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A Gênes, entre autres, dit-il

On ne voit que dans l’Italie Tous ces temples que la folie Ridiculement décora,

Vous diriez qu’on y sacrifie Au joli dieu de l’Opéra.

O Vénus ! sous le nom de Vierge,

J’y vais révérer tes contours ;

Mille anges, sont autant d’amours.

Leurs llambeaux sont changés en cierge.

Tout est marbre et pieri'e de prix ; Colonne, statue ou jieinture.

Tout feston, guirlande, dorure.

Tout pompon, jusqu’aux crucifix.

Dans ces régions si charmantes.

Il manque pourtant un grand point :

Les églises sont très galantes.

Et les femmes ne le sont point...

1® Saint-Jean-l’Evangéliste. Cathédrale ^ — Le chœur est rehaussé de fresques reinarqua}3les ; rune d’elles représente les Sibylles. Le corsage larg:ement échancré de la cartomancienne de Samos laisse

voir un de ses seins.

2» Sainte- Christine. — Cette église des carmélites déchaussées possède une statue de Sainte Thérèse par Legros. La vierge d’Avila est en extase comme celle du Bernin; mais, ici, la visionnaire pâmée ouvre ses vêtements pour découvrir au céleste amant son cœur en même temps que son sein. Cette allégorie profane de l’amour divin était d’abord placée à l’extérieur, où elle a été remplacée par une réplique.

Un voyageur signale, en outre, au maître-autel un tableau d’une étrange composition : il représenterait l’enfant Jésus tirant comme Cupidon une flèche qui va percer le cœur de sainte Thérèse. Le Bainbino est aux côtes de la Vierge et de saint Joseph, qui semblent admirer son adresse. Y a-t-il confusion dans l’esprit de notre touriste avec la statue de Textatique- ?

3° Saint-Esprit (‘San ^0 — 4® Eglise des Jésuites {San

Salutare)’^.

Venise. U Saint-Marc. — Extérieur^. — Ce vieil édifice « d’un

1. Près de la porte principale, un collier de fer est fixé à un poteau, sorte de pilori religieux, où l’on exposait autrefois ceux qui refusaient de faire leurs ])àques.

:2. Valéry place cette peinture à l’église Saint-Philippe-de-Neri et sig-uale à Saint- Charles-Borromée saint Joseph tenant l’Enfant Jésus, qui blesse d'un trait le cœur de saint-Augustin à la façon du petit archer Eros.

3. C’est dans cette église que J. -J. Rousseau abjura le calvinisme eu 1728 ; le philosophe de Genève, partisan des Confessions, ne pouvait conserver une religion qui ne les admet pas.

4. Elle possède un carillon de dix cloches, qui fait entendre, comme en Belgique, des airs profanes : c’est une rareté en Italie.

5. Tout d’abord on se demande ce que signifient au milieu d’une façade d’église ces quatre Chevaux de bronze doré qui sont en cuivre et traînent un quadrige — le seul qui soit parvenu jusqu’à nous. Cet attelage décorait primitivement l’arc de triomphe d’un empereur romain, Néron ou Trajan ; puis il fut roulé à l’hippodrome de Constantinople, d’où il vint relayer à Venise jusqu’au jour où Najioléon « l’emprunta » pour orner l’arc de triomphe du Carrousel; enfin, la Restauration le restitua à Venise, où il fut remisé détinitivemcnt.

Sur la façade est raconté renlèvement du corps de saint Marc, apporté d’Alexandrie entre deux pièces de lard, comme un sandwich, pour faciliter son passage à la douane des turcs qui ont horreur du porc. On y voit l’air déconlit des infidèles bernés et la mine narquoise et exhilarante des chrétiens malicieux qui leur ont joué le tour.

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g’oût misérable », dit de Brosses, a cinq dômes, et non sept, comme le veut le spirituel président qui les compare à des u chaudières »,

parce qu’ils sont revêtus à l’intérieur d’un parement de mosaïques à fond d’or. Nos ingénieux symbolistes peuvent y voirTimage des chaudières de l’enfer; mais, dans l’esprit du critique susnommé, il ne s’agit que de vulgaires chaudron s b

Entre autres hors-d’œuvre incrustés sur la façade principale, on reconnaît notamment Gérés en char traîné par des hippogriffes, un flambeau dans chaque main pour rechercher sa fille, et diverses représentations d’Hercule. Ici, le fils de Jupiter porte les dépouilles de la biche aux cornes d’or et foule aux pieds l’hydre de Lerne ; là, il charge ses épaules du sanglier d’Erymanthe et terrasse le dragon des Hespérides. « Ne trouvez-vous pas très comique, demande Ad. Lance, de rencontrer dans l’ornementation d’une église chrétienne du moyen âge toutes ces images damnables des faux dieux du paganisme ? »

Les arcs et les coupoles àe,V atrium sont surchargés de décorations en mosaïques, dont les sujets, tirés des épisodes de l’Ancien Testament (fîg. 390, 391), sont rendus dans un style d’un réalisme affolant.

