‹ L'art profane à l'égliseChapitre 69 sur 97 · GREFFIERS · texte numérisé non relu

GREFFIERS

Fig. 330 bis. — Schéma des 4 zones et des 10 groupes du Jugement dernier.

1, Cf. Stendhal, Promenades dans Rome.

Entre temps, nous avons omis de parler d’Adrien VI (1522-1523), dont le règ'iie fut si court, heureusement pour les amis des arts. Mais rendons à Adrien ce qui est à Adrien, il ne perdra rien pour attendre.

Fig-. 331. — Zone 1-.

Ce barbare iconoclaste l’antithèse de son prédécesseur Léon X,a23rès avoir mutilé ou anéanti de nombreux antiques, en marmottant entre deux patenôtres: « Sunt idola antiquorurriy » voulait détruire aussi le plafond de la Sixtine. Il croyait entrer, disait-il, en pénétrant dans la chapelle, dans l’étuve d’un baigneur. Qu’eût dit et qu’eût fait cet ostrogoth, ce fossile, s’il avait vécu assez de temps pour voir le Jugement deniier, le finis coronat opus de ladite chapelle ? Bone De U s I

Passons maintenant à l’examen des détails, qui laissent moins à désirer que l’ensemble et Lunité du tableau. Pour plus de clarté, nous avons divisé la planche de Thomas Piroli (fîg. 324) en 7 groupes (fig. 254 à 260), procédant de haut en bas et de la gauche du lecteur à sa droite. On établira facilement les comparaisons avec les quatre zones de la vieille estampe (fig. 325 à 328).

Première Zone (fîg. 325 et 331). — Deux groupes d’anges, avec les instruments de la Passion : la croix, la colonne de la flagellation, etc.

Groupe I (fîg. 331) une seule draperie intempestive a été ajoutée a 1 ange qui se présente de face sur la grande branche de la croix.

Groupe II. L’ange qui de face embrasse la colonne se montrait aussi à pubis découvert. Les fessiers très développés de son voisin

l'art profane a l’église

étaient recouverts dune draperie transparente qui dessinait ces rotondités comme au naturel.

Deuxième Zone (fig-. 326, 332, 333). — Le Christ (fig. 332,

Gr. IV) châtiant les réprouvés était primitivement nu, en Jupiter Olympien, ou en Apollon vengeur, et les chairs de la Vierge rayonnaient comme celles d'une Vénus antique. Michel- Ange consentit à revêtir Marie d’une robe et fît flotter un lé^er voile sur le bassin de

son Fils, le Rédempteur tonitruant dont on cherche les foudres. Il est entouré, principalement du côté gauche fhg. 333), des Apôtres, des Prophètes, des saints martyrs et des élus. Ces personnages ont été costumés après coup, selon la mode vaticane. On reconnaît facilement saint Pierre à ses clefs, au voisinage de Moïse, et le vieillard Enoch; tous montraient leur sexe.

Le haut de la cuisse gauche de saint Barthélemy, placé au-des-

SOUS et à la gauche du Christ, tenant sa peau disséquée, a été enveloppé d’une bande protectrice.

Fig. 3:33. — Zone 2% côté droit.

Adam (lig. 332, Gr. 111), taillé en Hercule, accompagné d’Abel, se présentait sans la moindre feuille de vigne ; un misérable correcteur dissimula u son impureté » sous le bout de la queue d’une peau de lion, ce qui l’assimile encore davantage au héros de la fable. Sur ce colosse on peut remarquer avec quel soin Buonarroti

t/art profanr a r/Ér.r.FSE

réduisait les organes de la génération à leur plus simple expression, au lieu de les conformer à la taille du personnage. De ce côté, Adam-llercule a été traité comme un petit Jésus.

D'autre part, le retoucheur a barbouillé la fesse droite du martyr qui tient sa croix et tourne le dos à Adam.

