‹ L'art profane à l'égliseChapitre 42 sur 97 · TA LT · texte numérisé non relu

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fut dévissé vers 1865. Quant à la Nui/^ Michel-Ange a été au-devant des (IcsidenUa des Pères la Pudeur transalpins en plaçant au bon endroit, comme sauvegarde de la chasteté des touristes, un hibou, l'oiseau consacré à Pallas, déesse de la sagesse.

La meme chapelle funéraire renferme une Madone inachevée, de Buonarroti (fig. 128); cette sublime ébauche est placée entre les patrons des Médicis, saint Cosnic (hg. 127) et saint Damien (lig 129). Au petit Jésus rien ne manque que la pudeur; sa posture est aussi forcée qu immodeste ; on peut le prendre, observe Alexandre Dumas, pour Bacchus, Apollon ou Hercule, comme sa mère pour Sémélé, Latone ou Alcmène. Le Bamhino est posé de telle façon quhl lui est bien difficile de saisir le sein de Marie sans risquer un torticolis et un détour de reins. Ce sans-gêne de Jésus est en rapport avec celui de sa mère qui ne craint pas de sortir sa mamelle en présence de deux saints, aux yeux indiscrètement fixés sur elles ; il est vrai que ce sont les patrons des médecins'.

9^^ San Marco. — Le Saint Sébastien de Fra Bartolomeo fut envoyé par les moines de ce couvent à François F^‘, grand amateur de chaii fiaiche, parce que les Florentines s Accusaient à confesse de contempler avec trop de concupiscence cette captivante académie. Vous rappelez-vous la genèse de ce chef-d’œuvre ? Après sa conversion, opérée par Savonarole, le Frate ne peignit que des sujets religieux, à personnages strictement drapés ; aussi Paccusa-t-on de ne pouvoir faire le nu. Son Saint Sébastien^ œuvre qui parle aux sens et ne jaillit pas de la foi% répondit à cette critique. Nul n Ignore que, chez les Romains, les criminels et les martyrs chrétiens étaient dépouillés de leurs vêtements avant de subir leur su23plice.

Fn raison de sa nudité, Sébastien est le saint préféré des artistes

1. L’Arc-(in, comme Golleoni à Venise, se décerna, par (estamenl, une statue oui lut placée dans le cloître de Saint-Laurent. ^

;< G est, dit Libri, un prcjni^c fort répandu que les j-rands artistes n’avaient si bien traite des mi, jets de dévotion que parce qu’ils étaient eux-mêmes éminemment relit;-ieux. » Xombrenx, en ellet, sont les exemples qui s’inscrivent en faux contre la dépendance de a loi et de l’art. Ainsi le Frate, moine dominicain, tout pieux qu d était a rarement pu e.xprimer le sentiment chrétien, tandis que le sceptique Giotto 1 irrclij.neux Pcruyin, le libertin Mariotto Albertinelli, etc., y réussissaient à mer’

A eillc. Giotto, qui vivait au milieu des moines d’Assise, les visait malicieusement dans sa chanson contre 1 hypocrisie des imposteurs ; elle se terminait par cette pointe <• eui adresse . « Va, ma chanson, si tu rencontres un de ces cafards parais à ses yeux pour le convertir, et, s’il résiste, sois assez hardie pour le confondre. »

et du public, en Italie ; chaque édifice religieux, chaque musée ou galerie, vous le savez, en possède au moins un.

Aux lunettes de la cour qui sert de vestibule figure Saint Philippe

Fig-. 130.

Benizzi donnant sa chemise à un lépi'eux nu, peint par Corne Rosselli.

10® Santa Maria del Carminé b — Chapelle Brancacci : Adam et Eve, que Raphaël copia servilement pour les loges du Vatican. Ces fresques de Masaccio — qui, à l’exemple du Giotto, s’est lancé dans le nu réel et animé, — sont de remarquables académies, poussées à un naturalisme saisissant.

Même chapelle : le jeune homme complètement nu qui vient d’être rappelé à la vie et occupe le milieu du tableau de Saint Pierre ressuscitant Eutychus (fig. 130) a été terminé par Filippo Lippi, sur l’esquisse laissée par Masaccio. L’anatomie des catéchumènes dévêtus de Saint Pierre baptisant, de ce dernier peintre, est surprenante d’exactitude ; le personnage grelottant de froid est universellement connu.