Sur la voûte du porche de Saint-Marc, écrit Taine, des mosaïques in-

\. La symbolomanic a tout idéalisé : pour saint Meliton. le nez est l’emblème de la discrétion; la bouche celui de la tentation; les ongles, c’est la perfection des vertus; les mamelles, la doctrine évangélique ; le ventre, l’avarice ; les entrailles représentent les })réceptes de N.-S. ; le buste et les reins, les pensées de luxure, etc.; le meme dément voyait dans la charrue l’image de la croix !

Fig-. 390. — L’ébriété de Noé.

nombrables étalent des corps réels et roides, des Eves g'rêles^ à la poitrine tombante, des Adams maigres qui sont des ouvriers déshabillés, vingt

scènes bibliques d une indécence aussi naïve et d^une maladresse aussi enfantine que les enluminures des plus vieux missels.

En effet, nulle part les représentations d Adam et de sa compag'ne ne sont plus fréquentes qu a Venise, tant sur les édifices civils (fig-.392) que religieux. Nulle part, aussi, nos premiers parents n’ont été figurés d une façon plus réaliste. L’artiste cjui a imaginé ceux du porche a peut-etre pris trop a la lettre les livres sacrés. Leurs organes sexuels sont fortement accusés et ombragés d’un taillis pubien des plus touffus ; cjuant aux seins d’Ève, ils ne nous ont pas paru « grêles », bien au contraire.

Une autre mosaïque commente et met en pratique, sur fond d’or, le précepte du psalmiste : Crescite et muliiplicamini. Dans un premier tableau, (( 1 œuvre de chair » est figurée par un homme couché auprès d une femme dont il caresse les seins ; puis, vient l’accouchement dans tous ses détails. Mais le tableau le plus cru et aussi le plus cocasse est sans contredit celui de la C'/rconcwion (fig. 392 bis) : Jésus est représenté à l’âge adulte et ithyphallique, comme Osiris (fig. 392 a) et autres divinités égyptiennes (fig. 392 />, c) •

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le grand prêtre coupe ostensiblement le prépuce volumineux qui tombe à terre ! Flac !

Façade occidentale. Sur les archivoltes qui encadrent le tympan

de la porte sont sculptés des sujets d’une sig’iiification obscure. Une femme nue enfourche un dragon, dont la queue est terminée par une tête qui lui mord un sein. Elle est placée en regard d un homme à moitié déshabillé qui chevauche sur un second dragon, dont il tient la queue entre les dents : la Terre et V Océan ? D’autre part, l’un des douze mois de l’année. Décembre, accompagné des signes du Zodiaque, est personnifié par une femme nue, à tête d’oiseau, à queue de poisson et dont un animal fantastique dévore les seins.

Entre les arcades, six bas-reliefs sont encastrés dans la muraille : la Vierge y paraît sous la protection de deux Hercules nus ; 1 un porte le sanglier d’Erymanthe, l’autre la biche Arcadienne.

1. Eve, aux flancs robustes, d’Autonio Uizzo; elle lait pendant à Adiiiu sur le revers de la Porta delta Carta, à Venise.

Dans les retombées des arcades, des esclaves dévêtus jouent le

Fiir. 392 a. —

Lü Kcsurrectioii cl Osiris. llas-reliel du temple de Denderah. Tirée de la Mission de lExpédiLion d’Egypte.

rôle de gargouilles et portent sur les épaules des vases penchés auxquels s’ajustent les gouttières.

Iiitérieui . L arcade de la porte est occupée j)ar un JiKjcîiiGiit

Lig. 392/). Divinités du temple de Denderah

Fig-. 372 c

de/ nie? qui est une composition d Antonio Zanchi reproduite en mosaïque par Pietro Spagna (1680). Les pécheurs sont refoulés par les anges exterminateurs vers la gueule du monstre infernal, voi\it, urit et agit Avernus. En tête du groupe figure une femme nue, couchée sur le dos et munie d’une paire de mamelles monstrueuses (6g. 393) ; elle résiste avec énergie aux démons qui l’attirent vers le gouffre. Cette cohue de damnés se termine par une autre commère

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