Le Groupe 111 (fîg. 332) semble réservé au sexe féminin — côté des dames ; — il comprend les pécheresses repenties et les âmes confîtes en dévotion, filles de joie ou de foi. Chose incroyable, ce groupe n’a eu à subir aucune modification de la part des tailleurs... d’images et pourtant son centre est occupé par une femme tout à fait nue. En haut du même groupe, l'une des deux femmes âgées a la poitrine découverte ; plus bas, Eve reçoit dans son giron et rassure une des sœurs d'Abel, dont l’épouvante contraste avec la figure souriante de sa mère : la seule du tableau qui' ait le sourire. Toujours zone 2® (fig. 333). « Côté des hommes », des bienheureux; tous ceux qui sont de face ont été recouverts par ordre papal. Audessus de l’admirable figure qui est appuyée sur la croix (fig. 333, G. V) et semble représenter saint André, bien que l’instrument de son supplice ne soit pas en X, deux personnages paraissent s'embrasser — des parents, des époux ou des amis qui se reconnaissent après tant de siècles de séparation. Mais des esprits malintentionnés y virent tout autre chose, par exemple des coupables entichés du « péché philosophique^ ». « 11 était naturel, dit Stendhal, que des prêtres du xv® siècle blâmassent ce transport et soupçonnassent un motif honteux. »

La draperie de saint André, retenue par une cordelette, faisait défaut à l’origine, comme pour toutes les figures qui se présentent de face.

Dans le Groupe V, de la figure 333, saint Sébastien, ses flèches

1. On lit clans le Journal de Barbier, octobre 1720 : » On me comptoit, ces jours ci, en inc parlant du general d’Uxelles, c[u’il avoit toujours été tort entiché du péché philosophique. (Ce genre n’a pas laissé d’avoir des grands hommes pour amis). Qu’un jour, ils étoient trois en partie de débauche, et que le deuxième, qui n’étoit pas de ce goùt-là, le fronda fort, et ne vouloit pas croire qu’il y eût des

b « Pardonnez-moi monsieur, lui dit le tiers, il y en a si bien, qu’il y en a

« même de trois sortes : il y a de riches b , comme M. le maréchal d Uxelles ,

« il y a de pauvres b comme moi, et il y a de sots b comme ^ous. » bu

sorte qu’il eut son paquet pour avoir méprisé le parti des deux autres ; et cette histoire aura ici sa place par récréation, a cause du bon mot. » C est au même titre c[uc nous risquons cette citation, reproduite par Pic, dans ses Heures libres.

en main, se fait remarquer par une facture au-dessus de tout éloge. Al' origine, il était complètement nu, comme ses voisins et ne sem-

Fig'. 334. — Zone 3®, côté gauche.

blait en éprouver aucune gêne : n a-t-il pas l’habitude de « poser pour le torse », à la façon d Apollon ? Combien dut-il être importuné par l’addition de l’étoffe imposée !

A sa droite, on signale une étrange distraction de Michel- Ange, ou la clericature mal disposée vit encore une scène renouvelée de Sodome (fîg. 338). Primitivement, saint Biaise, porteur de ses peignes de fer, se penchait sur sainte Catherine, entièrement nue ; celle-ci tenait la roue, armée de rasoirs, de son supplice et se retournait vivement vers lui. Daniel de Volterre se chargea de modifier 1 attitude équivoque du saint frôleur : la tête de l’innocent incriminé regarda dès lors vers le Sauveur et la sainte fut vêtue plus convenablement. Voilà comment au Vatican se tripatouillent les oeuvres d’art !

Troisième Zone (fîg. 327, 334, 335). — Les sept anges, sans ailes (fîg. 334, Gr. VII), donnent, au son des trompettes, le signal du réveil des trépassés. L un d’eux accuse son sexe féminin par des mamelles exubérantes ; des autres, un seul, campé en avers, mon-

l'art profane a l’église

trait ses organes (le comptable qui tient le plus petit grand-livre des élus), on les lui a cachés.

Les prévenus (fig. 334, Gr. VI) qui viennent de ressusciter s’en-

traînent pour monter au tribunal suprême ; tous ont eu à subir le travestissement pudique ; même celui qui tourne son côté pile, généralement toléré, n’a pas échappé à la distribution des voiles.

