XXXVII. — INDRE-ET-LOIRE
Tours. 1° Cathédrale Saint-Gatien. — Sur le tombeau des deux enfants de Charles VIII et d’Anne de Bretagne, provenant de l’église Saint-Martin, se développent des arabesques autour de figurines rappelant divers épisodes des fables d’Hercule et de Samson, tels que la lutte avec l’hydre de Lerne et Antée, et la fameuse coupe de cheveux par Dalila
1. On racontait que, sous Charles V, le commandant anglais du château enleva une jeune villageoise dont il s’ctait épris. Celle-ci invoqua saint Nicolas et mit son honneur sous la protection du patron des mariniers. Selon la chronique, elle fut aussitôt métamorphosée en canne, s’élança dans un étang et échappa ainsi à son ravisseur.
En souvenir de ce « miracle de la canne », ou plutôt du canard, une canne sauvage, suivie de onze cannetons, venait entendre la grand’messe, tous les ans, au 9 mai, et, à son départ, elle abandonnait un de ses petits au saint protecteur. Mais les Calvinistes s’avisèrent d’assaisonner la canne et sa progéniture aux petits oignons et mirent fin au miracle. La raison finit toujours par avoir raison.
2. L’église était celle d’une puissante abbaye, dont la générosité et les immenses richesses lui valurent le nom de Mamelle de Saint-Pierre.
3. Elle est ornée d’une statue de sainte, devant laquelle les femmes en couches font brûler des chandelles pour une heureuse délivrance, tandis que tant d’autres en mouchent pour être délivrées de ce souci.
4. Notons deux incidents rétrospectifs, relatifs à Saint-Maurice, premier vocable de l’église métropolitaine. Elle fut détruite en 5fl par un incendie qu’un poète tourangeau, Olivier Cherreau, attribue, dit Touchard Lafosse, à la colère divine. Il raconte que le fds du roi, ayant voulu posséder la femme d’un certain Eviliacarie, celui-ci se réfugia avec elle dans l’église.
Et qu’ils commirent tant de sales voluptés,
Qu’on croit que le feu prist pour leurs charnalités.
C'est devant cette belle cathédrale qu’IIenri IV s’exclamait : « Ventre Saint-Gris! Il n’y manque qu’un étui ! »
Seconde anecdote : Il arriva à l’évêque Brice une aventure pénible. Une femme, l’art profane. — I.
i/art profane a l’église
2^ Saint-Martini
Richelieu. — Lors de sa visite au château du cardinal, sorte de Vatican français par sa collection d’antiques, la Fontaine vit quatre Vénus^ « une entre autres divinement belle » ; mais il y avait aussi trois chapelles, et ce n’était pas trop pour un tel cardinal.
Dans l’une de celles qui sont en haut, je trouvai l’original de cette dondon que notre cousin a fait mettre sur la cheminée de la salle. C’est une Madeleine du Titien, grosse et grasse, et fort agréable : comme aux premiers jours de sa pénitence, auparavant que le jeûne eût commencé d’empiéter sur elle. Il me semble que je n’ai point parlé trop dévotement de la Madeleine ; aussi n’est-ce pas mon fait que de raisonner sur des matières spirituelles, j’y ai eu mauvaise grâce toute ma vie.
