‹ L'art profane à l'égliseChapitre 45 sur 97 · V. Les Seins à iluflise · texte numérisé non relu

V. Les Seins à iluflise

2. En Campanie, on célèbre la lëte populaire dn « Vol des anyes ». Un câble en 1er est tendu entre le clocher et une haute maison voisine ; des enfants nus, munis d’ailes, sont attachés au lil conducteur à l’aide d’une poulie et ils traversent ainsi l’espace, en glissant à une trentaine de mètres de hauteur.

3. Ce martyr sous Néron est, d’après Jean llatzfeld, un saint des plus susceptibles; il punit sévèrement ceux qui essaient de se soustraire à sa tutelle. Une dame Lucrezia était accouchée d’un garçon ; elle refusa de l’appeler Oronzo ; c’était, disaitelle, un nom d’âne (ronzino) et non d’homme. Toute la nuit l’enfant pleura comme s’il soulTrait d’un mal invisible ; le lendemain, sa mère s’approcha du berceau et s’aperçut avec stupeur evolutis ejus pannis, que le garçon était dévirilisé et transformé en fille ; si bien que pour lui avoir refusé le nom d’Oronzo elle dut lui donner celui de Iloza. La vengeance du saint fut encore plus terrible : la fillette mourut trois jours après. Nos saints en France sont plus pitoyables envers les enfantelets : Nicolas en ressuscita trois qui avaient été coupés en morceaux et salés par le méchant aubergiste.

4. On monti’e ou du moins on montrait une maison, la chambre et même le lit, on une belle boulangère mit dans le pétrin pour le reste de ses jours notre galant François Vers 1764, cette maison était encore habitée par un boulanger et

Lorette. Santa Casa. — Cette ég-lise possède plus de trois cents vases décorés par RaphaëC et confectionnés pour le duc d’Urbain, qui en lit don a la pharmacie de la Santa Casa ; les sujets de ces peintures sont empruntés aux lég-endes bibliques et mythiques.

Dans le nombre, dit Kotzebiie, il y en a qui me paraissent très équivoques et que je ne crois pas avoir été traitées par Raphaël : par exemple,

1 union d Europe avec le Taureau, qui est dans le fait une peinture très lascive.il y a aussi une Vénus sans voile et d’autres qui sont peintes d’une manière si peu décente que je m’étonne que la Sainte Vierg^e n’ait pas jeté ce présent à la tête de celui qui le lui faisait.

Entre autres ex-voto de prix adressés à la Madone, l’auteur d’un Voyage en Italie (1698) s étend sur la description d'un ange en or,

« lequel tient un cœur plus gros qu un œuf, tout couvert de diamants- ».

occupait un angle de la place de l’ég-lise. C’est le cas de reprendre en chœur le couplet parodié de Rlgoletto :

Souvent femme avarie,

Bien fol est qui s’y fie I

1. Ces vases de lapothicairerie ne sont pas du peintre d’Url3in mais de Tadeo Zuccan ou d un Raphaël Ciarla.

2 « Le Jesmte Anglois qui nous a conduits, nous a appris que c'estoit un présent de la reine d Angleterre. Ce R. P. nous a dit aussi une grande nouvelle dont vous deviez bien, ce me semble, nous mander quelque chose. Il assure que cette princesse est grosse et il ajoute qu’on ne peut pas douter que ce ne soit par miracle puisque on a calculé que l’instant niesmc auquel le présent est entré, a esté le moment heureux auquel elle a conçu.

« Voici des vers qu’il a faits sur cela, et dont il a bien voulu me donner copie II introduit 1 Ange parlant à la Madone, et la Madone liiy répondant.

Aoiis lien reproduirons que la traduction:

(L Ange). Bien vous soit, puissante Madone. Vous voyez un Ange du Ciel, qui vient vous nré enter une Iree humble rcquesle. Mario, Reine d Angletcrro, est dans une al tic o Inc^v

'n vous supplie d’aorel; le ,r!b

rit • M qn ebe \ous adresse. Soyez toucli(*e de compassion pour Elle ù Sainte et

néSÏÏes puisfll conjure, (pic ses entrailles altén-es et un peu

tosds^elon son soui.ït rT"‘ arrosées, afin quelle conçoive, et qu Klle engendre bi«n-

iVbien des F aïs bH ( seulement pour sa consolation, mais aussi pour

pœsentemenVchancheliante mi Catholique qui est

(La Madone.) Oui-da, <:her Gabriel, j’accepte volontiers le pnîsent de la Beinc d’\nHeterre

te le promets.' Au moment q^ je tfiS là

(I ’ \ f * Vr ^/"tirasse Marie, Marie embrasse Jaques et Marie conçoit. ' '