Le plus terrible des groupes (fig. 335, Gr. Vlll) est celui des damnés qui personnifient les péchés capitaux. Ges impudents réprouvés, toute honte bue, ne cachaient rien de leur turpitude corporelle. 1^’ Avarice ^ la tête en bas, les clefs de ses coffres pendantes, et ceux qui se montrent de dos, sauvent maintenant les apparences ou mieux les réalités à Laide d’écrans en étoffes qui écartent les ravons visuels.

Les badigeonneurs ont masqué en partie la punition du vice a tergo^ le long de la bordure (fig. 335, 339).

Emporté par son sujet, dit Stendhal, l’imagination égarée par huit ans de méditations continues sur un jour si horrible pour un croyant, Michel-

i rÀLlii

An^e, élevé à la dignité de prédicateur, et ne song-eant plus qu’à son salut, a voulu punir de la manière la plus frappante le vice alors le plus à la mode. L’horreur de ce supplice me semble arriver au vrai sublime du genre.

Fig-. 33G. — Zone 4®, côté g-anche.

Le peintre de la chair musclée a mis ici, on peut le dire, les poings sur les i, more canino (fîg-. 339).

Quatrième Zone (fîg‘. 328, 336, 337). — Au son des trompettes à’ Aida, les morts sortent de leur sommeil (Gr. IX). Vers la droite (lîg. 336), une série de pécheurs s’échappent, en rampant, de la caverne infernale, où tentent de les attirer des démons avant le jugement. L un cl eux, ignorant les règles les plus élémentaires de la pudeur, a été muni de sa compresse protectrice des bonnes mœurs. Il en est de même d’autres ressuscités que les anges disputent aux démons; chacun a son cache-sexe.

Michel-Ange s’est représenté lui-même, à gauche du tableau, sous les traits du moine qui montre le ciel.

Au côté opposé (fîg. 337, G. X), le vieux Caron, dernonio conocchi di hragia, nocher des enfers païens, conduit dans sa barque sur le Styx les damnés après avoir donné l’obole qu’il était d’usage de mettre dans la bouche des cadavres avant de les ensevelir ; ils sont nus comme les démons qui les accompagnent.

Buonarroti a placé sur les bords du Styx — où devaient errer cent ans, avant d’entrer aux Enfers, ceux qui n'avaient pas reçu

Fig-. 337. — Zone 4^, côté droit.

les honneurs de la sépulture — son détracteur messer Biag-g-io, tout près de la tête grimaçante d’Ugolin, rongeant le crâne de son bourreau — d'après la version du Dante — et au-dessous du châtiment infligé au vice contre nature. Le serpent qui le mord cruellement (( indique », d’après Stendhal, <( le chemin qui La conduit en enfer ». Inutile de faire remarquer que, depuis les rapiécetages pontificaux, l’ophidien ne mord plus que le vide. Ce critique, d’une sévérité excessive, se demande si le nom de ce grand-maître des cérémonies pourrait donner la clef « de l’action » de saint Biaise ?

3^^ Sainte-Agnès. — Cette église a été édifiée sur l’emplacement d’un ancien cirque, où sainte Agnès a subi son supplice. Le martyre de cette vierge a inspiré au Dominiquin une de ses plus belles toiles ; elle est aujourd’hui au Musée de Bologne. (( On se sent frémir, écrit Paul Musset, en voyant le geste furieux de ce bourreau qui enfonce le poignard dans le sein virginal d’une enfant de seize ans ! » Une autre tradition veut que l’église fut construite sur le terrain même du lupanar, où le préfet Sinfronius fit conduire la jeune fille. Dans l’une des chambres souterraines, pavée de débris de mosaïques, on a établi une chapelle dont l’autel est orné d un

admirable bas-relief d’Alexandre Algardi. Agnès est représentée nue, entre deux « grands coquins de houzards », dit le président de

Brosses, « avec de petits seins naissants, tout un corps plein de jïioj hidezzs, et très palpable », au moment où. elle fut couverte miraculeusement d une longue chevelure qui poussa en un instant et lui fit (( un vêtement de miséricorde ». Au dire de Lalande, le mouvement de pudeur qui la porte à croiser les bras pour cacher sa gorge en rend le tour très gracieux. « Ce n’est point du marbre,

conclut le premier voyageur, mais de la chair molle et flexible sous les doigts. »

Une statue antique représentant un Apollon a été convertie par Paolo Campi en Santo Sehastiano ; il n’y a pas que les personnes qui opèrent des conversions.

