‹ L'art profane à l'égliseChapitre 23 sur 97 · TYROL · texte numérisé non relu

TYROL

\iENNE. R Eglise de la Cour. — Tombeau d’une archiduchesse, sœur de Joseph IL Un i^énie, les ailes repliées et appuyé sur un lion, pleure <( la Grandeur et la Beauté moissonnées dans leur fleur ». Sa nudité est al)solue, sauf une feuille de vig-ne qui l’accentue encore ; Ganova en a fait une sorte d’Amour adolescent a pleurant sa première défaite ».

2^^ Belvédère. — Peinture religieuse de Jean Van Eyk (1452) où le nu abonde : le sein droit de la Vierge tout entier est dévoilé, comme le torse du Bcimbino y a coté d’eux, Adam et Eve, en peau naturelle, grignotent la pomme fatale qu’ils tiennent d’une main, tandis que l’autre leur sert de pagne.

En visitant les églises viennoises, nous avons trouvé beaucoup d’ornements de mauvais goût, mais, pas la moindre nudité, à l’exception toutefois de celle, bien anodine, que nous venons de signaler. Dans cette ville ultra-catholique, la censure administrative v est très sévère, excessive même. Si la pudeur est une vertu chez la femme et son plus bel ornement, dans l’administration elle frise souvent le ridicule. Ainsi un correspondant du Temps raconte qu’en août 1907, les autorités préposées à la pudeur publique ont interdit à la devanture des libraires et papetiers toutes les nudités, mêmes artistiques ! Défense d’exhiber la Petite plisse de Rubens, ^ que tout le monde peut admirer, couleur en plus, au Musée, et les Filles de Leiicippe du même peintre !

1. V. nos Seins et V Allaitement dans l'Histoire, lig-. 13;i.

L’autorité viennoise entend sans doute marquer à Castor et Pollux sa désapprobation. Nous ne saurions le lui reprocher. Il est fâcheux seulement que Rubens soit atteint par contrecoup. 11 n’est pour rien dans l’acte luimême. Son rôle s’est borné à raconter, le plus loyalement qu’il a pu, ce déplorable attentat aux nnjeurs. Tout au plus pourrait-on lui reprocher d’avoir plaidé pour les divins ravisseurs les circonstances atténuantes, par la manière dont il a exposé le corps du délit... Après tout, cette aventure s’est terminée par un double mariage mythique. Voilà ce que les autorités viennoises ne devraient pas oublier.

Et cette toile appartient à la Pinacothèque de Munich, où elle est visible. Voilà donc le maître anversois et son modèle favori, Hélène Fourment, convaincus de pornographie ! Ces pudiques ronds de cuir viennois, ces fanfarons de vertu, émules de notre sot Sosthène de La Rochefoucauld, tiennent-ils tant a rappeler que les Austro-Hongrois ont du sang d Ostrogoth dans les veines? La pudeur et la chasteté sont des sentiments contre nature; ils n’ont été imaginés que par les laidrons : (,asla est quam nemo j'oçjavit (Celle qui est chaste est celle que personne n’a sollicitée), dit fort bien Bussy-Rabutin.

3® Saint-Etienne-.

Egra (Bohème). — Sur un chapiteau de cette église, les deux sexes exposent les organes réputés souverains contre les maléfices (lig. 75). Quelques esprits pointilleux et fervents de Pau delà assurent y reconnaître une audacieuse liguration de nos premiers parents, mais il est plus logique de rapprocher ces images chrétiennes des priapes, phallus et Shelah-na-Gig protecteurs reproduits sur les anciens édifices civils et relisrieux.

1. Bien que les yeux chassieux des chastes aient la berlue, nous avons expurgé à leur intention le réalisme trop criard de ces images religieuses.

-1. Le pavé de la cathédrale viennoise est jonché de tombes. A celle de l’empereur Frédéric II, sur son sceptre se lisent les cinq lettres initiales A. E. I. O. de la célèbre devise de la maison d’Autriche : Austriæ Est Imperare ürhi Universo.

Fig. 7â. — D’après von Ilamnicr- P ü rgs t al 1 , Eu ndcjr ii h e n des Orients, vol. VI. p. 20 L

A USTUU- HONGRIE — TYRüL

l)RixEN (Tyrol). — Misson a vu dans l’église de cette ville un tableau curieux : Jésus fait couler dans un grand bassin le sang de son côté, ouvert par la lance de Longin; la Vierge presse ses mamelles et le lait qui en jaillit tombe dans le même récipient. Le trop-plein s’écoule dans un second bassin et se perd au fond d un gouffre de flammes, où les âmes du Purgatoire des deux sexes, en bustes nus, « s’empressent à recevoir cette précieuse liqueur qui les console et les rafraîchit ».

Au bas de cette vieille peinture on lit une inscription, en latin de sacristie :

Dum finit e Christi benedicto Vulnere sanc/uis,

Et dum Virçjineum lac pia Virgo premit,

Lac finit et sanguis, sanguis conjungitnr et lac,

Et sit Fans vitæ, Fous et Origo boni.

(Tandis que le sang s’écoule de la blessure bénie du Christ et que la Vierge sainte presse son sein virginal, le lait et le sang jaillissent et se mélangent, et deviennent la Fontaine de vie, la Fontaine et la Source du bien ).

Trente h — Prague^.

1. Le même voyageur rapporte les deux derniers vers d’une épitaphe qu’il a lue dans l’église Saint-Marc. C’est une jeune femme débonnaire, Dorothée Tonna, qui s’adresse à son mari :

Inimalura péri ; xed la diulariiior, armos Vive jneos, Conjux optime, vive laos.

(Je suis morte prématurément; mais toi, mon excellent époux, vis plus longtemps, vis mes années, vis les tiennes.)

2. Entre les multiples statues qui ornent le pont de la Moldau, celle de saint Jean Népomucéne, le patron révéré de la Bohême, est l’objet d’un culte tout particulier. Tandis qu’il était aumônier de l’épouse de W'enceslas l’Ivrogne, cet alcoolique le tit précipiter dans le fleuve, parce qu’il refusa de violer le secret de la confession, en lui dénonçant les fautes dont la reine s’accusait. Hippolyte Durand a vu de pauvres gens s’agenouiller devant le saint et a remar([ué qu’ils se relevaient plus « sereins >» ...On le serait à moins.

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