(L Ange). Mais, o benigne Madone, c’est un Fils que la Heine demande à Votre Majesti- céleste • car 11 y a d,-., a deux Filles du Boy qui sont capables d’hériter : (la Ihances^. (ro -an., Princesse de Danemark). Accordez donc un Fils au vœux de Marie. ^

( a adone). Oui, mon Entant, la Heine aura un Fils. Croi-mov, l'alTairc est di'-ia faite heureux Heritier sera l’honneur et l’appuy de la Couronne et de la iVeligion. A^bml ;'vad

1 at' ^ jej e inexprimable ! ô sujet d’éternelles acclamations' La BEINF MAnirr

la Heine Marie. O bonheur ! ô félicité ! Alleluïah ! Alleluïah ! Alleluïah !

Cet -en en

l’aKT PHOFANK a l/ÉflI.lSF

A midi, l’église est close et les pèlerins qui arrivent après la fermeture en sont réduits à rendre leur liommage aux portes en bronze

Fig-. 149.

massif. Le panneau inférieur qui est à la portée de ceux qui sont à genoux, représente en haut-relief le meurtre d’Abel. Son corps étendu est « absolument nud » et sa partie antérieure est en saillie des deux tiers, mais, à force de baisers fervents, elle est presque effacée, la région pénienne comprise.

Lucques. San Martine. — A l’autel de saint Régule figure un important bas-relief, de la fin du xv® siècle, qui représente le Martyre de saint Sébastien (fig. 149). Le supplicié est complètement nu, malgré la présence d’une spectatrice en marbre et des fidèles en chair et en os.

11 existe dans la nef une statue du même saint par Givitali ; cette figure marmoréenne, à intention pudique, porte un suspensoir qui accuse les formes (fig. 150), et comme toujours le remède est pire que le mal.

Le soubassement du tombeau d’Haria del Carreto est entouré d’une chaîne de cupidons reliés par des guirlandes de fruits et de fleurs ; l’un d’eux se distingue par son sans-gêne : il relève la draperie destinée à cacher sa nudité principale (fig. 151).

On est encore surpris de rencontrer dans un édifice religieux un sarcophage où Bacchus, sous la conduite de l’Amour, est traîné sur un char par des centaures, et suivi d’une joyeuse escorte de faunes

et (le hacchantes : toiicliant accord du pag’anisine et du cliristianislue. N'avous-nous pas à Milan l'ég-lise Saint-Satyre?

Cl()turons notre inventaire par une Crucifixion d’où Nicodèine a exclu toute nudité, à l’exception des mains et du visage, les pieds eux-mémes ont des chaussures et le corps est recouvert d’une ample robe de chambre, avec sa

Fig. 150.

Fig. 151.

Fig. 15i\

cordelière (fîg. 152). Cette peinture, bizarre jiar son excès de pudicité, orne la chapelle du Volto Santo.

Maxtoue. 1® Santa Barbara. — Son trésor possède un bassin d’argent attribué à l’interverti Benvenuto Gellini ; sainte Barbe occupe le centre et est entourée de voluptueuses ciselures célébrant les noces d’Amphitrite.

2® Saint-Maurice. — Cette église qui, par courtisannerie, substitua, pendant quelques années, à son vocable celui de Napoléon, montra plus de goût dans le choix de ses peintures. On y remarque surtout une Annonciation de Louis Carrache : « l’ange, observe Valéry, a toutefois un certain air malin, et presque peu décent, qui étonne chez ce grand maître ».

Milan. Le Dôme. — Extérieur. — Au milieu du fouillis luxuriant et luxurieux des sculptures qui décorent la façade de cette gigantesque concrétion de stalactites », de ce « glacier aux milles

l’art profane a i/église

aiguilles », de cette « montagne de marbre taillée à jour », sur \a porta ma(j(jiorc^ Eve à sa naissance, du sculpteur Vismara flig. 155), se distingue par ses formes admirablement modelées. Non loin d’elle, l'impudique Putiphar de Barthélemy llibossi, choque les hiles d’Albion elFarées par le négligé de sa toilette, aussi bien que par la poitrine monstrueuse de la suivante de Judith. Que d’outrages à la pudeur dans ces fioritures bibliques.

