‹ L'art profane à l'égliseChapitre 78 sur 97 · Curios. méd. liltér. et art. sur les seins, fig · texte numérisé non relu

Curios. méd. liltér. et art. sur les seins, fig

itÀLiE

Salerne. Cathédrale ^

San Salyi. Monastère. — Dans la Cène peinte en fresque sur les murs du réfectoire de ce couvent, un grand cœur renversé est représenté au-dessus de la tête du Christ ; l’usure du temps a estompé la silhouette de ce viscère, que des gens malintentionnés prennent pour la partie inférieure d'autres organes, sculptés en profusion sur les ruines de Pompéi.

Sienne. D Dôme. — Une « orgie » de sculptures et de mosaïques, écrit un voyageur ; la façade, comme le reste, est « d’une richesse étourdissante ». De chaque côté de cette façade s’élèvent deux colonnes corinthiennes surmontées de femmes dévêtues, les mains liées derrière le dos. « L’artiste », dit Taine, « pour atteindre au mouvement vrai, ne craint pas de gâter un peu le sein. » Ne confond-il pas avec les ligatures des figures du bénitier disposé à l’entrée (fîg. 385) ?

La cuve baptismale de ce singulier monument est l’œuvre de Giacomo délia Quercia ; son pilier de support est constitué par un candélabre antique orné de plusieurs femmes nues, ligottées comme celles de la façade, ce qui les empêche de se protéger contre les regards indiscrets. Elles ont à leurs pieds des têtes d’angelots ou d’amour qui agrémentent aussi le haut du pourtour de la cuve.

Une chaire octogone en marbre blanc de Niccolo Pisano et son fils Giovanni, est soutenue par des lionnes qui tiennent un anneau dans leur gueule ou sont tétées par leurs petits. Du corps de ces fauves s élèvent huit colonnettes sur lesquelles sont assises autant de femmes portant, chacune, un enfant qui leur parle à l’oreille.

Les mosaïques du pavé offrent des dessins remarquables et com-

1. Sous les portiques de l’atrium qui précède cet édifice, l'attention est attirée par un sarcophage antique enjolivé du combat des Centaures et des Lapithes; au-dessus de cette sculpture pa'ienne, en 1427, on a gravé une croix et le nom d’un jurisconsulte de Salerne, Benoît Le Rond, versé dans la science des lois et du droit, à la façon de Robert Macaire : « cette malle doit être à moi ». L’épitaphe de cet avocat, habitué à jongler avec le pour et le contre, établit son droit à l'inviolabilité de sa sépulture :

Qiiod liimuhnn fuit sil>i concessmn,

Nec poliiil alleri concedi cl in eo non del)ct aliiis sepeliri.

« 11 craignait sans doute, l’emarque judicieusement sinon juridiquement M. Lucien du Bois, que quelque jour on ne lui rendît la pareille. »

l’akt phofaxe. — IL Qt

L^ART PROFANE A l’éGLISE

prennent quelques nudités « qui mettent les curieuses dans un assez

grand embarras », assure un

observateur digne de foi. Elfectivement, dans la belle composition du Pinturicchio, le Triomphe de la Vertu (fîg. 380), qui a un air de famille avec \ Empire du Temps sur le Monde ^ de la basilique de Saint- Denis, on remarque un mécontent de son sort montrant le poing à la Fortune. Celle-ci, à l’aide d’une voile,

Fig. 386.

se dirige où souffle le vent, se tenant en équilibre un pied sur l’avant d’une barque désemparée et l’autre sur un globe, « pour montrer, dit M. Lucien Bégule-, son peu de stabilité ».

La frise est ornée des bustes de tous les papes ; on v voyait autrefois, paraît-il, celui de la papesse Jeanne, inventée par les Réformés et métamorphosée en pape Zacharie, vers 1600.

Chapelle des Chigi. La Marie-Madeleine du Bernin se tient debout et est presque nue (fig. 387). Elle était destinée à représenter une Andromède ou une Niohé., à l’exemple de Martial, pour qui le

L’Art profane à l’éfflise, en France^ lig.146 .

Les Incriislations décoratives des cathédrales de Lyon et de Vienne: Picard, édit.

sixième signe du zodiaque, celui de la Vierfje^ était Diane, Dca Virgo. Cette Madeleine est trop jeune pour une pénitente ; à cet âge,

elle pratiquait encore la devise que prendra plus tard Mlle Gerny : « Aimez-moi les uns les autres ».

Chapelle de Saint-Jean. Sur un pilastre en forme d’ara ou autel païen sont retracés les divers incidents de V Enlèvement de Proserpine (fîg. 388).

Le plafond de la sacristie ou plutôt de la bibliothèque (lihreria) est couvert de scènes mythiques. Au milieu de cette salle a longtemps figuré le célèbre groupe en marbre des Trois Grâces (fig. 389), attribué à Phidias et trouvé à Rome au xv*^ siècle'. 11 est assez endommagé ; la Grâce du milieu a perdu la tête. Pie 11, amateur passionné d’art antique envoya ce groupe de croupes à sa ville natale « pour y perpétuer sa mémoire ». Depuis la Renaissance,

1. Ces trois cléités païennes qui personnifiaient ce (jii’il y a de pins séduisant dans la beauté physique et morale, — de là le nom de Charilés (jni leur était encore donné, — devinrent avec le Christianisme les Vertus Ihéoloçfales. Leurs images continuèrent à être très répandues chez le peiqile, comme dans l’antiquité, mais elles changèrent de nom : en Belgique, ainsi qu’au nord de la France, elles de^ inrent des Trois Pucelles, et dans le Midi, les Trois Nourrices •, à Narbonne, il existait une auberge à cette enseigne et Rabelais, puis Molière, y logèrent.

