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Un mois en Italie

s'échappe une gerbe de feu; sa mamelle gauche, à laquelle puise un orphelin avide, sort d’une fente de son corsage décemment fermé au col. D’une main, cette bonne mère adoptive aide son nourrisson à

vider son sein, et, de l'autre, elle lève un cœur enflammé. C'est bien la Charité chrétienne qui, seule, associe l'amour maternel à l'amour universel.

Au même tabernacle, V Incrédulité de saint Thomas groupe en marbre par Andrea del Verocchio (fîg. 136) ; le Christ montre la cicatrice de sa plaie à l’incrédule apôtre, et, à travers une fente de sa tunique, comme la Vertu précitée, il découvre un sein aussi développé que celui d'une femme.

13° San Spirito. — Sacristie. Les chapiteaux de l’autel sont historiés par Antonio Pollajuolo de quatre hommes nus, d’une anatomie parfaite, traînant des guirlandes.

Chaque accotoir des stalles du chœur est orné à son sommet du même motif fantaisiste : un buste nu chargé d’une formidable paire de mamelles (lig. 136 bis).

14° Santa Trinita. — Saint Barthélemy en peinture, sans la moindre étolFe sur le corps, s’apprête à être disséqué vif par quatre bourreaux transformés en carabins, armés de scalpels et de cisailles.

Les org'anes sexuels ont déjà disparu. G est une façon comme une autre de les voiler, par respect pour la pudeur alarmée ; pourtant

des touffes pileuses sont encore visibles au pubis.

Sur un autel de marbre blanc se dresse une statue en bois de Marie-Madeleine ^ par Desid. da Settig-nano (fig. 137); l’ex-enjôleuse n’a plus rien de la femme. Elle tient à la main le vase de parfums qui la distingue de son émule, Marie l’Egyp-

ifia uii. r

Fia-. 137.

Fi^. 138.

tienne, autre fille publique devenue pudique. Comme pour cette dernière entôleuse, ses cheveux lui servent de robe; un cordon enserre sa taille et dessine un corsage et une jupe, mais sans autres ondulations que celles de son .système capillaire.

15° Musée Uffîzi. — Arrêtons-nous devant deux tableaux d’église : la Deseente du Sauveur aux Limbes^ par A. Bronzino, délicieuse

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composition où le Christ donne le ton de la nudité, et la Vier(jc dans sa gloire (%. 138), avec une sainte Madeleine dénudée qui pourrait bien être le portrait de la donatrice de cet ex-voto, commandé à Carlo Caliari. Pourquoi tant de figures nues, se demande M. Romain- Roland ? Vasari va lui répondre .* « per monstrarc maggiormenie , Varie sua essere grandissima ».

Sous forme de borne, un priape colossal en marbre blanc, d’un mètre de hauteur sur 0.30 cent, de diamètre, se dissimule dans le coin d une des salles. De Lalande raconte que, vers 1730, on en trouva quatorze, de toutes dimensions, dans les fouilles d’un couvent de religieuses. « Les mauvais plaisans, ajoute le narrateur, disoient que ces bonnes Dames ne pouvoient trouver une plus belle occasion de planter des bornes autour du couvent. »

En mémoire de la religion des païens, citons une Baechanale (n® 210) attribuée à Rubens, où s’afïiche, au milieu des prêtresses qui célèbrent les mystères de Dionysos, un membre actif de la nombreuse famille flamande des Maaneken-Pis.

lO^" Palais PittiL

17® Académia des Beaux-Arts. — Gabriele Castagnola a fixé sur la toile les amours de Filippo Lippi et de la monaca Bail (fig. 139); il en a été longuement question dans nos Seins à V église.

Fiesole. 1® Couvent de la Badia. — Les murs du réfectoire ont été couverts de fresques grotesques par Jean da San Giovanni.

