pavé d’Orléans"^.

1. Jnslc retour des choses d’idi-l)as : Diane, du vivant de son amant, consentait à le prêter à sa rivale et rcn\'oyait conchcr chez la reine ; mais après, les rôles sont intervertis : (Catherine, à son tour, envoie Diane coucher à Anet.

rî. Il n'y a pas cpic les Icmmcs ([ui chev^anehent sur le tard. Un de nos clients, à (}uatre-vinj;t-(iuinze ans, avait la même manie d’éeputation ; il montait à cheval — monter est le mot car il j^ravissait les échelons d’un escabeau spécial jiour se mettre en selle — et, le })lus souvent, la promenade écpieslre se terminait par une chute. A la dernière, il ramassa une fracture de côte et une ])ncnmonie, dont il revint. Maurice Uaynaud, appelé en consultation, n’en revenait pas et de fait il mourul (piehpics jours api’ès d’uuc auf;ine de poilrine. Or le mol d’ordre donné à la domcsticilé de notre écuyer cpiasi centenaire était chut ! sur ces chutes d'amoui'propre. On devait les attribuer à des dégringolades dans l’escalier, dont nous n’étions pas dupe.

i/aHT PR O tan K A l/ÉfiLISK

Voici, d’après l^rès, la description du tombeau de Diane, tel cju il existait au Musée des Monuments français, salle d'introduction

(lig-. 21K1). A Anet, Di.'uie est a^renouillée devant un

prie-Dieu, qui a disparu.

Auprès d’elle, un Cupidon écrit « un poulet » ou célèbre les amours de Diane, et un chien — lequel de ses deux préférés Procion ou Svrius ? — ffarde le llam-

beau de la Fidélité^ dont il est lui-même le symbole.

Quelle ironie ! La « mie »

de François et de Henri II, « fidèle » à son mari de Brézé ! C’est roide ! La statue est placée sur un cénotaphe de marbre noir porté par quatre bustes de Sphinx aux mamelles saillantes ; le tout repose sur un piédestal supporté par quatre nymphes ou «

Fig’. 293. — D’après A. Lenoir.

lie’ures de feu » dra-

pées, en bois et sculptées par Germain Pilon ; elles soutenaient autrefois la châsse de sainte Geneviève. Les quatre faces du piédestal sont décorées d'émaux remarquables. Sur celui du devant, saint Thomas, l’incrédule, est représenté sous les traits de François F^’. A la face opposée est le portrait de l’amiral Ghabot ; pourquoi pas celui d’Henri II ? Le monument porte cette laconique inscription : diane de Poitiers, morte en 1566 h

1. Elle en mcritail une plus éloquente, comme celle de la comlesse de Boufflers, qui fut, sous la Uégence, l’idole du prince de Louti :

Ci-gît dans une paix profonde Qui, pour plus grande sûreté

Cette « dame de volupté » Fit son paradis de ce inonde.

Une médaille, frappée par la Ville de Lyon eu sou houucur, la rcpréseiUe dans sou véritable rôle de courtisane : à l’avers, sa ligure avec cette inscription m.vx.v

I>VX VALENTINOHVM OI.AUISSIMA ; aU rCVCrS, OMMVM VICTOUEM VICl, J l\l VdlTlCll Ic

viiiiiciueiir de tous (Henri II). Tous, sans compter Moutgomer} .

KURE-KT-LOIU

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CiiATEAEUL'N. Saint-Valérieii. — Sur les vitraux qui éclairejit et enluiniiieiit le chevet, sainte Anne porte sur le ventre le tronc nu de la ^ ier^e, issante d'une gloire rayonnante (fig. 294). (( Elle est à l’état de jeune fille adulte et nubile. La poitrine est parfaitement lormée et les lignes accentuées du ventre semblent faire croire que, déjà, la prophétie d’Isaïe: Ecce virgo concipict et pariet est en voie de réalisation. » L’abbé Metais, l’auteur de cette description, a vu une statue en bois, provenant de l’église de Boissy-le- Sec, remarquable par les mêmes particularités symboliques.

Outre qu’on n’est pas habitué à voir la \ ierge décolletée jusqu’au pubis, cette verrière offre une autre singularité peu commune. Le fond est occupé par la Porte-Dorée, où se

fit la conjonction prolifique de Joachim et Anne, coram populo. Or, au-dessus de cette accolade virgilienne et évangélique, s’étale une scène de débauche que la plume de l’abbé Metais « se refuse à décrire » (fîg. 295) ; mais le crayon de notre dessinateur, habitué à reproduire nûment la Vérité, l’a reconstituée fidèlement.

Un second vitrail est consacré à la Naissance de la Vierge. Elle se montre ici absolument nue et prenant son premier bain, mais sans qu on puisse noter un développement exagéré ou, si Eon préfère, symbolique des seins et du ventre. Au pied du lit, une nourrice donne le sein à la Vierge, toujours nue, qui le prend goulûment, à deux menottes et fait envie à un enfant plus âgé.

Une verrière de Gour-sur-Loire (Loir-et-Cher) présente, avec cette dernière, la plus grande analogie.

Fig. 295.

Fig. 2!)i.

i/aut profane. — I,

L ’ A \{ r 1‘ lu ) F A N A L ’ É ( 1 M S K

CüL’LUMiîs (près Nooent-le-Uoij. AbbayG ^

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