Loches. — Ville située près de Fromenteau, lieu de naissance d’Ag-nès Sorelle ou Seurette, petite fille de Marie de Jouy, dite la Demoiselle de Fi^omenteau ^ la Belle Agnès ^ la Belle des belles^ enfin la Damoy selle de Baulté, quand Charles Vil lui eut fait don de la maison royale de Beauté-sur-Marne Elle mourut, à quarante
qui s’occupait de sou ling'C et depuis peu était entrée en religion, accoueha d un enfant dont il fut accusé d’ètrc le père. Brice, pour se disculper, fit apporter le nouveau-né, le corps du délit, qui n’avait que trente jours, et comme la vérité sort de la bouche de l’enfant, il lui dit ; « Je t’adjure, si je t’ai engendré, de le crier en présence de tous. — Tu n’es pas mon père », clame aussitôt l’entant, sans barguigner. Mais comme il ne voulait pas demander à l’oracle le nom du coupable, on le traita de magie ; tout au plus était-ce un subterfuge de ventriloquie. Alors pour mieux convaincre ses ennemis, il mit des charbons ardents dans sa robe et les porta, sans la brûler, jusqu’au tombeau de saint Martin : « De môme, dit-i ,
que vous voyez mon vêtement préservé de l’atteinte du feu, de même mon corps est resté pur de tout commerce avec les femmes ». Un morceau d’amiante sulürait pour accomplir ce prétendu miracle! (Cl. S. Bellanger, la 1 ouraiiie.) ^
1. Sainte-Geneviève avait la spécialité de chasser du corps des possédés le démon qui n’existe que dans l’imagination des nigauds et des bigots. Elle guérit ainsi miraculeusement, dans cette église, un des chantres saisi tout a coup de 1 espri malin. « Le démon, d’après le « narré » d’une vieille chronique, avoit souhaite de sortir par l’œil, mais Geneviève voulut l’humilier en le jetant dehors par un endroit tout opposé. » Et voilà ce que nos ancêtres nails croyaient beatement. Nous devons malheureusement reconnaUre que beaucoup de nos contemporains
sont encore tout proches d’eux sur ce point. , , , < ,
1>. Jean Chartier prétend que le monarque n avait pour Agnes qu un muo platonique « agnélique». Les gens de cour lui assurèrent « par serment », repe e-t-il liaïvement, que « oneques ne la virent toucher par le Boy au-dessous e u menton En public, c’est possible ; mais eiuand la lantaisie prenait au lo} p ‘ excursion aux pays-bas de Gythère, il n’invitait pas ses courtisant a 1 aceonipa^ner dans son voyage d’agrément. Monstrelet veut bien reconnaître qu Agnes joua le lolc de la Touchet de Charles IX, mais que Charles VU neut pour elle ce cpi une galantei ic
INDIIE-ET-LOIRE
ans, au château du Manoir, sis au Mesnil, près de Loches.
Le cœur et les entrailles d’Ag'nès furent inhumés à 1 ég'lise de
Fig-, oiîi. — Tirée de la Touraine ancienne et moderne.
Jumièges^ chapelle de la Vierg-e, et son corps fut placé dans un mausolée de marbre noir, au milieu du diœur de l’église collégiale de Loches (üg. 324) Son effigie, en marbre blanc, était couchée, la tête sur un oreiller, tenu par deux anges, les pieds appuyés sur deux agnelets, symbole de sa bonté et rappelant son prénom.
Nous passons deux inscriptions écrites en latin avec toute l’emphase du temps, au frontispice du tombeau et sur une table de
d'amusement ». Or, à ce jeu d’enfant, il eut d’elle quatre lilles (les quatre ülles Aimons), et la dernière, qui vécut six mois, fut cause du décès de sa mère, morte au champ d’honneur ou du déshonneur. Rappelons (pie Jaccpies Cœur, l’exécuteur testamentaire d’Agnès, fut accusé, bien à tort, de l'avoir emjioisonnée. Celle (jui « ne fut touchée au-dessous du menton » a sinqilcment été victime d’un accident puerjiéral ; ce sont d’ailleurs les ris([ues des « belles charnures ».
l"art profane a l’église
marbre placée derrière la tête de la statue, ainsi que les vers acrostiches, plutôt curieux par leur forme que par leur fond, gravés sur une plaque de cuivre du côté du sanctuaire.
A peine Louis XI eut-il succédé à son père, que les chanoines de Loches, pris d’un tardif scrupule en apparence, mais en réalité par vile flatterie, supplièrent le roi, qui, dauphin, avait g*iflé la favorite, de faire transférer le tombeau dans une chapelle latérale. Louis XI, toujours malicieux, parut les approuver et leur répondit : « J’y consens, mais il faut rendre auparavant tout ce que vous tenez de la générosité d’Agnès ». Les tonsurés, comprenant l’apologue, n’insistèrent plus, mais la race des sacrés peladés est tenace, et ils renouvelèrent leur demande sous les règnes suivants, jusqu’à Louis XV, qui écrivit en marge de leur requête: « Néant; laisser ce tombeau où il est ». Enfin Tabbé Baraudin obtint de Louis XVI, cette permission.
A la Révolution, ce mausolée fut détruit. Par la suite, on rassembla les débris, et le monument restauré fut placé dans la tour d’Agnès, au château de Loches L
1. Le général de division Pommereul, préfet d’Indre-et-Loire, fit ajouter deux nouvelles inscriptions, dont fune, quelque peu satirique, et l’autre, franchement « satyrique ». Voici la première :
Les chanoines de Loches, enrichis de ses dons, demandèren A Louis XI d’éloigner son tombeau de leur choeur.
J'y consens, dit-il, mais rendez la dot.
Le tombeau y resta.
Un archevêque de Tours, moins .iuste, le fit reléguer dans une