2® San Ansano. — En 1795, cette église fut achetée par le chanoine Bandini, qui la convertit en Musée et la légua à la commune de Fiesole. Elle donne asile maintenant au Triomphe de V Amour et au Triomphe de la Chasteté :

Sur un socle doré placé à l’arrière d’un char, la Chasteté debout, vêtue

1. La Madone de Raphaël, dite du Grand-Duc, parce que Ferdinand III, duc de Toscane, s’en rendit acquéreur, était un objet de vénération de sa part ; elle l’accompag-nait dans tous ses voyages. Présentement, elle est placée au même palais dans la chambre à coucher du Grand-Duc. « La duchesse actuelle, dit un auteur en 1862, attribue à son intercession la naissance du prince héritier. » De même que notre superstitieuse impératrice Eugénie attribuait celle du Prince impérial à une méchante statue de la Vierge d’un couvent de religieuses, à Saint-Mandé,

crime robe de bure semée de cbardoiis d’or, tient une palme. A ses pieds, Im’os est euebaîué par deux femmes, taudis cpi’une troisième bande sou arc et qu'une ipiatrième accourt apportant d’autres liens. Au char sont

attelées les licornes symboliques de la pureté, conduites par des femmes à peine voilées de tuniques transparentes que soulève le vent ; l’une d’elles marche en avant avec la bannière de la pureté, une hermine détachée sur un fond rouge.

Foligni. Cathédrale. — Parmi les corps momifiés, comme ceux de 1 ég-lise Saint-Michel de Bordeaux et ceux du vestibule de Saint- Nicolas à Toulouse, on en exhibe un qui porte f étiquette de sainte Messaline et évoque à l’esprit le souvenir de la reine Claude, qui aima trop les prunes-Monsieur et en mourut.

Gaete. Cathédrale Saint-Erasme. — Le Musée de Naples possède un vase en marbre, « dans lequel on pourroit mettre quelques tonneaux d eau » et sur lequel l’Athénien Scalpion a sculpté V Education de Bacchus (fig. 140). Longtemps ce vase a servi de fonts

l’art profan K A l’fOLISE

baptismaux dans la cathédrale de Gaète. En 1071, le marquis de

Fig.

Seignelay signale au même endroit la présence de cette cuve païenne et de Lalande en donne la description :

G est un vase porté par quatre lions de marbre avec bas-reliefs représentant Ino, femme d’Athamas, roi de Thèbes, qui cache un de ses enfants dans son sein pour le garantir de la fureur d’Athamas, tandis que des Faunes, des Satyres et des Bacchantes dansent autour d’elle.

Cet enfant n est autre que « le petit Bacchus, tout frais émoulu de la cuisse de Jupiter » et qui est remis par Mercure à Ino.

Le même voyageur note, en face de l’autel du Saint-Sacrement, un monument symbolique, encore d'origine païenne, qui paraît se rapporter à Esculape.

C’est la statue de marbre d’un vieillard, qui met le pieds sur un petit chien ; sous le chien, il y a une teste de mort ; un serpent dont la queue est posée sur le chien, s’entortille entre les jambes du vieillard et s’appuye sur la teste de ce vieillard, lequel a un aij^le sur la sienne.

Garignano. — La Chartreuse est intéressante parles fresques de Daniel Grespi, qui ont trait à la vie de saint Bruno. L’un de ces chefsd œuvre montre, dans la première lunette à droite, le docteur Didier, de Paris, sortant de son cercueil ; il annonce à ceux qui prient pour lui sa propre damnation : Justo judicio damnatus sum. Sans doute pour avoir exercé sa coupable industrie.

Gênes. — Un voyag-eur vertueux, M. Bordes, dans une lettre en prose et en vers datée du 30 août 1 755, se plaint qu’à Gênes partout où il passe « en ville, à la campagne, dans les édifices publics ou privés, civils ou religieux », il vit dans une atmosphère d’impudicité..., (( le pauvre homme » !

La chaleur du climat répand ici un air de nudité auquel ma pudeur a peine à s’accoutumer; statues, peintures, jusqu’aux pieds des autels, semblent etre dessinées par 1 Arétin. Ils ont rendu la nature comme ils la voyoïent : elle est presque sans voiles, surtout dans les campagnes.

Sur ces bords règne la nature,

Dans son antique pureté.

Sans corset, jupon ni chaussure.

Du beau sexe, pendant l’été,

Une simple chemise est l’unique parure.

Sous ce tissu grossier, flottent à l’aventure.

Au gré d’un zéphir désœuvré,

Qui, je crois, très peu s’en soucie.

Deux tétons tremblants, ballottants.

Qu’à leur libre arbitre on confie,

Vont sans cesse s’entre-choquant.

La très exacte modestie,

Sur la ceinture étend un tablier Qu’elle laisse, il est vrai, tailler Par les mains de l’économie.

Ainsi, sans atours superflus,

Tout semblable à celui des ondes.

On les voit promener le flux et le reflux De leurs fesses vagabondes.