Un détail de sculpture de la même porte montre une Lamie (hg. 153 bis) au buste robuste

Et du plus friand embonpoint.

Au-dessus de la cimaise, des cariatides herculéennes (fig. 154) posent pour le torse, comme en un temple païen, et ne supportent que de maigres pilastres.

Fig-. lo3.

Fig. lo3 his.

Parmi le monde de statues — on en compte 6716 — qui peuplent l’extérieur de la cathédrale, et dont plusieurs sont dignes de figurer dans un musée, deux couples à' Adam et Eve, dus au ciseau de Christophe Solari, un maître de la Renaissance, dominent les sacristies. « Eve, dit Théophile Gautier, est d’une grâce charmante et sensuelle, qui étonne un peu dans un pareil endroit. Du reste, elle est fort belle, et les oiseaux du ciel ne paraissent nullement scandalisés de son vêtement paradisiaque. »

Saint Georges casqué (fîg‘. 155) porte la lance crucifère et plane clans Tair [clnuisa dcl GiKjliollo Omodco) en tenue un peu cavalière.

Ne cjuittons pas le faîte du demie hérissé de sa myriade de flèches empalant autant de statues sans caresser du regard une charmante gargouille façonnée en (( sirène » (fîg. 15(i).

Autres i a c/ont de puceles Testes et cors dusqii’à nuimelles.

Fiü-. 154.

ditl Image du monde; la nôtre porte une conque marine par laquelle s’écoulent les eaux pluviales.

Signalons, enfin, sur les contreforts des bas-côtés et de l’abside quelques-unes de ces innombrables statues qui se distinguent par leurs contorsions extravagantes, leur nudité ou leurs attitudes provocantes. Tels, un Milon de Crotone dans la pose classique bien connue; des suppliciés pendus par les mains ou par les pieds et puis « des jeunes filles court vêtues, dit A. Lance, qui sourient aux passants; des vierges folles du xvii'^ siècle, dont la robe chiffonnée se relève à point pour laisser voir à tout le monde le bas d une jambe qu elle devrait cacher dans un tel lieu )).

l’art profane a l/ÉflLlSE

Intérieur. — Entre le premier et le second pilier de gauche, en 1880, étaient placés les fonts où s’administrait le baptême selon le rit ambroisien, c'est-à-dire par l’immersion de la tête de l’enfant. La cuve est une antique baignoire qui provient des thermes de Maximien. Des ligures de plâtre y ont été ajoutées pour augmenter la pompe d’une cérémonie de baptême, et ont longtemps contribué à accuser le caractère profane de cet accessoire liturgique.

Transept, bras droit. La statue « toute robée » de Saint Barthélemy (fig. 157), sous l’aspect d’un écorché qui se drape

Fig-. 156.

dans sa peau, porte ce vers prétentieux sur le piédestal :

Non me Praxitèles, sed Marcus fînxit Agratus

(Ce n’est point Praxitèles, mais Marco Agrati qui m'a sculpté); réflexion vaniteuse qui jure dans l’église d’un saint dont la devise était H U militas et que rend superflue la médiocrité d’une œuvre dont la place est mieux indiquée dans un amphithéâtre d’école de médecine.

De superbes bas-reliefs enjolivent le pourtour du chœur. Celui qui nous a le plus frappé est la Descente de Croix à cause du torse nu de Marie-Madeleine et surtout du volume des seins que l’opulente chevelure de la pécheresse caresse de ses mèches soyeuses, sans parvenir à les recouvrir. Le nombre est assez considérable de Madeleines repenties pourvues de mamelles aussi puissantes ; ces organes semblent n’avoir pas soullert des privations et mortifications de la vie ascétique. Cette image marmoréenne, très attirante, mais peu conforme à la réalité, nous remet en mémoire un passage des

Fig. 157.

sermons du llbre-prêcheiir Micliel Menot sur celte sainte qu'il tlépeint <( demi-nue, quasi nuda, n’avant que son corset ou sa cotte simple, et léchant les pieds du Christ, comme une chienne, ut ca nie U la ».

Tombeau de saint Pierre, martyr (1338). Une Charité ollre son sein g-auche à un marmot; un autre bambin qui vient de s’y rassasier le caresse de la joue et de la main.