4» Saint-André {San Andrea délia Valle. ) — Autour des quatre Evanrjélistes, du Dominiquin, « s’étalent », dit Taine, de superbes

l'art PROP'AiNE A l’ÉGLISE

femmes allég-oriques ; lune, poitrine et jambes découvertes, lève ses bras nus vers le ciel. « (3n ne peut rien voir de plus agréable,

Fig. 339. — Châtiment de la Sodomie, conçue par Michel-Ange; avant sa restauration.

s’exclame, d’autre part, de Lalande, que la femme que saint François- Xavier baptise dans l’un des tableaux du Baciccio, des côtés. »

Pie II y est enterré entre la Charité^ dont le buste est découvert jusqu’au pubis (fig. 340), et la F’of, au torse nu, mais masculin; représentation singulièrement rare.

5® SS. -Apôtres (SS. Apostoli)^ . — Au-dessus de l’entrée de la sacristie est placé le tombeau de Clément XIV, sculpté par Ganova :

1. Valéry rappelle un jeu grossier qui eut lieu jusqu’au xvi« siècle dans cette église, le mai, jour de la fête de S. Philippe, son patron. On suspendait, par une corde, un porc et l’on jetait du haut de la voûte des potées d’eau à ceux qui essayaient de s’emparer de l’animal.

il’ALii:

la Clémence ou la Douceur assise à côté d’un agneau, et la Modération owXix Tempérance éplorée (fig. 341) ornent ce monu-

ment. Celle-ci est strictement drapée, mais l’étoffe est si collante qu’elle accuse les formes au lieu de les dissimuler. Le temple d Apollon qui fut consacré au culte des SS. Apôtres en avait vu bien d’autres avant sa transformation !

b° Saint-Bernard. — Des écus à forme de torse féminin, comme ceux d Urbain VIll, se rencontrent sur les sépultures de certains personnages de marque. Ici, la tiare est remplacée par un casque de chevalier et des rosaces sont substituées aux abeilles pontificales ;

de plus, les régions thoracique et abdominale sont séparées par une ceinture de Vénus.

Le tombeau de Gatherina Nobilis Sforza est décoré d’un écusson semblable : la poitrine et le ventre bombent sous l’étranglement d une sangle qui les sépare, et l’écu est sommé d’une tête de femme. Est-ce encore le symbole de la papauté ou de l’Eglise en gésine, très honoré confrère havrais ? 11 se pourrait que ce fût une allusion au trait d héroïsme que Catherine accomplit à Rimini, quand elle

i/aUT profane, — II. gv.

L'ART PROFANE A l’éGLISE

obtint des conjurés la permission d’entrer dans la ville pour donner l’ordre de capituler à ses partisans. Mais une fois dans la place, elle releva la tête et opposa la plus vive résistance aux révoltés qui

Fig. 341 bis.

la menaçaient de tuer ses enfants retenus en otages. Elle leur répondit, en frappant sur son ventre, « qu’il lui restait encore de quoi en faire d’autres ».

7® Sainte-Cécile {Santa Cecilia in Transtevere). — On y admire l’étonnante statue de la patronne des musiciens, représentée mourante, par Stefano Maderno, son chef-d’œuvre exécuté sur nature, tel que le corps de la martyre fut trouvé à l’ouverture de son cercueil au xvE siècle (fîg. 341 bis). « Au mérite d’une admirable pose et de l’expression, dit Fulchiron, elle joint, au plus haut degré la souplesse du marbre ; il semble transparent, et les vêtements, d’une extrême légèreté, dissimulent à peine des formes que leur beauté rend trop séduisantes peut-être. » On voit encore la salle de bains où le préfet Almachus tenta de faire asphyxier la jeune vierge et où le bourreau essaya de lui trancher la tête après trois reprises vaines.

Mentionnons à la nef le tombeau du cardinal Sfondrati, auteur d’un poème profane intitulé V Enlèvement d’Hélène, et dont le second fils, venu au monde par l’opération césarienne, porta la tiare neuf mois — la durée d’une gestation — sous le nom de Grégoire XIV.