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Ne nous étonnons donc pas si, dans un milieu aussi libre, nous

rencontrons encore des documents échappés à la vig-ilance des censures ecclésiastiques qui en ont tant détruit depuis le Concile de Trente. A Gênes, les églises sont ornées avec soin, sinon avec goût; elles ressemblent plutôt à des boudoirs qu’à des sanctuaires. Partout, des adolescents sculptés ou peints, parce qu’ils ont des ailes dans le dos, se croient autorisés à montrer ce qui se cache en bonne compagnie.

1® San Ambrogio. — C'est l’église des Jésuites ; elle est décorée à l’excès comme toutes celles du même ordre :

Ce ne sont que festons, ce ne sont qu’astragales.

On ne voit sur les frises que des amours d’anges, de grande taille et du sexe féminin, à en juger par le développement de leur poitrine ; mais ils sont d’ordre décoratif, les ailes leur servent de bras et le corps se termine en gracieuses arabesques. Un groupe de quatre grands séraphins en pied sont préposés à la garde de la chapelle du fond. Cette orgie d'ornementation nuit au caractère religieux de l’édihce. Non loin de là, une Charité chrétienne (üg. 141), se tient debout et porte un orphelin sur le bras droit. Les seins sont nus, selon la tradition italienne, et un cœur est sculpté au-dessous de la mamelle «•auclie: ce viscère svmbolise la bonté. De sa main

libre, elle prend celle d'un second enfant nu, c{u’elle dirige et protège.

2*^ San Lorenzo. — La façade se compose d’assises alternatives de marbre noir et blanc qui rappellent les raies de 1 instrument de supplice du patron de cette cathédrale. Au tympan du principal portail, le martyr est figuré dans une nudité complète, couché sur un gril et placé de champ, face au public, pour mieux se montrer. C’est dans un pareil costume qu’une composition de Baccio Bandinelli représente le saint et ses bourreaux (fig. 142). La draperie

dont on ratrul)lo ordinairement est d’ailleurs superflue, puisque le feu commence son œuvre destructive par elle.

La partie su|)érieure d’un des pieds droits de ce portail est occupé

Fig:. 142.

par un groupe allég-orique assez sing-ulier : une reine assise, lEfflise^ au port majestueux, couronnée d’un diadème et le torse nu, presse contre ses seins gonflés de lait la Bible et l’Evangile, sous la figure de deux vieillards barbus qui s’y rassasient en conscience et les saisissent à pleines mains (fîg. 143).

L’entrée de la chapelle de saint Jean-Baptiste qui renferme les reliques du Précurseur est formellement interdite aux femmes, en souvenir d’une de leurs semblables qui demanda sa mort. Seule, Eve, accompagnée d Adam, y est admise, mais en marbre. Matteo Livitali a fait de la première femme désobéissante et gourmande une séduisante Vénus de Médicis, grassouillette et rondelette, qui tient, comme la divinité païenne, une main sur l’un de ses seins, et 1 autre main, mais munie de la leuille de vigne réglementaire, sur la région pubienne.

Chapelle Saint-Pierre. — Du côté droit de l’autel, un bas-reliel en marbre ciselé, par Guillaume délia Porta (1532), symbolise la Eoi par deux femmes au sein découvert, qui ont le bras levé à la façon de.« Bacchantes et semblent esquisser un pas de deux. Elles

l’art profan i<: a l'église

sont séparées par un couple d’amours ou de génies qui s’accoudent sur une tête de mort surmontée d’un sablier et d’une croix ailée b

d"" Santa Maria in Garignano. —

A l’intérieur de cette réduction de Saint-Pierre de Rome telle que l’avaient conçue Bramante et Michel- Ange^ au-dessus du portail on a accroché un vaste tableau allégorique dont il nous a été impossible de connaître ni le sujet, ni le peintre : dans le charabia du sacristain nous avons cru entendre Finale^ la Fin^ le Jugement deniier ? Mais, vraisemblablement, il s’agit de la Chute des anges rebelles ou de la Descente de Jésus aux limbes. Quoi qu’il en soit, cette page magistrale est animée d’une multitude de nudités au milieu desquelles évolue le Christ.