1. Boccace l'aiL rcncünLrer dans cette église, après la peste de 1348, les jeunes florentines qui se rendirent à la villa Palmieri, sur la route de Fiezole, pour se distraire en se racontant les Nouvelles du Décaméron, publié en 1352. L’auteur de cette œuvre licencieuse, mais puissante, a son tombeau dans Féglise de Santa Maria Novella de la même ville.

1 1° Santa Maria Novella. — Michel-Ange avait pour cette église une prédilection telle qu il l’appelait sa fiancée, son épouse — la sua sposa.

De vastes fresques des frères Orcagna décorent la chapelle des Strozzi. A gauche, le Jugement dernier^ au fond, le Paradis d’Andrea, à droite, les cercles de V Enfer dantesque par Bernardo. L’un des damnés est 1 huissier qui avait saisi les meubles du peintre ’ il est reconnaissable à « 1 exploit » piqué sur son bonnet.

Cette dernière composition est la moins bonne et la moins bien conservée des fresques ; il y a un pullulement de nudités qui sont détériorées par le temps et par l’humidité, au point d’être méconnaissables, et c est dommage, en raison de l’originalité et de l’imagination dune foule de détails amusants. On y voit des luxurieuses dévorées par des serpents et d'autres pécheresses avec la tête à l’envers ; représentation du moral par le physique qui justifie notre réflexion sur le manque de jugement du beau sexe : l’homme raisonne et la femme résonne, avec un accent aigu, très aigu.

Dans la Nativité de saint Jean-Baptiste par Cxhirlandajo, une nourrice (fîg. 131) offre le sein au futur précurseur. « L’artiste, dit le D^ Bouchacourt, a donné à la femme qui s'avance au-devant de faccouchée un ventre énorme et une attitude lordosique qui font penser à la grossesse. 11 s’agit sans doute d’un effet voulu d’o^Dposition. » La jeune dame en visite ne nous paraît pas enceinte ;

1 ampleur quelque peu exagérée de la moitié inférieure de son corps tient au vêtement lâche, sans manches, en étoffe épaisse et roide qui recouvre sa robe ; sa poitrine n’est pas celle d’une femme grosse, non plus que sa taille qui est fine, à en juger par la convergence de la ligne nettement tracée du corsage (fig. 132). Quant à la lordose nous ne la remarquons pas : la tête est bien dans l’axe de la base de sustentation. Le personnage qui pourrait donner lieu à cette méprise serait plutôt la servante, chargée de fruits, avec sa jupe bouffante (fig. 133). ^

Une fresque du sanctuaire, la Visitation^ reproduirait le portrait

profane, mais charmant, de la belle Ginevra de Benci, à ses dix-huit printemps.

Au fond du chœur au-dessous d’une fenêtre dominée par le ouronnement de la Vierge, on reconnaît aussi les portraits de Jean

l’art profane a l’éomse

Tornabuoni et de sa jeune épouse, Francesca Pilli, morte en couches à la suite d’une opération césarienne. Un important bas-reliet en

Fig-. 131.

Fig. 132.

Fis-. 133.

marbre au Bargello de Florence (%. 134), par Verrochio, perpétue le souvenir de ce dramatique événement. Une servante près de l’ag-onisante s’arrache les cheveux de désespoir, il ne lui en reste plus sur le sommet du crâne ; la nourrice assise à ses pieds en a complètement perdu la tête, mais nous la lui avons restituée.

Les deux cloîtres attenant à Fég'lise {Chiostro verde et Chriostro grande) ainsi que la chapelle des Espag“iiols sont ornés de fresques mutilées par le temps. Elles sont consacrées à la g'iorifîcation de saint Dominique et de sa secte: les Dominicains [doinini canes) symbolisés sous forme de chiens en lutte victorieuse avec des loups hérétiques.

C’est une multitude extraordinaire de personnages sacrés et prolanes, le Christ, les Apôtres, les Docteurs, le Pape, l’Empereur, les Sciences

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