H"" Saint-Charles {S an Carlo A" Catinari.) — Sur les pendentifs du dôme, le Dominiquin a peint en fresque les Vertus cardinales : la Force, la Prudence, la Tempérance et la Justice. Au-dessous de cette dernière se trouve une femme qui exprime le lait de ses mamelles. Elle symbolise sans doute la Charité ou mieux la Prodi-

(J alitée car c'est du lait répandu en pure perte, à moins qu’il ne serve à tracer la voie lactée, à la façon d’Héra.

d*’ Saint-Clément {San Clémente). — Près du g-rand autel, le sarcophage du cardinal Roverella est historié de faunes et autres créatures fabuleuses; au voisinage, sur la mosaïque absidiale, de jeunes tritons chevauchent des dauphins et des pâtres traient des brebis.

Dans la crypte, du milieu d’un bassin émerge le groupe en pierre du dieu oriental Mithra, immolant le taureau Maintes fois nous avons observé cette union surprenante de l’élément païen et de l’élément chrétien. Combien d'édifices religieux, en Italie, ont été construits avec des matériaux provenant de monuments du paganisme. Les pierres du Colisée n’ont-elles pas servi à l’édification de de San Affostino, et le Panthéon, le temple païen de toutes les idoles, n'a-t-il pas été converti en église de tous les saints ? Comme le certifie Athanase, bibliothécaire de Boniface IV, cité par Saint-Yves, « les temples païens furent accommodés au culte chrétien ».

Une peinture de la même crypte montre une mère qui présente son fils à saint Biaise et frappe sa poitrine à nu, en signe de douleur-.

10° Sainte-Croix de Jérusalem {Santa- Croce in Gerusalemme). — A la voûte de l’abside, une vaste fresque du xv° siècle rappelle les

1. Une importation de l’Asie lut le culte de Mithra. Les monuments mithriaques représentent tous un sujet semblable : l’immolation, par un homme portant un costume asiatique, d’un taureau mutilé par un scorpion et dont un serpent vient lécher le sang'. Ces monuments singuliers ne sont pas rares dans les collections de Rome... C’est pendant les IIU et IV® siècles de l’Empire que paraît s’être propagé le culte de Mithra, culte accompagné de mystères homicides remplacés ensuite par des représentations où le meurtre était simulé. Cette époque était à la fois sceptique et inquiète, incrédule et superstitieuse; elle cherchait le surnaturel dans l’inconnu. On se sentait entraîné vers les cultes les plus étranges par le besoin religieux qui remuait sourdement les âmes... et par l’attente d’une foi nouvelle que le christianisme allait apporter. Telle était la cause de cette extension des cultes impudiques de l’Orient, dans une société dont elle hâtait la chute...

(Ampère, l’Empire romain, à Rome.)

Confrérie de la Mort. — En 1704, « deux gentilshommes suédois » décrivent une singulière g;alerie souterraine. Les murs étaient re\êtus de papier roug-e; les bases et les chapiteaux des pilastres étaient formés de tètes de mort ([ui contenaient des lumières vascillantes et constituaient runi([ue éclairage de la galerie. Des niches étaient occupées par des S({uelettes, parmi lesquels on remarquait celui de la belle Paule,^ couverte de sa longue chevelure rousse. On voyait sur la poitrine de cette beauté, émule de Lucrèce, le coup de poignard qui fut la récompense de sa vertu.

divers épisodes qui se rapportent à la Découverte de la vraie croix (fîg. 341 ter). La mère de Constantin est en prière devant celle des

trois croix qui a rappelé à la vie une femme morte, en costume de ressuscitée. La « vraie » était pourtant bien facile à disting-uer de celles des deux larrons puisqu'elle est en tau — et aussi en toc — sur la composition.