Arrêt facultatif: le sarcophag-e de saint Charles Borromée est gardé par deux douzaines d’angelots nus et autant de cariatides des deux sexes, en gaine, les hommes pourvus de leurs attributs virils et les femmes ornées de leurs seins. La devise de l’illustre prélat est semée sur les murs de son sanctuaire souterrain et contraste avec la richesse des habits pontificaux, enrichis de pierreries, qui enveloppent le cadavre de l’archevêque dont la tête mitrée repose sur un coussin d’or, dans un sarcophage de cristal de roche.

Arrêt obligatoire : contemplons l un des plus beaux monuments sculpturaux de Milan — Michel-Ange en a conçu le dessin — le mausolée de Médicis dit Medichino, oncle de S. Charles Borromée (fig. 158). Aux côtés du guerrier sont assis V Héroïsme militaire et la Paix^ le torse nu ; la corniche supporte la Prudence et la Renommée^ drapées.

Près de la sacristie, dans l’obscurité de la galerie, on a peine à distinguer une effigie de la Vierge dite del Parto (des accouchements) ; elle est invoquée par les Italiennes prolifiques ou qui aspirent à le devenir, « dont le nombre y est quelquefois assez considérable », assure Ferd. Artaria. Dans la mvtholoffie chrétienne,

cette Madone joue le rôle de Lucine et protège les femmes en couches. En Calabre, à Monte Giordano, par exemple, elle serait sans emploi: les accouchements s’y effectuent tiito.cito et juciinde, à en croire un dicton populaire qui avait cours en 1785 : « Une servante calabraise aime mieux accoucher que faire sa lessive » .

Fauteur d'Un mois en Italie^ s’apprêtant à faire l’ascension du Dôme, est surpris de lire dès les premières marches des inscriptions officielles inspirées par les mauvaises habitudes du pays :

« Son pregali, per ordine superiore, di non... nè sporcare, nelle « scale », ou bien encore : « è vietaLo spandere acqiia »... Pas n’est besoin de dictionnaire pour traduire cela. Il est juste d’ajouter qu’il y a

l’art profane a l’église

environ cinq cents marches à p^ravir, et que toute patience a des bornes. L’avertissement, répété de palier en palier, n’est pas sans motif, car je me rappelle les choses blessantes pour la vue et pour l’odorat, qui constellent les marches du Campanile de Venise. A la cathédrale de Milan, des cabinets ad hoc, placés de distance en distance, enlèvent toute excuse aux contrevenants.

En raison de l’obscurité des nefs, le même avis pourrait être affiché sur les piliers, si nous en croyons Alphonse Karr (1877) :

Pendant qu’on dit la messe à un autel, bien loin de là, dans les autres parties de l’église, on se promène, on cause, on rit. J’ai vu, de mes yeux vu, une mère portant un petit enfant qui pleurait, mettre son enfant, accroupi, derrière une des cinquante-deux énormes colonnes de granit gris et rose, qui soutiennent la voûte et le relever soulagé... 11 y avait si loin pour sortir. J’ai vu une autre mère calmer les cris de son enfant, en se dégralfant le corsage et en se tenant debout, car les sièges manquent.

Sant’Ambrogio. — Sur la petite porte du clocher de cette basilique, un bas-relief antique reproduit une Bacchanale enfantine (pl. VI, fig. 15d, 160). Près du chœur, une plaque de marbre romain porte la sculpture à’ Hercule, tenant un lionceau par la queue

(fig. 161)'.

D’autres figurines profanes de satyres et de nymphes vêtues de Pair du temps concourent à l’ornementation de divers pilastres et de sépultures, entre autres celle de Pietro Gandido Decembrio (xv® siècle).

Un serpent d’airain qui s’enroule autour d’une colonne de marbre, placée dans le chœur, a donné lieu, d’après l’auteur des Délices d' Italie, à des interprétations variées : « Les uns veulent que ce soit une figure du serpent d’Esculape ; d’autres prétendent que c’est le serpent que Moyse éleva dans le désert. Et ce qu’il y a de plus fâcheux en cela, c’est la coutume superstitieuse que les nourrices delà ville ont d’y porter leurs enfants malades, le Mardi de Pâques. » Ce reptile a-t-il quelque rapport avec le dragon infernal, figuré sur les sceaux de saint Ambroise (fig. 163) et qui engloutit les pécheurs après leur mort, tandis que de leur vivant ceux-ci subissent la peine du fouet, l’arme de combat de l’archevêque (fig. 162)? C’est

1. Tirées de JÏfo /lumen deW irnp. R. Basilica di Sa.nt’Ambi'ogio, in Milano, (1824), par le doct. G. Ferrario.

Planche \'T.