L'ART PROFANÉ A l/ÉGLlf^Ë

les filles d’Aphrodite a faisaient l’admiration des fidèles et des infi-

Fiir. 389.

dèles » ; elles étalaient leurs charmes au beau milieu de l’église, jusqu’au jour où l’archevêque François Piccolomini les relégua à la sacristie. Mais Pie IX, à son passage en 1857, choqué de la présence

dans le saint lieu de cette sculpture païenne, qui pourtant, objecterait Calino, était en état de g-râces — la lit déposer à V Opéra del Duorno, au voisinage de la cathédrale . Raphaël et Ganova, dit-on, se sont inspirés de ce chef-d’œuvre de l’antiquité pour traiter le même sujet ; ce fut d’ailleurs le premier tableau mythologique du peintre d’Urbin. C’est donc en présence de ces beautés dévêtues que, naguère, le prêtre se préparait à célébrer le sacrifice de la messe.

Sur la voûte du Baptistère jetons un regard sympathique à la Vérité qui, un miroir à la main, découvre sa poitrine d’où émerge une tête de prolîl : comme la Prudence^ cette allégorie a deux visages opposés, le passé et l’avenir.

2^ Saint-Dominique. — Chapelle Sainte-Catherine. Superbe dallage sur lequel Orphée tout nu charme les animaux et les visiteurs.

3® Palais public. — A la chapelle située au premier étage, on trouve, (( en bizarre compagnie », saint Christophe et Cicéron, Caton et Mars, Jupiter et Judas; enfin, Apollon catéchisé par saint Ambroise. Aux pans de voûte, parmi les Vertus peintes par Taddeo Bartholi, la Chaj'ité se fait remarquer j)ar son absence presque complète de voiles.

SoRiAr^oh

SUBIACCO. Saint-Benoît [San Benedetto). — Chapelle de la Vierge. Un ermite, suivant la description de X. Barbier de Montault, n’a d’autre vêtement que sa barbe et ses cheveux, d’une longueur démesurée. Tandis qu’il récite son chapelet, un ange tutélaire lui apporte un pain et un vase plein d’eau.

Tortone. Cathédrale. — Jules Lecomte, dans ses Voyages çà et là (1859), raconte plaisamment qu’il a vu sur les bas-reliefs d’un beau

1. Un portrait de saint Dominique est le but d’un pèlerinage annuel pour les femmes qui prétendent être tourmentées de l’esprit malin. Pour beaucoup, c’est un prétexte à ballade ou à rendez-vous et l’occasion de se faire payer par leur époux une paire de souliers des dimanches, sans lesquels il ne serait pas séant de se pré- .senter devant le saint guérisseur. Certaines pèlerines ont des motifs spéciaux; ainsi l’une d’elles, vers 1777, conlia à Henri Swinburne qu’ayant été mariée contre son gré à un gardien de chèvres, « qui puoit, à renverser, l’odeur de son troupeau et de ses fromages », jouait la possédée afin de le dégoûter d’elle.

l’art profane a l’église

sarcophage antique Castor et Pollux et la Chute de Phaéton^ deux sujets d’une mythologie assez imprévue dans un temple chrétien

Ceci me rappelle qu’à Cologne, dans les caveaux du dôme, on voit la châsse des trois mages, Gaspard, Melchior et Balthazar, toute constellée de pierreries de second ordre : topazes, améthystes, chrysoprases, grenats, adamantoïdes, — plus, de quelques pierres dures : cornalines, aigues-marines, onyx, camées... Or, parmi ces dernières, beaucoup sont gravées, et il ne faut pas précisément de loupe pour reconnaître que plus d’une olfre des sujets d’un paganisme si outré, que leur place serait plutôt dans le musée secret de Naples que sur un reliquaire des hauts temps du christianisme...

Un habitant auquel je fais remarquer Tinconvenance de bas-reliefs mythologiques dans un temple catholique, me répond :

(( — Ne faites pas attention, nous sommes ici dans un pays de rizières...

» — Eh bien ! quel rapport y a-t-il ?...

)) — On y riz de tout ! »

Et comme cette ineptie ne me fit pas rire... mon homme, croyant bien s’excuser, ajouta :

(( Je vous dis ça, monsieur, parce que vous êtes Français, le pays des farceurs, et que j’ai pensé que ça vous ferait plaisir à entendre ! »

Trévise. Saint-Nicolas {San Nieeolo). — Mausolée du comte Agostino Onigo. Trois génies porteurs de cornes d’abondance décorent l’entablement. Celui du milieu est absolument dévêtu, à part une étroite banderole qui flotte autour de son corps sans en rien cacher, mais sa tenue choque peut-être moins que celle de deux autres : ils portent une courte chemisette plaquée sur leurs organes dont ils accusent le relief.

Turin. — Les églises de l’ancienne capitale du royaume laissèrent à M. Bordes, en août 1755, à peu près la même impression que celle des autres villes importantes de l’Italie septentrionale h

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