11° Saint-Etienne le Rond [San Stefano Rotondo). — Tempesta et Pomerancio se sont plu à reproduire avec un réalisme brutal et « sans aucun ménagement » les scènes d’horreur des supplices subis par les martj^rs, depuis Hérode jusqu’à Dioclétien. A signaler particulièrement : Agathe, « dont je ne veux pas nommer le supplice », écrit un narrateur tartufPien ; Marguerite, étendue et déchirée sur son chevalet, sans autre vêtement que « celui de l’honneur et de la force » [Prov.^ xxx); Bibiane, nue, liée à une colonne et flagellée jusqu’à ce que mort s’en suive; Blandine, vêtue de son réseau, à la

merci d un aurochs furieux; enfin, sainte Eulalie, couverte de ses cheveux et « du manteau de pourpre

de son sang' »

J2« Saint-Eusèbe (San Eusebio^).

Fi«-. 342-

13® Eglise du Gesu. — Transept, bras g'auche. La Religion terrasse V Hérésie qui, dans son désarroi, laisse dévaler de son corsag-e le sein gauche en entier. Les murs de cette église sont couverts d anges femelles, porteurs de mamelles volumineuses.

1 4® Saint-Grégoire (San Gregorio).

— En Italie, la courtisane et la dame de qualité jouissaient des mêmes privilèg-es, parce quelles recherchaient les qualités du cœur et de l’esprit et observaient en public la plus grande réserve. Il n’est donc pas étonnant que, sous Jules II, l’Aspasie du siècle, la jeune et séduisante Imperia (fîg. 342), ait eu son tombeau dans une église. On y lisait une inscription tombale, imitée de 1 antiquité, en l’honneur de ses charmes : imperia,

CORTISANA RO.MANA, QUÆ DIGNA TAN'TO A'OMINE, RAR.E INTER IIOMINES FORMÆ SPECIMEN DEDIT, VIXIT ANNOS XXVI, MES XII, OBIIT 1511, DIE 15 AVGVSTI. (Imperia, courtisane romaine, digne d’un si grand nom, donna aux hommes 1 exemple d une beauté accomplie, vécut vingt-six ans, douze jours et mourut en 1311, le 15 août 3.)

La fille d Imperia, aussi belle, mais plus vertueuse que sa mère, eut une fin tragique qui la plaça entre Porcia et Lucrèce. Stendhal nous raconte que « plutôt que de céder au cardinal Pétrucci, qui 1 avait entraînée dans une de ces maisons où Lovelace conduit

V Si’rnouille et un lézard ,sc jouent dan.s les volutes d’un chapiteau de la nel. D apres ^ mckelmaim, il fut tiré du portique d’Octavic — lille de Messaline e'i

.■pouseclo Néron - bâti Saurus et Batracu., noms latins de ces animaux rënré-

sentes comme signatures de ces artistes.

2 Médaille que l'on suppose représenter Imperia. Reproduite par Roscœ in VhV de Leon A et E. Rodocanachi. in Courtisanes et Bouffons. ’

O hulchiron place, à tort, le tombeau de cette horizontale de marque à Santa ana in Donitnica ou delta Namcella et la fait vivre sous le pontiticat^de I éon \ dont l’exaltation fut célébrée deux ans après la mort de renehanteresti ’

l’art profane a l’église

Glarice, elle prit un poison qui, k l’instant, la fît tomber morte k ses pieds. » Pétrucci n’était de Pierre que de nom.

Fig-. 343.

15® Saint-Jean-de-Latran (San Giovanni in Laterino). — La métropole de Rome fut construite sur remplacement du palais de Plautius Lateranus, exilé par Claude pour avoir flirté de trop près avec sa volage épouse, Messaline. La basilique a conservé le nom du galant, de sorte que le vocable de la maison de Dieu, la première de la chrétienté — Mater et caput eeclesiariini urbis et or bis — évoque le souvenir folichon d’un sénateur libertin et d’une gourgandine couronnée. Autre contraste de l’ironie du sort, toujours, k propos de l’origine de ce monument : c’est Constantin, personnage d’une immoralité non douteuse, qui l’éleva. Ne vous étonnez donc pas d’apprendre bientôt que le Vert-Galant fut chanoine de cette basilique h

1. Bizarre contradiction : en 1762, le cnré de \a basiliCti Constantina lit un service pour Grébillon, qui venait de mourir; or, l’autorité ecclésiastique le condamna à une amende de 300 livres et à trois mois de séminaire, pour avoir admis les comédiens dans son église, où on leur refusait le mariage; « singulière façon de les moraliser », répéterons-nous après Diderot.