Des quatre colossales statues en marbre d’un seul bloc qui s’adossent aux piliers de la coupole, deux surtout nous intéressent : le Saint Barthélemy de David, aux chairs pantelantes, absolument nu et défaillant au pied d’un arbre où sa main droite est liée, et le

Fiii'. 14:l

1. Ou conserve précieusemeiiL dans la sacristie le bassin d’émeraude on mieux de verre qui aurait lait partie des présents oll'erts à Salomon par la reine de Saba ; nai>uère, il ne l'allait rien moins ([n’un décret dn Sénat pour contempler cette l'ameuse mystification mystique. « C’était l’arche sainte des dévots et des dévotes du pays où florissait le siffisbe ou patito^ ou encore « l’ami de la maison », comme l’écrit le marn ais rimailleur A. M(.)ntemont, en 18:27.

De la scandaleuse chronique S’il fallait croire les récits,

Cette iirécieuse relique,

Sur la fidélité dont la femme se pique,

A ilétrompé bien des maris.

Qui furent bien marris.

L’authenticité de ce Sncro Catiiio n’est pas mieux établie que celle dn vase d'albâtre qui passait à l’abbaye de Port-Uoyal pour avoir servi aux noces de Gana,..rd ; le premier aurait aussi servi à noire Sci^’iieur pour la Cène.

Autre curiosité de nature toute spéciale, fort ajipréciée dans la haute S(3ciété de nos voisins d’outre-lleins. L’église métropolitaine de Saint-Laurent renferme la sépulture de Jac([ues Bonfadio, littérateur, qui occiqmit une chaire de philosophie et fut condamné an l)ùcher, en 15.^!). jmur vice a largo.

If ALI Ë

Siünf Scimsticn de Piiget, ligoté aussi à un arbre et cachant à peine ce qu’il convient avec une loque insulïîsante (fig. 144)b

Fi«-. 144.

Fiff. 145.

des suffrag-es. Les figures d'Adam (tig. 147), par Orengo, et d’Eve (fig. 146), par Villa, offrent des parti-

1. Pour Irailcr lo même sujet (fiR. 145), Coudray sest manilestement insnir,’. d„

l'akt l'KOi^'ANi-: A i/k(;lisi:

ciilarités curieuses : la suppression de la cicatrice onihilicale et la substitution des feuilles de bananier aux teuilles de vi^ne, en i^uise

de pagne. Il est rare de rencontrer le premier couple humain aussi expressif de geste et d'attitude. L'un, vigoureux, mais triste et songeur, furieux de son sort, s’appuie sur une sorte d’alpenstock et murmure : « Seulement par ma faute, ici règne la mort ». L'autre, gracieuse et inconsciente de son péché originel, est toute prête à recommencer; car la femme peut être bourrelée de coton ou de crin, mais jamais de remords.

On osl attiré à la sépulture i,»-roupe poi«-uaiit, en marbre

de la famille Goniiig-i Repello par un ; c'est le portrait d’une jeune mère

hurlant de douleur à la j>ensée qu’il lui faut abandonner son nouveau-né pendu à son sein.

Le thème de la décoration du monument Celle, le Drame éternel (hg. 148), n’est pas moins saisissant. La Mort, spectre terrible et

1. Il suffît de supprimer sur la figure le voile transparent de la Vie pour reconstituer le modèle primitif.

rigide, attire k elle la Vie^ resplendissante de jeunesse et de beauté. L’antithèse est frappante; déjà le squelette inexorable enveloppe sa proie du linceul dont elle est vêtue. Le sculpteur Monteverde modela tout d’abord son éloquente allégorie, en laissant nue l’exquise ligure de la Vie ; mais la famille pria l’artiste de modifier sa conception première et d’atténuer sa nudité. Le statuaire accéda k ce désir pudique et drapa le modèle définitif de sa vivante poésie. Cet admirable groupe en bronze se détache sur une plaque en marbre jaune de Sienne, au-dessus d’une urne de marbre rouge très rare.

San Gbiiniano. Saint- Augustin. — Rien de plus admirable que la fresque où la Vierge écarte son manteau et ouvre son corsage pour faire contempler la chaste splendeur de ses seins nus. C’est d’ailleurs la seule peinture où la « reine des anges » exhibe ainsi sa poitrine entière L « Le Dante s’agenouilla devant elle, dit Jean de Bonnefon, et la piété d’un Dante vaut celle d’un sacristain ».

Le D"* Van de Lanoitte signale k la Galerie Brera de Milan une composition analogue : « Une Madone^ par Cesare da Sesto, représente Jésus pressant les deux seins de la Vierge entre ses mains; les pommes de vie sont k nu dans la tunique entr’ouverte, Jésus regarde du côté du spectateur. »

Guigliano-. — Lecce. San-Oronzo^ — Lom. Cathédrale ^

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