LE COMEDIEN ROUVIÈRE^D
J'ai connu longtemps Rouvière... — Philibert Rouvière ne m'a jamais donné de notes détaillées sur sa naissance, son éducation, etc. C'est moi qui ai écrit, dans un recueil illustré sur les principaux comédiens de Paris, l'article le concernant. Mais dans cet article, on ne trouvera autre chose qu'une appréciation raisonnée de son talent, talent bizarre jusqu'à l'excès, fait de raisonnement et d'exagération nerveuse, ce dernier élément l'emportant généralement.
Principaux rôles de Rouvière : Mordaunt, dans les Mousquetaires , type de haine concentrée, serviteur de Cromwell, ne poursuivant à travers les guerres civiles que la satisfaction de ses vengeances personnelles et légitimes.
Dans ce rôle , Rouvière faisait peur et horreur. Il était tout enfer.
Charles IX, dans une autre pièce d'Alexandre Du-
<') Voir note p. 522 (J. C).
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mas. Tout le monde a été émerveillé de cette ressuscitation. Du reste, Rouvière ayant éiè peintre, ces tours de force lui étaient plus faciles qu'à un autre.
L'abbé Faria, dans Monte-Cristo. Rouvière n'a joué le rôle qu'une fois. — Hostein, le directeur, et Alexandre Dumas n'ont jamais bien compris la manière de jouer de Rouvière.
Hamlet (par Meurice et Dumas). Grand succès de Rouvière. — Mais joué en Hamlet méridional; Hamlet furibond, nerveux et pétulant. Gcdthe, qui prétend que Hamlet était blond et lourd, n'aurait pas été content.
Mépbistopbélès , dans le détestable Faust, refait par Dennery. Rouvière a été mauvais. II avait beaucoup d'esprit, et cherchait des finesses qui tranchaient baroquement sur sa nature méridionale.
Maître Favilla, de George Sand. Extraordinaire succès ! Rouvière , qui n'avait jamais joué que des natures amères, féroces, ironiques, atroces, a joué admirablement un rôle paternel, doux, aimable, idyllique. Cela tient, selon moi, à un côté peu connu de sa nature : amour de l'utopie, des idylles révolutionnaires; — culte de Jean-Jacques, Florian et Berquin.
Le rôle du Médecin, dans le Comte Hermann, d'Alexandre Dumas, — Dumas a été obligé de confesser que Rouvière avait des instants sublimes.
Othello, — dans X Othello d'Alfred de Vigny. — Rouvière a très bien su exprimer la politesse raffinée, emphatique, non inséparable de la rage d'un cocu oriental.
Et bien d'autres rôles dont je ne me souviens pas actuellement.
Physiquement, Rouvière était un petit moricaud nerveux, ayant gardé jusqu'à la fin l'accent du Midi, et montrant dans la conversation des finesses inattendues. . . — pas cabotin et fiivant les cabotins. — Cependant, très épris d'aventures, il avait suivi des saltimbanques pour étudier leurs mœurs. — Très homme du monde, quoique comédien, très-éloquent.
Moralement,* élève de Jean-Jacques Rousseau. Je me souviens d'une querelle bizarre qu'il me fit un jour qu'il me trouva arrêté devant une boutique de bijoutier.
Une cabane, disait-il, un foyer, une chaise, et une planche pour y mettre mon divin Jean-Jacques, cela me suffit. — Aimer le luxe, c'est d'un malhonnête homme.
Peintre, il était élève de Gros.
II y a quelques mois, Rouvière étant tombé malade, et étant très pauvre , des amis imaginèrent de faire une vente de ses tableaux; elle n'eut aucun succès.
Comme peintre, il était, à quelques égards, ce qu'il était comme comédien. — Bizarre, ingénieux et incomplet.
Je me souviens cependant d'un charmant tableau représentant Hamlet contraignant sa mcre à contempler le portrait du roi défunt. — Peinture ultra- romantique, achetée, m'a-t-on dit, par M. de Concourt.
M. Théophile Silvestre a de jolis dessins de Rouvière. Pendant longtemps, M. Luquet (associé de
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Cadart) a offert, comme étant de Géricault, un tableau [les Girondins en prison) que j'ai reconnu tout de suite pour un Rouvière. . . grande composition , sauvage et maladroite, enfantine même, mais d'un orrand feu.
Comme comédien, Rouvière était très admiré d'Eugène Delacroix.
M. Champfleurj a fait de lui une curieuse étude sous forme de nouvelle : le Comédien Trianon.
Les préceptes qu'on va lire sont le fruit de l'expérience; l'expérience implique une certaine somme de bévues; chacun les ayant commises, — toutes ou peu s'en faut, — j'espère que mon expérience sera vérifiée par celle de chacun.
Lesdits préceptes n'ont donc pas d'autres prétentions que celle des vade mecum, d'autre utilité que celle de la Civilité puérile et honnête. — Utilité énorme! Supposez le code de la civihté écrit par une Warens au cœur Intelligent et bon , l'art de s'habiller utilement enseigné par une mère! — Ainsi ^apporterai-je dans ces préceptes dédiés aux jeunes littérateurs une tendresse toute fraternelle.