ITAI.IE

rima^e du régime pénitentiaire de la religion catholique, qui règne par la terreur des foudres de l’Eglise et celles des flammes de

Fig.'158.

l’Enfer. Cette répression justifierait, d’après Pierre Véron, la modification du nom d’une des vertus théologales : Fouet, Espérance et Charité. Il s agit peut-être d’un monstre, d’une tarasque dont le saint aurait délivré la ville; haut fait que les hagiographes, gens de peud imagination, prêtent volontiers à leurs héros sans histoire et

J. ’ A K T 1* W O I' AMI': A l/ É 0 1. 1 S i:

qu’ils empruntent k la fable : Apollon vaimpieur du serpent Python, Hercule assoinant Tliydre de Lerne, etc.

Une mosaïque assez singulière du chœur de la h.asill(|ue reproduit

saint Ambroise qui s'endort debout en disant la messe ; un sacristain lui frappe sur l’épaule pour le réveiller et lui montrer les paroissiens qui attendent bouche bée. Qu’un prêtre endorme ses ouailles au sermon, rien de plus naturel et le fait est arrivé à Fénelon, mais que les ronrons d’un ecclésiastique l’endorment luimême c’est un comble. L’artiste eût pu choisir pour thème un épisode plus édifiant de la vie du saint ; comme quoi la malice des rapins ne perd jamais ses droits.

Chapelle sainte Catherine. La voûte qui recouvre la statue en marbre de la sainte est ornée de figures païennes d’Herculanum : « l’une de ces figures, dit Valéry, porte sur sa tête un agneau, et, dans cette bizarre peinture, Fagneau des bacchanales a pu souvent être pris pour l’agneau pascal » .

d"" San Costanza hors des murs. — Une niche située en arrière de l’autel abritait un vase antique en porphyre, sur lequel se déroulait la vie fabuleuse de Bacchus, agrémentée de la représentation orgiaque de bacchantes, insuffisamment couvertes de peaux de tigres.

Santa Maria delle Grazie. — Chapelle du Rosaire. Une pein-

ture re[)résenle le Piinjaloirc, au fond d’un puits; la Vierge y puise des âmes dévêtues, avec un chapelet, à la façon des chaînes à pots utilisés dans les sàkivés d’Egypte.

A coté de cette église, au réfectoire d’un couvent de jacobins on admire les débris de la célèbre Ccnc de Léonard de Vinci, exécutée a 1 huile sur la muraille même. La main de saint Jean, d’après Adisson, qui lait sans doute confusion avec le tableau suivant, serait atteinte de polydactylie ; elle aurait six doigts. Cette anomalie congénitale est aussi attribuée à Lune des ligures, la femme à droite des l\oces de Ccina, fresque de Caliste Piazza au réfectoire des Gélestins^ qui sert aujourd’hui de caserne militaire.

Les moines épicuriens et vandales, pour empêcher leurs plats de se refroidir, ouvrirent une porte au beau milieu de la Cène et amputèient les pieds de Jésus qui dit ‘ « Lun de vous va me trahir » ;

paroles prophétiques applicables à Labbé jacobin goulu^ qui mutila le Seigneur.

C’est pour la chapelle Sainte-Marthe du cloître de cette église que François Recommanda, en 1515, le tombeau de Gaston de Foix tué à la bataille de Ravenne, en 1512. Ce monument n’a jamais été terminé: ses fragments sont dispersés en diverses collections.

Un tombeau antique très joli, dit un voyageur, est infixé dans le mur ; a la partie supérieure de ce monument, on a sculpté en bas-relief une danse des Trois Grâces, toutes nues, dont deux portent distinctement et lort en grand le caractère de leur sexe, et l’autre, pour l’honneur du pays et le goût des fantasques, se présente dans l’attitude ultramontaine.

Ces divinités païennes, certes, n’étaient pas trop déplacées dans

une dépendance d une église consacrée à Sainte-Marie-des- Grâces.

