PAULINE DE MONTMORIN
CONSUMÉE d’une MALADIE DE LANGUEUR,
EST VENUE MOURIR SUR CETTE TERRE ÉTRANGÈRE. F. A. DE CHATEAUBRIAND A ÉLEVÉ CE MONUMENT A SA MÉMOIRE !
i/art profane a i/église
N’est-ce pas plutôt à sa propre mémoire qu’il a élevé ce monument ? C’est du moins l’avis de M. Paléolog-ue : « Quel besoin avait-il de se nommer dans l’épitaphe ? Tout l’orgueil, tout l’égoïsme du personnage s'étale sur cette plaque de marbre. » Ne pourrait-on pas reprocher un travers analogue à Lamartine au sujet de Graziella ? L’orgueil étouüe la passion.
Le tombeau du cardinal de Bernis, — qui a un cénotaphe en h rance, — est enjolivé d’un bas-relief où un Génie présente à la Beligion, un rouleau en forme de papyrus. Que contient ce rouleau; les œuvres du cardinal ou les poésies légères de l’abbé, favori de Mme de Pompadour, qui lui valurent le surnom, décerné par Voltaire, de Bahet la Bouquetière^]
17® Sainte -Marie-de-la-Paix. — L’une des chapelles est ornée de la fameuse fresque des quatre Sibylles que Raphaël exécuta sur la prière d’Agostino Ghigi, l’amant d’imperia. Cette idole de Rome et du banquier des papes ligure sous les traits de la Phi'yqienne, comme déjà dans la fresque du Parnasse et dans celle d'IIéliodore.
18® Sainte-Marie-des-Allemands {Gennanorum) ou Des-âmes-du- Purgatoire [de lie Anime). — Au chœur, les Vertus théologales et cardinales, compris la Justice et son autruche, assistent Adrien VI sur son tombeau. Mais par quelle inadvertance une nudité, la Foi (fig. 349), qui porte la croix et « la bannière », domine-t-elle le monument du plus grand ennemi du nu artistique ? Si bien qu’à sa mort, considérée par le peuple romain comme une délivrance, on eût pu compléter ainsi l’inscription écrite sur la porte de son médecin : (( Au libérateur de la patrie... et de l’Art ».
19® Sainte-Marie*des-Anges. — Cette basilique est une des salles des thermes de Dioclétien, e comme l’indiquent encore suffisamment les peintures obscènes de la voûte, cachées par un badigeon », dit J. -B. Huysmans (1857).
1. Saint-Marc. — L’auLcur de V Itinéraire d'un voyage en Ilalie (1819) a assisté à un sermon sur la Conception, prêché par un moine polysarcique qui joignait la mimique au verbe. « Il arrondissait ses bras en avant de son ventre, et désignait l’ampleur ({u’avait dû prendre celui de la Vierge, à mesure qu’elle avançait dans sa grossesse. » Dans le même ordre d’idées, n’avons-nous pas la Vie de la Vierge, ab oro, par Marie d’Agreda, dont un des chapitres jiorte pour titre: « Ce qui arriva à la Vierge pendant neuf mois qu’elle fut dans le sein de sa mère? »
20® Sainte-Marie-du-Peuplier*. {Madonna del Popolo). — De Lalande signale la légèreté des huit tableaux de Lattique où figurent l'histoire à' Adam et Eve et les Quatre Saisons : « Tous ces sujets, dit-il, sont très nuds et rendus de la manière la plus indécente. » Et ce voyageur n’est pas un hypocrite pudibond, loin de là. Effectivement, vous pouvez constater sur la figure 350 la tenue immodeste d’Adam, assis les jambes écartées à côté d’Eve, et, à la première fenêtre de la nef, en pendant à la Naissance d’Eve, vous distinguerez un autre Adam irascible qui réprimande vertement sa compagne, au sujet de sa désobéissance et lui inflige la première raclée (fig. 351). Quant aux Quatre Saisons, de Lalande doit confondre avec les Jours de la Semaine que nous allons décrire.
Chapelle Ghigi (fig. 350). Raphaël a peint sur les parois de la coupole les sept jours de la semaine, présidés par le Créateur et personnifiés par Jupiter (fig. 352), Mars (fig. 353), Mercure (fig. 354), Saturne (fig. 355)^ Diane (fig. 356), Apollon (fig. 357) et Vénus, celle-ci en compagnie de l’Amour (fig. 358). Ces antiques symboles cosmologiques sont adaptés au dogme chrétien grâce à la présence d’anges, en nombre égal, qui semblent communiquer à chacun d’eux, observe M. Paléologue, « l’impulsion de Dieu. »
Ne quittons pas cette merveilleuse chapelle sans mentionner une singularité dont la signification nous échappe : une femme nue saisit le glaive brandi par un enfant qui menace un homme nu, en fuite (fig. 359).
Chœur, côté gauche. Le tombeau du cardinal Ascanio Sforza, par Andrea Sansovino, porte plusieurs statues allégoriques de Vertus « pas bégueules », comme l’était Mme Ango, montrant au moins un sein en entier (fig. 360, 361 etô/s). Les angles du sarcophage sont occupés par des chimères chargées de puissantes mamelles.
Du côté opposé, le mausolée élevé par Jules II au cardinal Jérôme Bassus (Hieronymo ou Girolamo Basso) est agrémenté de torses plus ou moins découverts d’autres vertueuses allégories (fig. 362). xVu milieu du soubassement, deux génies décoratifs, en bas-reliefs, s’appliquent à exhiber leurs organes génitaux.
La sépulture d'un autre cardinal, Giovanni de Castro, est ornée, entre autres allégories, d’une banale Charité (fig. 363), dont le buste
Et non du Peuple, parce qu’elle lut établie, comme la place du même nom, sur l’emplacement d’un bois de peupliers.
l’art profane a l’églisl
Fig'. 350. — Chapelle Gliigiaiia.
Au XMi^^ siècle, existait encore dans cette ég'lise le tombeau de Julie, concubine du pape Alexandre VI. Ce monument portait ses armes en marbre, écartelées avec celles des Borgia ; on v lisait cette inscription :
JULIÆ VA^’UCCIÆ, MATRI, DUCISSARUM FERRARIÆ ET URBINl,