II AUTE-LOIRE
bole de la vie cachée en Jésus-Christ », dit l’ahhé Auhert, a qui nous empruntons ces détails, et les religieuses damnées, nues aussi, mais la tête découverte et les cheveux épars comme des vierges folles.
SoLiGNAC. Abbaye. — De nombreuses sculptures, — sermons pour les yeux, — destinées à inspirer hhorreur des vices, « d’autant plus dangereux, écrit Mérimée, qu’ils sont d’ordinaire plus secrets », ont été mutilées par les sectaires de la Révolution ou les fanatiques de la dévotion ; l’intolérance est le trait d’union des extrêmes.
Le Monestier. — Après le Pèsement des âmes, le diable, sous la forme d’une truie, emporte une pécheresse au gouffre (fig. 318), tandis que le justicier, préposé aux poids et mesures, saint Michel, barbu ici, semble dire: (( Enlevé, c’est pesé ! » Le démon, pense Champfleury, incline et détourne la tête pour regarder si l’ange qui pèse deux autres âmes ne cherche pas à le tromper.
Ciiaise-Dieu. Couvent. — Au milieu des ruines de ce monument, on distingue encore l’ébauche de peintures murales, remontant au xv® siècle et représentant la Danse des morts, dont nous avons signalé la première manifestation au charnier des Innocents. Adam et Eve, en costume paradisiaque, ouvrent la danse, en compagnie du serpent muni d’une tête de mort. « Les squelettes, dit M. Léon Giron, y sont d’une bouffonnerie et d’une extravagance formidables ; d’un cynisme de nudité et de contorsion atroce ; cependant, tout le long, ils ont des pitiés et des délicatesses quand il s’agit des femmes... ; ils cachent leurs anatomies trop crues. » Un groupe satirique amuse le regard et mérite d’être signalé ; c’est celui de la Veuve escortée de ses deux martyrs ou maris^ — deux synonymes,— qui, paraît-il, « rient à gorge déployée », les inconscients !
CiiAPTEUiL. Saint-Julien. — Lemoyne François peignit, pour ce prieuré, une Assomption où il représenta la Vierge sous les traits
i/art profane a i/éoeise
de sa mère. La madone, en eiîet, n’a rien d'angélique : c’est une bonne bourgeoise qui prend ses aises pour poser; elle est commodément assise et des angelots mythologiques, rappelant les amours de Boucher, lui servent de petit banc. En 1736, raconte M. Léon Giron, l’auteur de ce tableau écrivit : « pour que soit lacérée ou l)rûlée la Vierge Marie^ dont l’évêque de la Boche-Aymon a fait don au prieuré, en 1718 ». Il prétend « qu’il fut sacrilège de portraire sa mère et que, pour ce, sa mère souffre dans les flammes du Purgatoire... » Le malheureux était atteint du délire de la persécution : il se figurait avoir offensé le cardinal de Fleury, et, pour échapper aux archers imaginaires du ministre de Louis XV, cet ancêtre de Gribouille se perça le flanc.
Valprivas. Chapelle du Château. — Une fresque de la Renaissance, interprétant la Résurrection^ (( dont les pudeurs modernes ont pieusement gratté ou frotté les nus les plus offensants », a été reconstituée par M. Léon Giron, archéologue distingué, notre guide dans cette description.
Le groupe principal, sur le premier plan, se compose de trois femmes, les trois Grâces^ « à la chevelure luxuriante, au corps voilé d’une gaze faisant valoir mieux encore les nus et les reliefs ». Deux se montrent de face et une de pile. De tous côtés surgissent du sol des squelettes avec les divers degrés de la décomposition. (( Gà et là se rencontrent des naïvetés de posture qui frisent la gaieté. Par exemple, une plantureuse jeune fille ramène pudiquement son linceul par-dessus sa tête, mais découvre ailleurs d’autant », à la façon des baigneuses orientales qui, en cas d’alerte, couvrent l’accessoire et négligent le principal : de tout temps, la femme de tout pays et en toute circonstance n’a-t-elle pas une tendance marquée à placer l’utile et le futile sur le même plan?