De Lalande a remarqué aussi ce monument funéraire et en a donné

une description analogue, en 1769; mais, depuis, le couvent a dû être détruit ou transformé.

5» San Maurizio. Eglise del Monastère Maggiore. — Des tableaux

d. De meme la main du buveurqui tient le verre du Bon Bock, de Courbet nnraît avoir huit doigts, par suite de la réverbération de la main dans le niarbr’eT U

l’art profane a l’église

ît)0

de Luini détaillent les diltérentes phases du Martijrc de sainte Catherine. Frère Bandello, dans sa quatrième Nouvelle.^ dit que le

peintre, à la scène de la décollation, fit le portrait de la comtesse de Cellanti, fameuse Messaline de l’époque et sing-ulier modèle pour une peinture religieuse, à moins qu’il ne s’agisse d’un enseignement moral indiquant le châtiment mérité par une telle inconduite.

Dans le chœur, une Sainte Agathe (fîg. 164), fresque de G. -A. Beltratlio, porte ses deux seins sur un plat, bien qu'un seul fût coupé.

(jo Satyro. — A l’abside, une peinture de Comerio a pour sujet Massa 3 io plongeant son couteau dans le sein de la Vierge, « d’où sortit un flot de sang », assure une véridique légende.

La frise inférieure du Baptistère est occupée par un groupe de petits amours entremêlés de têtes colossales, parmi lesquelles on prétend reconnaître Bramante et le sculpteur Ambroise Foppa,dit le Caradosso, qui ont élevé et décoré cet édifice.

rr A L 1 E

IGl

Musée Brera. — Le Maj'iaçfc de la Vierye [lo Sposalizio) de Ixapliaêl, peint pour la chapelle Albriziiii de l’église des franciscains

Fig-. 164 bis.

d attitude, en dehors de la symétrie singulière des groupes disposés de chaque côté du grand prêtre : à sa gauche, six rivaux de Joseph et à sa droite, six compagnes de Marie. Remarquez, côté des hommes, 1 artifice qu emploie le Sanzio pour cacher... les inconvénients de la mode des hauts-de-chausses par un geste — certes le geste est beau — du bras gauche du jeune amoureux transi placé au premier rang. G est le prétendant de beaucoup le plus séduisant de tous * mais, le galant n avait pas en sa possession la braguette, nous voulons dire la baguette ou la verge fleurie du Taciturne et, en sus. Tin-

décence de son costume ne pouvait que lui nuire aux yeux de la vierge des vierges.

Modêne. Santo Pietro. — Cette église fut élevée sur remplacement dun temple dédié à Jupiter; il reste de l’ancien édifice érigé sous Trajan la corniche et la frise de la façade où sont représentés des génies ailés, montés sur des chevaux marins.

Montefiascone. San Flaviano. — La chapelle souterraine ren-

l’art profane. — II.

ferme le tombeau de Févêque d’Aug'sl)oiirj^, Jean Füg-qer (li^. KJ.’J). On sait que le saint homme eut une fin assez semblable à celle du

duc Georges de Glarence, auquel son frère Edouard IV, avait laissé le choix de son supplice et demanda à être noyé dans un tonneau de malvoisie. De même Becri-Mustapha, favori d’Amurath IV, au xvii*^' siècle, fut enterré entre deux tonneaux. Quant à Régulus, nul n’ignore quhl subit aussi son supplice dans un tonneau, mais hérissé de pointes de fer.

Notre prélat, aussi grand amateur des vignes du Seigneur que des canons de l’Eglise, se faisait précéder à chaque étape par son domestique chargé de lui signaler les auberges pourvues des meilleurs crus. Le saïs dégustateur traçait le mot EST sur la porte des hôtelleries de choix. A Montefîascosne ou mont des flacons, le valet fut si satisfait du Moscatello qu’il écrivit trois fois sur Yosteria privilégiée le mot conventionnel est (Il y en a). Jean Függerfut enchanté du flair de son expert; mais, si copieuses furent ses libations qudl en mourut. Le larbin et rat de cave traça sur la pierre tombale de l’Eminence, où deux coupes sont sculptées de chaque côté de ses lèvres, cette épitaphe plaisante :

Propter nimium est, est,

Dominu.s meus mortuus est!

(C’est par excès d’EST, est, que Monseigneur Ci est!)^ Le meilleur muscat de Montefîascone s'appelle encore Est.