^[ausolée de Clément VIII. L’écu de ce pontife ressemble à celui d'Urbain VIII : il est sommé de deux têtes d’angelots, cravatés de

Fiff. 344 L

leurs ailes rabattues, et*se termine par deux masques de satyres, mais cette fois sans intention licencieuse.

in-fol^T83=>'^^ PcT^r/arcn/e hasilica Laieranense, par Filippo Gerardi ; 2 vol.

l’art profane a l/ÉfiLISE

Chapelle et sépulture de Clément XII. Ce Corsini fut le dernier pontife enterré dans cette basilique. Son admirable sarcophag-e^ éclairé par la coupole, est, paraît-il, une baignoire antique provenant

du Panthéon. Plusieurs des

figures allégoriques qui font partie de cette sépulture ont le torse nu (fig. 343).

Un autre mausolée, celui du cardinal Julio Aquævivæ, est embelli d’une femme nue, parée d’un léger voile sur le pubis et la jambe droite ; elle tient une coupe d’une main et un vase de l’autre, comme la Tempérance. Cette figure symbolique se retrouve un peu plus loin (fig. 344) ; elle est destinée à inspirer la sobriété dans Pusage des aliments et des boissons ; mais ne craint-elle pas, par sa nudité, d’éveiller d’autres désirs non moins coupables ?

Un groupe remarquable est adossé à l’une des colonnes de la nef et représente le Déluge (fig. 345) : un époux désespéré soutient le cadavre de sa compagne, dont le sein rigide d’une fermeté marmoréenne se refuse k suivre les lois de la pesanteur.

Le trésor conserve le linge qui couvrit la nudité du Sauveur sur la croix, c’est-k-dire le voile même de la Vierge ! Mais les voiles portés par les femmes en Orient sont transparents et ne cachent rien. Au surplus, le geste maternel est contesté par Renan. Néanmoins,

ce voile protecteur existe en double à Chartres ; quelle est la contrefaçon ?

En outre, Latran, comme l’église de Saint-Marc, d’après Mgr Barbier de Montault, possède une cassette d'ivoire, sculptée de personnages profanes, en relief.

Quoique Ticonographie en soit complètement profane, des reliques y sont conservées. Les sujets, empruntés aux romans de chevalerie, représentent pour la plupart des scènes d’amour et autorisent à supposer que, dans le principe, ces colfrets servirent à renfermer les présents de mariage.

Au cloître de Saint- Jean-de-Latran, on conserve un siège de porphyre rouge (tig. 346), avec ouverture circulaire, en usage dans les bains anciens et c[ui provient des thermes de Garacalla. Ce siège servait au pontife dans la prise de possession ; on l’appelait sella stercoi'aria, soit en raison de sa forme de chaise percée, soit par allégorie pour rappeler pendant cette cérémonie pompeuse les misères humaines. Peut-être aussi était-ce une allusion aux paroles du psalmiste : De stercore erigens pauperem.

Plusieurs auteurs, qui s’inspirent les uns des autres, font remonter l’usage de ce siège pontifical à l’accouchement de la papesse Jeanne — de fictive mémoire, — afin qu'un examen in corpore vili du nouvel élu empêchât toute supercherie. M. Chevreau, au xviii^^ siècle, se donna beaucoup de peine pour démontrer que la légende attachée à cette chaise percée n’avait aucun fondement.

Une épigramme de Jean Pannonius, évêque des cinq églises en Pannonie, explique, avec la liberté que tolère le latin, pourquoi l’usage de cette épreuve a cessé :

Non paierai quisquam reservantes yEthera claves.

Non exploratis sumere tesiiciilis.

Cur igitur nostro mos hic nunc tempore cessai ?

Ante probai quocl se quilibei esse inarem.

Les petits Enfans qu’ils font,

Sont preuves assez réelles,

Que les Saints Pères ne sont Ni coqiiaires, ni femmelles.

Pasquin a brodé des variantes falotes sur le même thème, à l’adresse de Paul 11 et d’innocent VIII.

l’art profane a t/ É g L T s e

Dans une salle de rancien palais épiscopal attaché au flanc droit de la basilique, on a reconstitué une immense mosaïque découverte aux thermes de Garacalla. On y voit une trentaine de figures entièrement nues des vainqueurs aux jeux olympiques, gladiateurs ou conducteurs de chars.

