‹ L'art profane à l'église (volume 2)Chapitre 80 sur 183 · XXX. — HAUTE-LOIRE · texte numérisé non relu

XXX. — HAUTE-LOIRE

PuY. Notre-Dame. — Cette cathédrale est construite sur une voûte g'ig'antesque, au haut du mont Anis. On j pénètre, après avoir gravi un escalier de cent cinquante marches, par a le nombril » et les (( deux oreilles », c'est-à-dire par le centre et les côtés.

Un bas-relief symbolique, eng-ag-é dans le mur oriental (fig*. 314), a été considéré comme un frag-ment de décoration d’un temple consacré à Diane, qui était élevé au mont Anis. Mais M. Francisque Mandet, auteur d’une intéressante monographie de Notre-Dame-du- Piiy, à laquelle nous empruntons le document figuré, a péremptoirement démontré que ce symbole n’a jamais été païen. Donnonsen d’abord la description : du dos d’un lion, sort une tête d’âne sauvage qui suce le trayon d’une mamelle suspendue au-dessus d’elle; et la queue du fauve est terminée par une tête vipérine qui suce une seconde mamelle. Le lion serait la Religion^ ou mieux Jésus-Christ (Il a triomphé le lion de la tribu de Juda, dit l’A^ocalypse^ L’onagre figurerait les Juifs et la queue du lion, les

Chrétiens, qui puisent la nourriture divine aux sources de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les deux peuples sortent du même sein et s’allaitent à une mamelle céleste. Vraisemblablement, ce basrelief et d’autres analogues ont pour origine l’église latine bâtie par saint Scutaire, vers 550.

Deux néréides décorent le linteau du portail; elles tiennent un poisson à la main. A l’intérieur, nous trouvons encore une « Syrêne » se tenant la queue.

On voit sortir par la région ombilicale d’une Vierge noire, enceinte, la tête fœtale d’un petit Jésus. Cette virginale négresse en gestation est toute qualifiée pour exaucer les dévotes stériles, avides du développement global et progressif de leur abdomen; mais elles préfèrent invoquer saint Fontin, dont une lettre a été pudiquement retournée à leur intention.

i/art rhofane a l’église

Brioude. Saint-Julien. — « Gomme le vocabulaire latin, dit F. de Lanoye, le ciseau du sculpteur religieux bravait alors l’honnêteté, et certains bas-reliefs allégoriques de Saint-Julien sont d’un symbolisme trop crû pour être relaté. » Tant pis pour nous.

Un chapiteau (fig. 315) porte des « sirènes » aux doubles queues enlacées et formant un gracieux motif d’ornementation. Un autre (fig. 316) nous montre un homme et une femme complètement nus; ils sont séparés par un centaure qui leur tient une jambe et leur mord la main. A quelle pensée pieuse ou satirique ces inspirations favorites du moyen âge répondent-elles? Est-ce l’image de la Tentation? La clef allégorique nous échappe. La ligure 317 est plus claire : il s’agit de l’enlèvement de deux âmes par un ange et un démon.

Fig-. 316.

Fig. 317.

CiiASES. Sainte -Marie. — Fresque pas banale du Jugement ; curieuse surtout par le bloc des religieuses de Ghases, dont le diable a fait un paquet qu’il traîne après lui, liées par une corde, comme un fagot destiné à alimenter les flammes éternelles. Des diablotins se gaudissent, chacun portant sur ses épaules une religieuse à califourchon. Le plus singulier est de voir les recluses prédestinées, le corps entièrement nu, la tête seule couverte d’un voile noir, « sym-

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