Epilogue de cette beuverie tragique : le valet de chambre, à la mémoire de son maître, fit une fondation annuelle de deux barils de Moscatello qui, à la Pentecôte, étaient répandus sur la tombe du

1. L’inscription n’est pas aussi nette; les lettres sont à moitié effacées et mal gravées :

EST. EST. EST. PR E {proptev) Miv {nimiiim)

EST. HIC lo {Joannes) d (de) fvg [Fuggeris] d {Domiiius)

MEVS MORTVYS EST

prélat allemaiul. Ces libations, analogues à celles que les anciens taisaient en riionneur des dieux, furent exécutées jusqu’à l’épiscopat du cardinal Barl)arigo qui les convertit en distribution de pain aux pauvres.

Moxza. Cathédrale. — Le trésor conserve précieusement, à côté du peigne et de l’éventail de Théodelinde, une riche allégorie, ollerte à la basilique par cette reine des Lombards ; elle représente une poule avec huit poussins en or, symbolisant les provinces de la Lombardie : Milan, Mantoue, Bergame, Brescia, Crémone, Corne, Pavie et Sondrio.

Naples. 1« San Gennaro. Cathédrale L ~ Substitution fréquente en Italie : la cuve baptismale est d’origine païenne ; c’est un antique autel de Bacchus décoré de thyrses, masques, etc., attributs du dieu de la treille et dont la place est indiquée dans un Musée.

Une Madeleine agenouillée est armée d\me discipline et d’un crucifix ; mais, en souvenir de son ancienne profession, ses deux seins s’échappent de son corsage : chassez le naturel...

Chapelle de la Vierge. Notre-Dame des Sept Douleurs porte un cœur au milieu de la poitrine; trois poignards en argent sont enfoncés dans chaque sein, comme de grosses épingles à chapeaux dans des pelotes.

1. Trois fois par an — le premier samedi de mai, le 19 sept, et le 16 déc. a

lieu le miracle thaumaturgiqiie de la liquéfaction du sang- de saint Janvier, tour de passe-passe que nos illusionnistes laïques pourraient facilement renouveler. Quand le miracle tarde trop, les assistants crient au saint : Fa miracolo! Et, dans leur fureur « l’accablent de sottises malpropres », sans respect pour le saint lieu. Mais des hurlements de joie accueillent la liquéfaction du précieux liquide; les femmes surtout poussent des cris perçants — c’est le femineus iilulalus de Virgile — en dénit du précepte de S. Paul : Mnlier taceat in ecclesia (I, aux Corinthiens).

En 1789, un miracle identique se voyait à la cathédrale d’Avellino : une fiole du sang de saint Laurent se liquéfiait pendant huit jours du mois d’août; à Bisse-dia e sang de saint Pantaléon offrait le même prodige. Mais, déjà, du temps d’Horace (bat. à, L. 1), une supercherie analogue s’opérait dans une ville voisine de Naples •

• De hinc Gnaiia (a), nymphis

Iratis exslructa, dédit risiisque jocosqnc ;

Durn flaninia sine, thura liquescere liinine sacra Persnadere ciipit. Credal Judæus Apella,

Non ego.

(Gnatie, petite ville bâtie en dépit des Nymphes, nous amusa On persuader que l’encens s’y brûlait sur l’autel, sans fen. Qu’on le fasse Juit Apella, je ne le crois point.) a) Aujourd’hui Anasso, à 37 mille.s de Bari, sur les côtes de la Pouillc.

voulut nous accroire au

L^ART PRUFANK A l’ÉCIRISI:

Parmi les nombreux ex-voto accrochés à la muraille saillent en ronde bosse plusieurs mamelles de carton pâte colorié; on dirait l’étal d’un tripier.

Chapelle Saint-Janvier. A l’un des ang-les de la coupole, unepein-

lG(i.

ture du Dominiquin (lig. IbG) retrace l’enlèvement du saint au ciel; au-dessous figurent les allégories de la Foi, V Espérance et la Charité^ le buste découvert, à la mode italienne.

Santa Anna de’ Lombardi. Monte Oliveto. — La chapelle du Saint Sépulcre renferme un énorme groupe en terre cuite par Guido Mazzoni, le Christ au tombeau. Le Seigneur est entouré de six figures agenouillées qui sont des portraits de contemporains de l’artiste mort en 1518 : Sannazar représente Joseph d’Arimathie ; Pontanus, Nicodème; Alphonse II, saint Jean, et le fils d’Alphonse, le prince Ferdinand (fig. 166 bis). Ces travestissements de personnages

connus devaient nuire au caractère mystique de l’œuvre; ils éveillaient plutôt la curiosité que le sentiment relig'ieux.