Un portique à trois arceaux, construit par Sixte-Quint, abrite la statue en bronze de Henri IV qui fut élevée j3ar les soins du chapitre, en mémoire des bienfaits du sceptique et bambocheur Béarnais. G est au meme pontife que Ton doit l’érection singulière, devant 1 ex-domicile des papes, d une obélisque consacrée au dieu Ammon- Ra par Thoutmosis dans le temple de Thèbesb

16« Saint-Louis-des-Français. — L’auteur du Nu dans Vart chrétien demande, avec Erasme, à propos de la fresque du Dominiquin (fîg. 347), quelle raison peut pousser un artiste à montrer dans un tableau ce que 1 on cache partout ailleurs, <( par une honte bien entendue ? » Il ne s explique pas comment les draperies de 1 ange qui couronne sainte Gécile et saint Valérien, au moment où ils consacrent leur virginité au Seigneur, « peuvent bien demeurer suspendues » ? Le même critique oppose à cette fresque de Saint- Louis-des-Français, 1 ange de la chapelle Sainte-Gécile, à Bologne, dont le Dominiquin, selon lui, n'aurait fait que s’inspirer (fîg. 348). Mais c’est précisément pour ne pas imiter Lélève, peu connu, de Francia que le Dominiquin a déshabillé son ange, un peu selon la

1. Chapelle des Jésuites. — Duclos, secrétaire perpétuel de l’Académie française, assista, en 1791, à la dévotion des Caravites, imaginée par le jésuite Caravita. On distribua des disciplines aux fidèles rangés en lile indienne et, après une courte allocution, les deux seuls cierges qui éclairaient la chapelle furent placés sous l’autel; puis, au milieu de la plus profonde obscurité, on entendit un bruit analogue au roulement lointain du tonnerre, bruit d’ouragan produit par la grêle des coups redoublés des flagellants. Dans la semaine sainte, un jour était réservé aux femmes pour se fustiger, « avec la différence qu’elles font sur leurs fesses ce que les hommes exécutent sur leurs épaules. J’ignore quels péchés elles prétendent expier par là, mais ce ne doit pas être un préservatif contre l’aiguillon de la chair, si l’on en croit l’auteur du traité. De usu fln(jri in re venereâ. »

Le même auteur raconte les exploits du F. Pépé, un jésuite thaumaturge dont le P. Koch, dominicain, fut le successeur; il vendait des papiers bénits de sa main, qui avaient la vertu de faire pondre les poules auxquelles on les faisait avaler.

S. Laurens in Palisperna. — Dans cet ancien temple de Junon Lucine. au dire de Du Val (1G5G), on y montrait une pierre portant des trous multiples produits par les larmes de saint Pierre, en contrition d’avoir renié le Sauveur, comme ce dernier, du reste, avait renié sa mère à Gana. Tout de même, reconnaissons que cette pierre était aussi « tendre » que le prince des apôtres.

coutume de ces habitants du ciel. Ce censeur rigoriste et gymnopliobe se garde bien de se plaindre des mille et une draperies périnéales ajoutées aux ligures du Jiicjoment de Michel-Ange. Il ne se

demande pas non plus « comment elles peuvent se tenir ainsi suspendues ». Le séraphin incriminé n est pourtant pas trop immodeste, en comparaison de maintes représentations du Christ, son divin maître ; mais, nous l avons dit, l’esprit d’intolérance, quoique bien pensant», raisonne souvent comme un tambour.

C est dans la première chapelle, à gauche, de cette église que Chateaubriand, en novembre 1803, inhuma Pauline de Montmorin, comtesse de Beaumont, à qui le style de hauteur du Génie du Christianisme îaisaii éprouver une espèce de frémissement d’amour: « Il joue, disait cette pauvre phtisique exaltée, du clavecin sur toutes mes fibres ! » Au-dessous d’un bas-relief ciselé dans la dalle funèbre et qui représente la jeune extatique étendue sur sa couche d agonie, on lit cette épitaphe réclame :

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