Sur un sarcophao’e de pierre, couronné d’un petit Bacchus, est

Fig'. 166 his.

gravé un distique composé par le roi Alphonse-le-Magnanime. en

l’honneur d’un mignon qui s’appelait Massimo, mot qui signifie très g-rand :

Qui fuit Alphonsi quondam pars maxima Régis,

Maximiis , hâc teiiui iiunc tuinulatur hinno.

Celui qui fut jadis une très grande part du roi Alphonse, res grand lui-même, occupe maintenant une place bien petite sous cette

[terre.

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i/art profane a i/foiose

3° Saint-Dominique. — Le tombeau du cardinal Hector (Parada, observe Fulchiron, présente un étrange contraste entre la qualité du défunt et ses ornements, tous mythologiques; « anomalie inexcusable, puisqu’ils furent exécutés du vivant de ce mondain prélat ».

4® Madona Dell’ Arco. — Les murs de Sainte- Anastasie, église d’un village à trois lieues de Naples, sont couverts d’ex-voto. Une de ces images votives montre une dame sur laquelle des médecins en costume Louis XV pratiquent l’opération césarienne ; une autre est le portrait d’une forte commère qui a passé la quarantaine, mais n’avait pas encore l’âge de raison, à en juger par cette inscription naïve : Je me débattais^ depuis trois joiu's, dans les douleurs d'un accouchement 'impossible, quand je me vouai à la Vierge, qui me sauva... après une difficile opération. « La réticence à son prix », remarque judicieusement Marcellin Pellet : nous ne pouvons que partager son opinion.

Cette Santissima guérisseuse, après l’intervention médicale, a trouvé à Pompéi une sérieuse rivale qui, à en juger par les marques de reconnaissance, tableautins en argent ou en carton enluminé des murailles du chœur, semblerait accaparer la spécialité des seins cancéreux. Ce privilège devrait appartenir de droit à l’église Saint- Louis {di Palazzo) delà, même ville, qui possède deux fioles de lait — non baptisé ni stérilisé — de la Vierge.

Santa Maria di Donna Regina. — Une Vierge enceinte porte l'image du Bamhino nu, peinte sur le ventre. A la bonne heure, le clergé napolitain ne craint pas d'apprendre à la jeunesse que les enfants ne viennent pas sous les feuilles des choux ; si encore on lui disait qu'ils se font souvent sous les feuilles des arbres, de préférence les chênes, on se rapprocherait de la réalité. Au pays de la choucroute, les bébés sont apportés par des cigognes ; la religion et le nationalisme tudesques se refusent à profaner un comestible qui appartient aux crucifères, dont les pétales sont en croix, et qui, surtout, est un mets national.

San Paolo Maggiore. — Construit sur l’emplacement d’un temple (Apollon ou Castor et Pollux) ou d'un théâtre. C’est là, si l’on en croit Sénèque et Tacite, que Néron fit ses débuts d histrion.

I TALl !•:

<( Ce monstre peuple romain lie ce théâtre ;

s essayait en province avant de s'avilir aux yeux du » La seconde cour présenterait encore run des murs mais, d après Fulchiron, il ne reste plus de son orne-

mentation primitive que les deux colonnes flanquées de chaque côté

de la porte et les statues mutilées des tîls de Léda et du cygne

olympien, gardées, malgré leur origine païenne, dans un sanctuaire chrétien (tîg. 167).

Sacristie Un tableau de Solimène, les Vertus théologales (fîg. 168), représente la Charité^ comme toujours, les seins nus ; à Lun d’eux est attaché une grosse sangsue d’orphelin.

Les Charités en peinture, en sculpture et même en nature, abon-

r/ART PROFANE A l/É(il.ISE

dent k Naples ; il ii’est pas rare de voir aux portes des églises, comme le montre une gravure du Tour du Monde (lig. IG9) des

Fig. 168.

tableaux vivants composés d’une miséreuse, la poitrine nue, entourée

d’enfants déguenillés et allaitant le dernier né — qui ne sera pas le dernier — c'est une Charité demandant la charité.

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